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Friday, June 17, 2011

Les religions en Terre Sainte


1/ 3 grandes religions fragmentées

Les 3 grandes religions du Livre sont évidemment très présentes en Terre Sainte. Le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam vivent côte à côte quasiment partout. Mais si de loin on a tendance à opposer ces trois grands ensemble, sur place on réalise très vite que chacune de ces trois grandes religions est composée de sous-ensembles très différents.

Chez les juifs, il y a très peu en commun entre les ultraorthodoxes antisionistes en habits noirs du quartier de Mea Sharim à Jérusalem, les colons de Hébron, les juifs modérés de Tel Aviv, ou encore les juifs qui dansent sur de la techno pour convertir les autres juifs à leur mouvance (si si !).

Chez les musulmans, il n'y a aucun rapport entre les fondamentalistes et les modérés : à l'entrée d'une mosquée à Tel-Aviv, un homme a voulu dire à Clémence qu'elle ne pouvait entrer. Un autre type est arrivé et lui a fait comprendre qu'il était fatigant, et nous a extrêmement bien accueillis, nous a offert du thé et nous a laissé déambuler à notre guise pendant qu'il retournait à sa prière.

Chez les chrétiens, idem : il y a par exemple peu en commun entre les franciscains qui tentent d'aider les pierres vivantes de Terre Sainte - les arabes chrétiens pris entre deux feux -, et les évangéliques sionistes qui sont convaincus qu'il faut soutenir Israël à tout prix pour que le Christ puisse revenir une fois Israël "pleinement rétabli" !

2/ La lettre et l'esprit de la lettre

Nous avons l'impression qu'au sein de toutes ces religions, il y a ceux qui s'enferment dans un rapport rigide et simpliste à la lettre et à la règle, et il y a ceux qui s'attachent à rechercher personnellement l'esprit de la lettre.

Les premiers s'enferment dans la prétention d'avoir trouvé, ne se posent plus de questions. Les seconds sont en recherche, et sont ouverts à tout dialogue constructif, même avec ceux qui sont très différents d'eux, même avec la science et l'histoire.

Il est dommage que les premiers, par leurs excès, soient souvent ceux qui parlent le plus fort au nom d'une religion tout entière. On a du coup souvent l'impression que les religions sont définies uniquement comme un ensemble de rites, de règles et d'interdictions figés, et que les gens les "plus religieux", sont ceux qui suivent le plus strictement les règles et s'offusquent le plus fort de ceux qui ne les suivent pas. Ils ont l'impression d'être les plus exigeants, alors que suivre des règles, dans un certain sens, est trop facile, trop enfantin. Une personne attachée à la règle et au texte sans interprétation n'a pas à se poser de question, ou alors juste pour trouver des stratagèmes pour faire ce qui lui convient tout en suivant la règle en apparence : ainsi au moment de la Pâques juive, la règle est de ne pas manger d'aliments avec de la levure, pour se rappeler que lors de la fuite d'Egypte les juifs n'ont pas eu le temps de préparer un vrai repas. Certains utilisent de la farine de pomme de terre pour fabriquer sans levure un pain très proche de ce qu'ils ont d'habitude. N'est-ce pas hypocrite, voire finalement contraire au but recherché ? Les musulmans qui blâment ceux qui ne suivent pas le ramadan, ou certains catholiques qui vont à la messe tous les dimanches et critiquent ceux qui ne le font pas alors qu'eux-mêmes ne sont pas capables de donner une pièce à un pauvre vivent une incohérence similaire.
Etre très catégorique sur certaines questions par exemple morales peut donner l'impression d'être très exigeant : en fait il s'agit souvent de fuir l'effort d'appréhender en finesse et avec humilité la complexité de la réalité.

3/ Quel est le but des religions ?

L'étymologie du mot religion est "relier". Tisser des liens, avec Dieu mais aussi et surtout avec les autres hommes, surtout les plus différents. Il y a une logique d'ouverture. Il y a bien sûr une notion de foi qui entre en jeu, mais sans jamais oblitérer l'intelligence, et pas pour s'enfermer. Il s'agit de s'approprier un cheminement.
Nous pensons que les personnes qui demandent juste des règles strictes ne suivent pas une religion mais qu'elles ont un comportement sectaire. Ces personnes s'enferment dans un chemin standard, elles ne sont pas en recherche, refusent de se fatiguer à utiliser leur intelligence, et endorment leur conscience au lieu de l'éveiller. Ce sont ces gens qui vont avoir des excès de superstition, s'enfermer par peur de l'autre, de l'extérieur, du monde moderne, se refugier dans des fantasmes...qui sont souvent exploités au niveau politique.
Nous avons par exemple appris que les musulmans avaient le droit de boire de l'alcool : ils sont juste censés être sobres au moment de la prière (qui est régulière puisqu'elle a lieu 5 fois par jour). Mais cela doit être trop compliqué à expliquer, à comprendre, à mettre en pratique, ou à remettre en question et à tolérer. De la même manière les burqas ou autres sont juste des interprétations bien pratiques pour certains. Nous avons ainsi été très agréablement surpris de comprendre que dans l'Islam modéré, c'est la conscience individuelle qui prime les règles, en dernier recours, tout comme dans le catholicisme.

Dommage que tant de gens ne voient, ou ne cherchent à voir les religions que sous ce faux angles des interdits, soit pour imposer leurs vues, soit pour s'éloigner de toute religion. Dans les deux cas il s'agit juste de se fermer au questionnement fondamental. En réalité, les religions servent à aider les hommes à éveiller leur conscience, à s'ouvrir en se libérant de leurs préjugés et de leur prétention, à dialoguer, à se poser les bonnes questions avec toute leur intelligence, à trouver petit à petit leur propre réponse individuelle, et à grandir en humanité et en sagesse.

Rien à voir avec des comportements castrateurs ou des doctrines prétentieuses ! Le bonheur est à ce prix, il n'est pas dans un quelconque confort hors de tout questionnement, et duquel on se réveille douloureusement tôt ou tard.

Pour ce qui est de la "doctrine" catholique : avant de juger ce que dit le pape, il faudrait l'avoir entendu ou lu avec bienveillance plutôt que de s'arrêter à ses préjugés ou à des retranscriptions incomplètes et hors contexte... Même beaucoup de catholiques ne font pas cet effort et pensent à tord que l'église enferme dans tout un tas d'interdictions (qui a lu le texte révolutionnaire "l'amour dans la vérité" qui pourtant pourrait inspirer tous les activistes du développement durable et de l'économie solidaire ? Ses pistes et valeurs seront certainement petit à petit utilisées, il est juste dommage de ne pas gagner un peu de temps en les considérant dès maintenant avec honnêteté). Pour comprendre, il faut tout de même chercher un minimum à comprendre. Nous sommes certains qu'il est possible de faire le même effort avec les autres religions. La multiplicité des éclairages et des questions n'est pas dangereuse, c'est au contraire une logique d'ouverture enrichissante, nourrissante et indispensable.

En Terre Sainte et partout ailleurs, les premiers - les tenants de la règle - ne se rendent pas compte que leur rigidité orgueilleuse fait plus de mal que de bien. Heureusement les second - les chercheurs de vérité -, tisseurs de liens entre les cultures et les religions mais aussi moins bruyants, sont nombreux. Nous en avons rencontré !

Thursday, June 16, 2011

la Terre Sainte en quelques chiffres et photos

1 région bien compliquée du monde, 3 grandes religions monothéistes, 15 civilisations qui se sont succédées, 22 dominicains, 47 franciscains, 9 petites soeurs de la charité, 7 brigitines, 5 soeurs de l'emmanuel, 289 heures de marche dans la ville de Jérusalem, 10 000 chrétiens à la procession des Rameaux, 19 messes ou célébrations religieuses, 1 malaise à la messe (mais sur 19 c'est pas beaucoup), 835 juifs orthodoxes de tout ages avec des papillotes et un grand chapeau ou un turban en fourrure, 5 kilos de houmous, 23 litres de citronade à la menthe, 3 mers (morte, méditérannée, rouge), 8421 jeunes entre 18 et 21 ans avec des grosses mitraillettes, 5 checkpoints passés en territoires Palestiniens, 11 thés bédouins bus en 3 jours en Jordanie, 4 nuits sous la tente (dont 2 sur une plage), 12 réveils en sursaut au son de "Allah Akbar" à 4h du matin parce qu'on avait oublié qu'il y avait probablement une mosquée pas loin.

Pour voir nos photos préférées d'Israël, des Territoires Palestiniens et de Jordanie, cliquez ici !


mosaïque de belles rencontres :

Florilège de petites phrases recueillies en Terre Sainte


" Plus je passe de temps en Israël, moins je comprends ", beaucoup de visiteurs réguliers en Israël.

" You must become the change you want to see in the world ", Gandhi.

"Que sert de gagner l'univers si c'est en perdant son âme ?", citation que Charles de Foucault avait gravé sur une planche de bois lors de son séjour de 3 ans à Nazareth.

"La vie est courte, dépéchez-vous d'avoir une belle vie", soeur Marie-Joséphine, une clarisse de 90 ans.

" Israël inflige à petit feu aux palestiniens ce qu'on leur a infligé à grand feu", une occidentale vivant en Israël depuis des années.

" Avant je haïssais tous les juifs. Maintenant que certaines associations israéliennes nous soutiennent, je différencie les colons des autres israéliens. ", un arabe de 70 ans en imbroglio juridique au sujet de son habitation à Jérusalem-Est et qui voit des voisins se faire expulser régulièrement.

"On ne doit pas se focaliser en terme de justice ou d'injustice, car c'est très négatif, ça amène à se positionner en victime uniquement.", Ibrahim, directeur de la Hope Flower School

"To have good intentions is good, but it is not enough. You need good management", Ibrahim, directeur de la
Hope Flower School

"On est pas chrétien si on a pas d'espérance", une homélie à Tibériade.

" Si un optimiste est un imbécile heureux, un pessimiste n'est rien qu'un imbécile malheureux ", G Bernanos.

"N'ayez pas peur, ouvrez grandes les portes de votre coeur au Christ", Jean-paul 2.

Quelques réflexions en quittant Israël et la Cisjordanie

La première chose que nous retiendrons de notre passage en Israël et Cisjordanie, c'est la Semaine Sainte extraordinaire que nous y avons passée. La deuxième chose, c'est la nausée qui nous a saisis petit à petit en découvrant à quel point Israël va trop loin : le mur abject et la colonisation rampante que nous avons vus nous ont énormément choqués. Il y a de nombreuses voix, même au sein d'Israël, pour changer les choses. Qu'elles se fassent entendre et comprendre !!

1/ Objectif rempli
Notre premier objectif en venant en Terre Sainte était de vivre Pâques sur les pas du Christ. Certains disent que voyager en Terre Sainte, c'est comme lire un 5ème évangile : cela apporte une compréhension géographique et archéologique complémentaire aux écritures, ce qui a une valeur intellectuelle et spirituelle inestimable. Nous avons eu beaucoup de chance de passer une semaine sainte extraordinaire, et les souvenirs que nous y avons alimentent notre vie de chrétiens.

Après cette semaine sainte, nous nous sommes consacrés à une découverte plus approfondie de la région. C'est une région très marquante, à plusieurs titres :

2/ Israël, un pays fascinant
Lieu de passage de nombreuses civilisations, la région est extrêmement riche d'histoire, de culture et de religion. La densité des vestiges archéologiques et historiques y est sans doute unique. Certains sont d'ailleurs très bien mis en valeur.

Les paysages y sont variés et magnifiques. Entre les paysages désertiques, les régions vertes de la Galilée et du Golan, les mer méditerranée, rouge et morte, le pays a une diversité impressionnante pour une taille si réduite.

Enfin, l'histoire de l'Etat d'Israël a des aspects qui forcent le respect : le pays s'est installé par la force et la stratégie dans un environnement hostile. En 1948, personne ne pensait que l'Etat d'Israël ne survivrait plus de quelques semaines au milieu des pays arabes prêts à en découdre avec lui. Aujourd'hui, l'Etat d'Israël a assis sa sécurité et a une des armées les plus puissantes au monde. Sa population vient des 4 coins de la terre et lui donne une impressionnante diversité de cultures et de couleurs. Une langue a même été réinventée : l'hébreu biblique a été considérablement modernisé pour être utilisable dans la vie de tous les jours (par un certain Ben Yehuda), et a surtout été adopté avec succès.

Aujourd'hui, Israël est un pays très moderne. Mais cet Etat va trop loin : nous l'avons encore peu exprimé sur ce blog car nous cherchions à rassembler plusieurs avis et plusieurs angles avant de nous engager. Finalement, à chaque fois que nous avons cherché à parler à de nouvelle personnes ou à avoir d'autres informations pour tempérer ou expliquer les choses, cela nous a conforté dans cette idée qu'Israël va trop loin.

3/ Petit à petit, la nausée
En arrivant à l'aéroport de Tel Aviv, nous avons été questionnés comme tout le monde au guichet de contrôle des passeports, puis nous avons été emmenés pour être interrogés un peu plus. Des questions rapides et pressantes ont fusé, il était 4h du matin et nous avions mal dormi dans l'avion, nous avons été assez déstabilisés. Evidemment, à ne pas avoir d'emploi, de logement ou de téléphone en France, nous paraissions un peu louches. Il n'empêche que nous ne sommes pas sentis très accueillis. Nous avons aussi senti une certaine méfiance et une arrogance que nous avons retrouvées plus tard lors de contrôles, et qui nous ont toujours mis très mal à l'aise. On nous a dit que si nous avions mentionné que nous comptions aller dans les Territoires Palestinens, on nous aurait renvoyé au pays tout de suite : c'est arrivé au petite ami d'une française qui travaille à Ramallah, quand il a eu le malheur de dire où il allait la rejoindre.

nous devant le mur, orné d'une inscription en jaune disant God = Love
Après la Semaine Sainte, nous avons passé un peu de temps dans les Territoires Palestiniens (nos remarques concernent exclusivement la Cisjordanie, nous n'avons pas pu nous rendre à Gaza) : ces territoires commencent juste derrière Jérusalem, derrière un mur de 9 m de haut érigé en 2002, qui a pour conséquence principale de limiter la circulation des gens : la plupart de ceux qui habitent en Cisjordanie n'ont pas le droit de venir côté israélien. Ceux qui habitent côté israélien n'ont pas non plus en général le droit d'aller en Cisjordanie. Ce mur a coupé des familles, fait perdre des emplois, réduit le commerce, enclavé des villages et des quartiers.


A gauche la Cisjordanie, à droite le mont des oliviers
Côté Cisjordanie, l'économie est clairement moins développée. Les zones proches du mur sont enclavées. A Béthanie, à deux pas de Jérusalem, la petite ville est coincée entre le mur et le désert, comme exclue de la zone urbaine de Jérusalem. Des maisons à l'ombre du mur sont abandonnées. De même en arrivant à Béthléhem après le check-point, tout un quartier est quasiment endormi.

A gauche le mont des oliviers, a droite Béthanie

Pour autant, il y quand même de l'argent en Cisjordanie : nous n'avons quasiment jamais vu autant de BMW flambantes qu'à Béthléhem. Contrairement à ce que l'ont pourrait penser, les palestiniens ne sont pas forcément pauvres (en Cisjordanie). Il y a d'ailleurs une aide internationale considérable qui leur est donnée. Certains disent que l'Occident, par manque de volonté politique, préfère s'acheter une conscience en faisant de l'humanitaire qui n'est pas indispensable...

Les Palestiniens préféreraient sans doute plus de volonté politique. En leur parlant, on sent souvent une amertume et un fatalisme considérables. Certains ont été chassés de leur terre en 1948 et parqués dans des camps. Tous sont coupés d'une partie de leur famille et du reste du monde. Ils sont aussi contrôlés régulièrement dans leurs déplacements par l'armée israélienne, qui est omniprésente : seule une toute petite partie de la Cisjordanie n'est pas sous contrôle, au moins partiel, de l'armée israélienne, et celle-ci a notamment le monopole de la sécurité sur tous les grands axes routiers. Par ailleurs, une bonne partie des palestiniens sont passés par de la prison, pour des raisons plus ou moins valables. Mais surtout, ils ont l'impression de se faire envahir et chasser à petit feu par les colonies. C'est ce point des colonies qui nous paraît le plus insupportable, et le plus hypocrite :

- en entrant en Cisjordanie depuis Jérusalem par la route qui va à la mer morte, on aperçoit de nombreux ensembles de bâtiments neufs entourés de murs sur la crête de collines :  il s'agit de Maale Adumim, une des plus grandes colonies israéliennes en Cisjordanie, qui abrite 37 000 colons en 2010, et qui souhaite atteindre 50 000 habitants.

Maale Adumim
- de la même manière, depuis Béthléhem, on aperçoit de l'autre côté de la vallée un grand et bel ensemble de bâtiments neufs bien protégés sur la colline d'en face. Il s'agit de la colonie de Har Homa Homat Shmuel, comme une seconde ville qui lui fait face. 25 000 habitants en 2010, avec le projet de doubler la population d'ici 5 à 10 ans, d'après le site d'immobilier suivant (alors que Bethlehem au sens strict a moins de 30 000 habitants)
Une autre colline adjacente est entourée de barrière, et bien que rien ne soit construit dessus, des routes neuves y mènent. Si on voulait construire une deuxième colonie pour entourer un peu plus Béthlehem, on ne s'y prendrait pas autrement...

Au fond à gauche, une partie de la colonie qui fait face à Béthléhem,
à droite, une colline vide mais terrassée et clôturée

grillage pour protéger la rue à Hébron
- à Hébron, une des grandes ville de Cisjordanie peuplée de plus de 100 000 habitants palestiniens, 500 colons juifs sont venus s'installer dans la vieille ville, dans des zones fermées surprotégées par quelques 5 000 soldats. Quand on se promène dans la vieille ville, on voit quelques axes de circulation désormais bloqués par des murs et des barbelés, derrière lesquels vivent ces colons en autarcie. Leurs maisons surplombent les rues qui les longent. Des filets ou grillages ont parfois été tendus au dessus de la rue pour protéger les passants des détritus que jettent les colons.
palestinien habitant au coin d'une
colonie à Hébron, devant le
 mirador qui jouxte son toit
Nous avons rendu visite à un palestinien dont la maison jouxte une colonie : on lui propose plusieurs millions de dollars pour vendre sa maison à un colon. Comme il refuse (il se ferait d'ailleurs probablement vite assassiner pour trahison par d'autres palestiniens), les colons cherchent à l'intimider. Il nous a raconté des histoires sordides de tortures, et même de meurtres. Depuis le toit de sa maison, on voit un espace clos dans lequel se ballade quelques juifs orthodoxes avec des poussettes. On distingue surtout quelques miradors ornés de drapeaux israéliens et peuplés de soldats, aux différents endroits de la ville ou des colons se sont installés.
Apparemment les colons font même venir des gens pour leur montrer les conditions difficiles dans lesquelles ils vivent... Alors que je prends des photos des murs et des barbelés dressés, un soldat d'une vingtaine d'année dépasse du toit, et engage la conversation sur un ton amical. Il nous surplombe de 10 mètres, une mitraillette à la main, et nous explique avec enthousiasme qu'il est américain, qu'il a passé ses dernière vacances en France, et qu'il est très fier d'être venu rejoindre l'armée israélienne pour protéger des colons à Hébron...
un des postes de surveillance en plein hébron
Hébron, rue condamnée, pour cause de colonie de l'autre côté
une cahute de soldat sur les bords d'une des colonies à Hébron
- A Jérusalem-Est, (c'est-à-dire côté palestinien), il y a un endroit touristique qui s'appelle la cité de David. Le jour où nous nous en approchons, une jeune femme vient nous voir. Israélienne, juive, elle nous met en garde sur le fait que ce projet de la cité de David est un projet politique : il s'agit de prétexter de retrouver les traces du roi David qui a habité là il y a 3 000 ans pour agrandir ce centre et déloger les 30 000 palestiniens qui vivent dans ce quartier de Silwan. Elle nous explique qu'elle veut vivre en paix avec les palestiniens, contrairement aux promoteurs de ce projet qui cherchent à mettre de l'huile sur le feu et à s'approprier le terrain.
Sur Silwan voir le Wadi Hilweh Information Centre.
- A Sheikh Jarrah, autre quartier de Jérusalem Est, nous rendons visite à des familles palestiniennes qui sont empêtrées depuis des années dans des imbroglios juridiques visant à les faire partir. De temps en temps, l'une de ces familles finit par être raflée et une famille de colons s'installe. La famille à qui nous rendons visite a 2 maisons sur son terrain. La première est désormais occupée par deux colons et un chien qui ont leur "bureau" ici. La famille palestinienne vit dans la seconde maison juste derrière... En partant de chez eux nous croisons le colon. Il a apparemment un peu moins de 30 ans, et ne parle pas un seul mot d'anglais. Il sait très bien que nous sommes allés voir ses "voisins". Il nous regarde avec morgue et me fait signe de le prendre en photo devant "sa" maison, ornée d'un beau drapeau israélien.
Sheikh Jarrah, la maison d'une famille expulsée, désormais
habitée par des colons, sous la surveillance d'un petit mirador

Sur Sheikh Jarrah voir Solidarity

Il y a plusieurs centaines de milliers de colons israéliens en Cisjordanie, en augmentation constante. Leur présence et leur augmentation sont illégales aux yeux de l'ONU, ainsi qu'aux yeux de la loi israélienne. Pourtant, le gouvernement actuel les soutient, et les protège.
Près de la maison d'abraham
L'armée israélienne est omniprésente en Israël et en Cisjordanie. Nous n'avons jamais vu autant d'armes. Surtout, elles sont dans les mains de jeunes : tous les garçons de 18 ans israéliens doivent faire 3 ans de service militaire, et toutes les filles 2 ans. Peut-être est-ce à cause de leur jeunesse et de leur manque de confiance qu'ils se donnent si souvent un air arrogant. Dans tous les cas leur omniprésence met la pression, d'autant plus qu'ils ne sont pas tous contrôlables : un jeune père de famille qui marche avec une béquille nous raconte ainsi qu'il s'est fait tiré dans chaque jambe devant son fils par un soldat sadique. Un autre palestinien, un chauffeur de bus intrigué par le fait que nous voyageons en transport public en Cisjordanie, nous raconte qu'il s'est fait tirer dans le genou et ne peut plus marcher correctement.

En revenant en Israël après être passé en Cisjordanie, nous n'avons plus le même regard : cette fois nous "tiquons" sur de nombreux détails, et la nausée s'installe, progressivement :
- un des drapeaux israéliens les plus grands et les plus visibles à Jérusalem trône sur le mont des oliviers : nous remarquons que c'est en plein Jérusalem-Est, côté palestinien.
le drapeau du mont des oliviers
- nous allons à la mer morte, près de Jéricho. Alors que nous traversons la Cisjordanie, des drapeaux israéliens flottent partout le long de la route entièrement contrôlée par l'armée israélienne. A l'arrivée, la plage la moins chère (9 € par personne : aucune n'est gratuite), est aussi ornée de drapeaux israéliens : tout le littoral, et les ressources financières du tourisme qu'il représente, est accaparé par Israël.
- nous déjeunons le charmant village d'artistes de Ein Hod, près de Haïfa. Nous apprenons qu'il s'agit d'un village déserté (vidé ?) en 1948, et dont l'Etat israélien a donné les maisons aux artistes, à la condition qu'ils y travaillent et y exposent un temps minimum chaque année. De même dans la ville de Tsfat, l'ancien quartier arabe a été renommé quartier des artistes et l'ancienne mosquée a été transformée en galerie.
- en visitant la forteresse de Nimrod, dans le Golan, un commentaire audio incite les visiteurs à découvrir un superbe musée sur les héros résistants juifs d'avant 1948 (rien à voir avec cette forteresse ottomane...). On ne peut s'empêcher de se demander pourquoi un gosse qui lance une pierre en Palestine est appelé terroriste et un type qui a posé une bombe avant 1948 est appelé un résistant...
- une congrégation religieuse souhaite construire un centre d'accueil de pélerins au bord du lac de Tibériade. Comme pour tout projet de ce type, l'Autorité des Antiquités d'Israël doit vérifier que le sous-sol ne contient pas de vestiges importants. En l'occurence, des fouilles montrent qu'il y a des vestiges intéressants d'une ville de l'époque du Christ. Il y a notamment une synagogue, qui intéresse beaucoup les autorités, préoccupées en priorité de prouver la présence juive sur ces terres. Il y a d'autres vestiges mais le ministère ne juge pas intéressant de les excaver.
- Des religieux travaillant en Terre Sainte nous parlent de manipulation et de désinformation. Certains ont été témoins d'histoires qu'ils ne peuvent rendre publiques. On les a menacés de ne pas renouveler leur visa annuel si ils en parlaient.

Nous avons l'impression d'assister à un jeu de go géant. L'avancée feutrée mais inexorable des colons israéliens est indubitable et insoutenable. On a aussi l'impression que l'arrogance, la pression et les provocations quotidiennes sont voulues : si il y avait une réaction violente côté palestinien, cela justifierait une réaction d'Israël qui pourrait en profiter pour avancer un peu plus ses pions...

Enfin, après avoir visité l'Afrique du Sud, le pays de l'apartheid, nous retrouvons de nombreuses caractéritiques : les afrikaaners lisaient littéralement le concept de terre promise dans la Bible, ce que font aussi les sionistes. Les afrikaaners ne voulaient surtout pas habiter avec les noirs, les parquaient dans des townships et entravaient leur circulation notamment par le biais d'une carte d'identité précisant leur race. Israël s'enferme derrière son mur, les colons s'enferment littéralement dans les quartiers qu'ils occupent, les palestiniens sont poussés à partir, et la religion de chacun est mentionnée sur son passeport (tout le monde n'ayant pas les mêmes droits bien sûr). Finalement le résultat est le même qu'au temps de l’apartheid en Afrique du Sud : un peuple est déconsidéré et opprimé sur sa propre terre.

A l'occasion de la Nakba (la grande catastrophe, pour les palestiniens, la création de l'Etat d'Israël en 1948), il y a eu des manifestations de palestiniens et des heurts. Un enfant de 13 ans a même été tué par un colon à Silwan, juste à côté de là où nous logeons à ce moment-là. On nous explique que ce n'est pas le premier incident de ce genre, et que le colon ne sera jamais inquiété pour ce meurtre (en revanche les palestiniens qui ont jeté des pierres sur sa maison à la suite de ce meurtre sont allés directement en prison). Le lendemain, une dame d'une soixantaine d'année, manifestement juive, engage la conversation à l'arrêt de bus : "Voyez comme l'atmosphère est brune. "Ils" (les palestiniens) ont brûlé des pneus à la frontière hier soir. Cela empeste. A cause de ça, j'ai mal dormi. Vous voyez comme la vie est difficile ici !". Devant notre silence pas du tout compatissant elle ne nous adressera plus la parole.

En attendant, à la fin de notre séjour, nous n'en pouvons plus de cette injustice intolérable que nous voyons partout, nous sommes pris de nausée. Pour la première fois, nous sommes content de quitter un pays que nous visitons.

4/ Attention aux pièges
Après cette charge contre l'Etat d'Israël, il convient absolument de préciser plusieurs points :

- c'est la politique du gouvernement actuel qui est en cause, notamment avec le mur abject et la colonisation rampante qui n'est pas contenue. De nombreux israéliens sont contre cette politique (les ultra-orthodoxes de Mea Sharim, par exemple, ou beaucoup de modérés à Tel Aviv), ou ne sont peut-être pas vraiment au courant (désinformation, incapacité à aller voir en Cisjordanie...). Surtout, de nombreuses ONG israéliennes essaient de se battre contre la colonisation (par exemple B'Tselem).

- il faut aussi se garder de penser que les palestiniens sont tout blancs : si on est manipulés par Israël, on l'est aussi en Cisjordanie. Certains n'hésitent pas à se victimiser, ou à en rajouter. La corruption est d'ailleurs très importante en Cisjordanie, et passer pour des victimes qui ont besoin d'aide financière en arrange beaucoup. Par ailleurs, les problèmes principaux que les palestiniens ont subi dans les dernières années (notamment à Gaza qui est malheureusement inaccessible au visiteur lambda), sont dûs aux luttes fratricides entre le Hamas et le Fatah. Quant aux revendications ou aux moyens d'action de certains d'entre eux, ils sont parfois exagérés, contre-productifs, voire inacceptables. Enfin côté palestinien il y a aussi une minorité en grande difficulté, celle des arabes chrétiens : on nous raconte par exemple que dans certains cas où leurs logements étaient pratiques pour contrer Israël, des arabes chrétiens ont été expulsés par les musulmans, et n'ont pas été relogés. Doublement minoritaires en tant qu'arabes puis en tant que chrétiens, une grande partie d'entre eux s'exile. Ainsi à Béthléhem, où il y avait encore récemment une majorité de chrétiens, ceux-ci ne représentent plus que 30% des habitants, une grande partie d'entre eux s'étant exilé entre autres au Chili.

- Le désespoir : la situation est certes très préoccupante, mais il y a en fait énormément de gens qui ont des attitudes constructives. Nous en avons rencontrés de tous bords. Là où nous avons rencontré les comportements les plus abjects, nous avons aussi rencontré les gens les plus extraordinaires. Dans le fond il faudrait un miracle. Nous avons déja parlé du "miracle Mandela" en Afrique du Sud, et de celui de la chute de la dictature au Malawi. Sans doute faudrait-il un miracle venant d'Israël. Au lieu de s'enfermer dans l'arrogance et la peur, l'Etat israélien devrait comprendre que le moment est venu, depuis qu'il est devenu le plus fort, d'apprendre à donner, à lâcher un peu pour initier un cercle vertueux de paix : il a les cartes en main. Dans tous les cas, plus l'Etat d'Israël exagère et plus cela se sait, plus il s'expose à un retour de bâton. Et à l'heure de la mondialisation et d'internet, de telles logiques de fermeture sont autodestructrices bien plus rapidement qu'avant. L'opinion publique israélienne évolue aussi, notamment la jeunesse. Suite au printemps arabes les différentes factions palestiniennes sont enfin parvenues à s'entendre, et les palestiniens commence à s'inspirer des marches pacifiques. A suivre...
Dernière image, celle d'une icône sur le mur près du check-point de Béthléhem, écrite il y a quelques mois : il s'agit de Notre-Dame qui fait tomber les murs (physiques, intérieurs...).
Notre Dame qui fait tomber les murs

Recette : poulet au miel (pour 8 personnes)


- 8 morceaux de poulet

- 1/4 verre d'huile d'olive
- 2 cuillères à soupe de paprika
- 1 cuillère à soupe de moutarde
- 4 gousses d'ail finement hachées
- 1 cuillère à soupe de sauce de soja
- 2 cuillères à soupe de miel
- 2 cuillères à soupe de vin rouge
- assez de pommes de terre pour 8 personnes


  • marinade:

dans un saladier mélanger vin rouge, miel, ail, moutarde, sauce de soja, et sel et poivre
en enduire les morceaux de poulets et laisser reposer une nuit au frigidaire


  • cuisson:

graisser un grand plat, et disposer au centre les morceaux de poulet, et autour les pommes de terre découpées en rondelles
cuire pendant une heure et demi à 160° environ


  • rafraichissement

presser 4 citrons dans une grande caraffe, y rajouter du sucre, des glaçons et de la menthe, et déguster bien frais.

Monday, May 30, 2011

Le Golan




Nous avons du louer une voiture afin de passer quelques jours dans le Golan, région tout au nord d'Israël, non loin des frontières avec le Liban et la Syrie, et d'ailleurs annexée à la Syrie durant la guerre des six jours de 1967. Cette région très pittoresque est assez stratégique car elle contient plusieurs affluents du Jourdain, et donc sert à approvisionner Israël en eau, parfois au détriment de ceux en aval : Cisjordanie et Jordanie.



Nous avons visité la citadelle de Nimrod, magnifique forteresse construite par les arabes au 13ème siècle pour surveiller la route de Damas et se protéger de la 6ème croisade. Jamais prise, elle est cependant devenue trop couteuse à entretenir et fut abandonnée suite à un tremblement de terre au 18ème siècle.

Non loin de là se trouve le parc naturel de Banias, où l'on peut voir de belles cascades d'un des affluents du Jourdain, et les ruines de la ville de Césarée de Philippe. Ancien temple au dieu Pan, ville romaine d'Agrippa, puis byzantine, puis forteresse croisée, il y a de belles ruines illustrant le passage des différentes civilisations et influences.














On peut aussi visiter, non loin de là, un des bunkers qui a servi à l'armée Israélienne pendant la guerre des 6 jours, perché sur une colline avec vue sur la Syrie. Les panneaux d'information historique qui accueillent les visiteurs parlent de "libération" du Golan lors de ce conflit.

Saturday, May 28, 2011

La côte nord


Non loin de la grosse ville de Haïfa, on trouve deux sites archéologiques majeurs, extrêmement bien conservés et expliqués, illustrant à quel point différentes civilisations et influences se sont succédées dans cette région au fil des siècles.
Au sud d'Haïfa, se trouvait la ville de Césarée. Ce petit village de pécheur fut transformé par le roi Hérode, quelques années avant la naissance du Christ, en énorme ville portuaire en l'honneur de Rome, son mécène. Théâtre de 3000 personnes, hippodrome pouvant contenir 10000 spectateurs, temple à grandes colonnes dédié à la déesse Rome, aqueduc pour y apporter de l'eau douce, cette ville est vite devenue la capitale de la région. A l'époque byzantine, le temple Romain céda la place à une église byzantine, et on y installa de magnifiques bains couverts de mosaïques encore bien conservées. En 640 la ville fut prise par les arabes, l'église byzantine céda la place à une mosquée, mais la ville tomba peu à peu à l'abandon. Elle reprit de l'importance avec les croisades, et la mosquée fut détruite au profit d'une basilique croisée, et une partie de la ville fut fortifiée. La ville passa des mains des croisés à celle des arabes 4 fois, puis en 1251 fut reprise par Saint Louis. Dix ans plus tard, c'est le sultan Baybars qui la reprit, et cette fois ci la rasa complètement, afin qu'elle ne puisse plus servir de base pour les croisades.

Au nord d'Haïfa se trouve la ville d'Akko, appelée Saint-Jean d'Acre par les français. Déjà importante au temps d'Alexandre le Grand, elle fut ensuite prise par les Ptolémées (égyptiens) puis les Séleucides (Syriens), par les Arabes en 636, et enfin par les croisés.  Ces derniers en firent leur principal port d'approvisionnement pour les croisades. Perdue à Saladin, puis reprise par Richard cœur de Lion, la ville fut enfin reperdue et dévastée par les Mamelouks venus d'Egypte en 1291. Elle sommeilla pendant environ 450 ans jusqu'à ce qu'un mercenaire Bosniaque de l'empire Ottoman, Ahmed el Djezzar (Ahmed le boucher) s'y intéresse et en refasse une puissance importante et quasi indépendante de l'empire Ottoman au 18ème siècle. La ville repoussa l'attaque de Napoléon, et son importance diminua progressivement au profit de Haïfa au cours du 19ème et 20ème siècle. Aujourd'hui on y trouve une vieille ville fortifiée qui abrite un dédale de petites ruelles charmantes, et surtout on y a déterré l'ancienne forteresse croisée, véritable ville souterraine, car après plus de 4 siècles d'abandon, Ahmed-el-Djezzar trouva plus simple de combler les salles de la forteresse et de construire son palais par-dessus plutôt que de tout détruire et recommencer à zéro.
Cela a permis de préserver de façon spectaculaire ces immenses salles construites par les Chevaliers de l'Ordre Hospitalier de Saint Jean (par la suite, une fois chassé de Terre Sainte par les Mamelouks, l'Ordre se réfugiera à Chypre, puis à Malte, ce qui lui vaut son nom actuel de l'Ordre de Malte). Autre ordre chrétien très présent à Acre durant les croisades, les Templiers construisirent un tunnel gigantesque sous la ville reliant leur palais au port, afin de faciliter les déplacements en cas de siège.

Friday, May 27, 2011

La Galilée


L'évangile de Pâques est on ne peut plus clair: "Il n'est pas ici, il vous précède en Galilée" (Marc 16: 6-7). Nous sommes donc partis au lendemain de Pâques en Galilée, en nous joignant à quelques volontaires françaises travaillant à l'hôpital Saint Louis, qui avaient 2 places dans leurs voitures de location. La Galilée est  environ 80 km au nord de Jérusalem, et c'est dans cette région que Jésus a passé la plupart de sa vie, entre son enfance à Nazareth, le premier miracle quelques kilomètres plus loin à Cana, et les 3 ans de sa vie publique autour du lac de Tibériade, aussi appelé "mer de Galilée".

Nous avons eu la chance d'être accompagnés de Frère David, un Franciscain québèquois, avec qui nous avons visité les principaux sites religieux avec l'éclairage de l'évangile.  Il nous a aussi donné beaucoup d'explications archéologiques et historiques, et nous a notamment expliqué comment les franciscains ont retrouvé à la fin du 19ème siècle la ville de Capharnaüm, détruite et ensevelie depuis plus d'un millénaire. Faisant le lien entre le nom de Capharnaüm, qui apparait de nombreuses fois dans les évangiles, et le nom pourtant très déformé d'un endroit déserté au bord du lac de Tibériade, ils ont acheté le terrain et commencé à faire des fouilles de façon aléatoire. A ce jour, toute une partie de la ville a été retrouvée, avec notamment les ruines d'une synagogue du 2ème siècle, et la maison de l'apôtre Pierre, lieu où Jésus a été reçu de nombreuses fois et a fait des miracles. Cette maison est un des 3 lieux dont on est sûr à 99% que Jésus est venu, (avec la grotte de la nativité à Nazareth et le saint sépulcre à Jérusalem) notamment parce qu'une église primitive octogonale y a été érigée très tôt.
Nous avons aussi visité les églises du Mont des Béatitudes, lieu où Jésus aurait proclamé le sermon des béatitudes (Matthieu 5: 1-12), celle de la primauté de Pierre, où après sa résurrection Jésus aurait par trois fois dit à Pierre "paix mon troupeau" (Jean 23: 15-18) et lui confiant la direction de son église, et enfin l'église de Tabga, lieu de la première multiplication des pains (Marc 6: 30-44).

Quelques jours en Palestine


Nous avons passé 5 jours en Cisjordanie, la partie des territoires palestiniens à l'est de Jérusalem et à l'ouest de la Jordanie. Pour y accéder depuis Jérusalem on doit traverser un mur de 9 mètres de haut, très très impressionnant. Nous avons commencé par passer quelques jours à Bethlehem, ville d'origine du roi David, et lieu de naissance de Jésus. La grande Basilique de la Nativité, construite au-dessus de la grotte où Marie aurait mis au monde son fils, a été érigée au 4ème siècle par Sainte Hélène, mère de l'empereur Constantin.

Ce sont les frères Franciscains qui ont la garde de ce lieu (comme de la plupart des lieux saints catholiques en terre sainte) et nous avons été impressionnés par leur désir de ne pas se contenter de la tradition chrétienne en ce qui concerne la localisation des lieux saints, mais d'utiliser tous les moyens scientifiques et historiques qu'ils ont pour vérifier si les pierres disent la même chose que la tradition. La basilique est donc construite sur la grotte, et partagée, comme le Saint Sépulcre à Jérusalem, entre Catholiques, Orthodoxes grecs, Syriens, Arméniens et Coptes. Elle a fait l'objet d'un siège en 2006 lorsque des combattants Palestiniens s'y sont réfugiés, cernés par l'armée Israélienne, et soignés et ravitaillés par des frères franciscains à l'intérieur.
Résolution 194, encore très à l'esprit des habitants du camp de Deisha
Hope Flower School
Nous avons visité d'autres lieux religieux, nous sommes passés dans le camp de régugiés de Deisha,  et nous avons surtout passé une matinée avec Ibrahim, qui dirige la Hope Flower School, et qui nous a consacré du temps pour nous expliquer son fonctionnement. Cette école primaire est privée, et ouverte à toutes les religions tant pour les élèves que pour les professeurs. Leur particularité est justement cette ouverture qui se reflète dans l'enseignement de matières délicates : les religions, et l'histoire. Ainsi les élèves apprennent les bases de leur croyance et leurs fêtes religieuses mais aussi de la religion de leurs camarades de classe, en choisissant de se focaliser sur ce qu'ils ont en commun, et dans le respect de la différence. Ils ont aussi des cours sur la paix et les droits de l'homme.   Mais Ibrahim ne se contente pas d'agir sur les enfants : il dirige également le Hope Flower Center, centre communautaire qui se propose de former des professeurs de toute la Cisjordanie qui veulent s'inspirer du modèle de son école. Il propose aussi des formations aux entreprises ou au monde associatif sur le "comment vivre ensemble" dans une société où la religion divise beaucoup plus qu'elle ne rassemble. Il propose enfin des programmes d'entreprenariat pour les femmes, afin de les aider à monter leur micro-entreprise ou coopérative. Clem a également assisté à un cours de nutrition et gestion du foyer pour une trentaine de femmes entre 20 et 50 ans.


rue du marché d'Hébron, où un filet retient les ordures et pierres 
Nous avons par la suite passé une après-midi dans la ville d'Hébron. C'est une des plus grandes villes de Cisjordanie, un centre économique, et aussi le lieu du tombeau des patriarches : Abraham et sa femme Sarah, Isaac et sa femme Rebecca, Jacob et une de ses femmes Leah. Nous avons été accueillis à notre sortie du bus par Salam, une amie d'ami d'ami, et sa sœur, qui nous ont très gentiment fait faire tout un tour dans la vieille ville. Nous avons pu voir les 5 colonies qui entourent la vieille ville, et les militaires omniprésents plus encore qu'ailleurs (5000 soldats pour 500 colons). C'est très impressionnant. Après notre visite Salam a insisté pour que nous venions prendre une collation dans sa famille, où sa mère nous avait en fait préparé un énorme poulet et son riz parfumé, et une bonne partie de sa nombreuse famille est venue faire connaissance. Nous avons été très touchés par leur accueil si chaleureux.



Nous avons également passé voir le monastère grec orthodoxe de Mar Saba, à flanc de colline en plein milieu du désert. L'entrée du monastère est en revanche interdite aux femmes qui doivent attendre dehors... Nous sommes aussi allés à la mer morte, où nous nous sommes baignés et nous sommes frottés de sa boue aux vertus thérapeutiques.  Cette ancienne mer à 411m au-dessous du niveau de la mer est le point le plus bas de la terre, et sa concentration en sel est dix fois supérieure à la mer normale, ce qui fait qu'on flotte tout naturellement dans son eau à plus de 30°. Enfin, nous avons terminé notre passage en Palestine par une journée dans la capitale Cisjordanienne : Ramallah, ville plus moderne où il fait bon sortir.


En visitant la Palestine, on a vite un sentiment d'injustice et d'impuissance devant la force d'Israël et la l'humiliation quotidienne que subissent les palestiniens. Mais nous développerons un peu plus sur ce sujet en rédigeant nos conclusions sur la région, après avoir un peu plus exploré les différents points de vue.

Tuesday, May 3, 2011

Semaine Sainte à Jérusalem


 Jérusalem est la ville la plus fascinante que nous ayons jamais vue. Son architecture et sa population sont riches des apports de toutes les cultures qui l'ont envahie ou qui y sont passée. L'histoire du monde et les religions y sont imbriquées avec une force unique. Cette ville est LE centre, LE carrefour, LE nœud.
Bien sûr, on en a souvent une image trouble, liée aux conflits de la région. En réalité en voyant la diversité extrême de cultures et de religions, on s'étonne qu'il n'y ait pas plus d'accrochages.
Nous avons donc passé 10 jours à Jérusalem, dans un tout petit studio que nous avons loué, où nous nous sommes sentis chez nous, et avons pu nous approvisionner au marché et cuisiner... Après 3 mois de nomadisme, c'était vraiment agréable. 
Si nous sommes venus à Jérusalem à ce moment-là, c'était pour y passer la Semaine Sainte, moment où les chrétiens commémorent les derniers jours de Jésus à Jérusalem, de son entrée triomphale dans la ville à son arrestation et sa crucifixion quelques jours plus tard, et enfin sa résurrection le dimanche de Pâques. 
Nous avons commencé par participer à la joyeuse procession du dimanche des rameaux avec environ 10000 chrétiens du monde entier : européens, éthiopiens, indiens, philippins, mexicains, ... et bien sûr des palestiniens chrétiens, joyeusement déchaînés. L'Eglise avait vraiment son beau visage bigarré. 

En regardant passer les groupes, nous en avons repéré un qui chantait des chants en français que nous connaissions : nous l'avons rejoint pour pouvoir plus participer, et nous avons ainsi rencontré les dominicains de l'école biblique de Jérusalem. Nous les avons adopté et sommes allés à la messe tous les jours chez eux, et avons fini par lire et chanter pour le triduum pascal. Après 3 mois à changer d'église tous les dimanches et à avoir des messes en anglais, chichewa, tumbuka et swahili, nous nous sommes sentis dans notre paroisse. (Presque aussi bien qu'à Notre-Dame de Bercy, notre chère paroisse du 12e qui nous manque tant)

Nous avons passé cette semaine sainte à marcher sur les traces du Christ : chemin des rameaux, enseignements au Mont des Oliviers, agonie à Gethsémani, chemin de croix... 
On vient à Jérusalem pour voir Jésus. Mais ce n'est pas évident car les lieux ont beaucoup changé, entre l'urbanisation et la construction de sanctuaires : le Golgotha n'est plus un rocher dans la campagne, c'est un amoncellement d'églises bourré de pèlerins ou de visiteurs de toutes sortes. On ne comprend d'ailleurs toujours pas comment on peut arriver à jouer des coudes pour aller voir le tombeau du Christ... Certaines célébrations sont donc très fortes mais malheureusement bondées.
Il faut donc chercher Jésus et chercher à se représenter ce qu'il a vécu, avec pour certains endroits la certitude historique que les événements se sont bien passés là. C'est difficile à faire en 2 minutes dans la cohue. C'est sans doute pour cela que nous avons préféré le jardin de Gethsémani, dont les pierres et les oliviers n'ont pas dû trop bougé depuis 2000 ans, et surtout ou le calme et le recueillement sont possibles. 
Finalement, entre les visites aux lieux saints, les célébrations belles mais bondées, et les célébrations belles et plus recueillies et auxquelles nous avons pu participer chez les dominicains, nous avons vécu une très très belle semaine sainte. Ca nous a en particulier fait très plaisir de croiser Christian, Philippe et Gwenola le soir de la Veillée Pascale !

Jérusalem : introduction

Jérusalem est une ville fascinante, on s'en rend compte dès qu'on franchit une des portes de la vieille ville, et qu'on pose les yeux sur ce spectacle grouillant où se mêlent juifs orthodoxes, musulmans, et chrétiens de tous bords: luthériens, grecs orthodoxes, syriens, arméniens, éthiopiens, coptes (chrétiens d’Égypte), maronites (chrétiens du Liban), frères franciscains ou dominicains, petites sœurs de la charité, bénédictines, brigittines, prêtres en soutane ou simple col romain... La vieille ville de Jérusalem est Lieu Saint pour les 3 religions monothéistes.

Cette ville a bien plus de 3000 ans, et depuis sa conquête par le Roi David et la construction par son fils Salomon du grand Temple pour abriter l'Arche de l'Alliance et les Tables de la Loi, la ville n'a jamais été en paix pendant plus de 200 ans. En effet, d'innombrables peuples venus d'ailleurs, à commencer par les Babyloniens, puis les Grecs, les Romains, les Byzantins, puis encore les Mamelouks venus d'Egypte, les Croisés venus d'Europe, et pour finir les Ottomans et les anglais, sont tous venus occuper cette ville un temps, et rajouter leur pierre à la ville actuelle.
La ville comprend 3 principaux lieux saints : Le mur Occidental du Temple, appelé Mur des Lamentations, pour les Juifs, le Saint-Sépulcre pour les Chrétiens, et le Dôme du Rocher pour les Musulmans. 

Le Dôme du Rocher, 3ème lieu saint pour les musulmans
Le Temple de Jérusalem, construit par Salomon, fils de David, sur le lieu indiqué par Dieu, était le Lieu Saint par excellence pour les Juifs pendant plus de mille ans. Lieu présumé de la création d'Adam et du sacrifice d'Abraham, il abritait dans sa partie la plus sacrée, réservée au Grand Prêtre seul et appelée le "Saint des Saints", l'Arche de l'Alliance, qui contenait les Tables de la Loi données à Moïse par Dieu. Détruit une première fois par Nabuchodonosor II lors de l'exil des juifs à Babylone en 587 avant JC, puis reconstruit, envahi par les Grecs, puis purifié, il fut de nouveau détruit par les Romains en l'an 70, et le peuple Juif chassé de Jérusalem et exilé de par le monde. Les ruines du Temple furent laissées telles quelles pendant de nombreuses années, puis à l'arrivée des premiers Croisés, une église fut construite sur une partie de l'esplanade. Quelques années plus tard, le prophète Mahomet raconta à ses disciples avoir effectué un merveilleux voyage nocturne, où accompagné par l'Ange Gabriel, il aurait été transporté vers la Mosquée la plus lointaine, puis de là serait monté au Ciel. Cette parole fut par la suite interprétée par ses disciples comme indiquant Jérusalem, et les Musulmans bâtirent la mosquée du Dôme du Rocher autour de la pierre depuis laquelle Mahomet serait montée au Ciel, et celle d'Al Aqsa (ce qui veut dire la mosquée la plus lointaine) sur l'ancienne église des Croisés. Le Dôme du Rocher est le 3ème lieu le plus sacré de l'Islam, après la Mecque et Médine.

Le Mur des Lamentations
Ainsi du Temple de Salomon il ne reste aujourd'hui qu'un seul grand mur, le Mur Occidental, lieu de prière et de recueillement pour les Juifs, où ils peuvent se lamenter de la destruction de leur Temple, et prier Dieu au plus près de l'endroit qu'Il leur avait indiqué. Aujourd'hui cet endroit est une synagogue à ciel ouvert : il y a une section réservée à la prière des hommes, où l'on doit se couvrir la tête d'un chapeau ou d'une kippa, et une partie, un peu plus petite, réservée aux femmes. Tous prient auprès du Mur, et glissent des prières écrites sur des petits bouts de papier entre les pierres du mur. 
Le Saint Sépulcre, vu des toits


Jérusalem étant le lieu de la fin de la vie de Jésus Christ, de son entrée triomphale dans la ville au moment des Rameaux à sa crucifixion le Vendredi Saint, de nombreux lieux sont saints pour les Chrétiens, le plus important étant le Saint Sépulcre, ou Tombeau du Christ. Sainte Hélène, mère de l'empereur romain Constantin, identifia le site en l'an 300 et une grande basilique y fut construite à partir de 326, comprenant le Golgotha, lieu de la crucifixion de Jésus, et le tombeau où il fut déposé avant de ressusciter 3 jours plus tard. Cette basilique est aujourd'hui partagée par les Catholiques, les Orthodoxes Grecs, les Syriens, les Arméniens, et les Coptes, chacun ayant sa chapelle, et ayant droit de faire ses célébrations dans les parties communes à tour de rôle, selon un planning bien précis et serré. Les Ethiopiens n'ont pas de chapelle dans le Saint Sépulcre et en ont donc construit une sur le toit de l'église. 
prêtre éthiopien
Aujourd'hui la ville de Jérusalem est très étendue, et abrite environ 500 000 personnes. Elle s'étend de part et d'autre de la vieille ville, qui elle, reste cachée derrière ses hauts remparts, construits par Saladin au 13ème siècle, et se divise en 4 quartiers de taille inégale. Le quartier Arménien est le plus petit, mais aussi le plus secret : il héberge environ 2000 personnes, mais la plupart de ses rues nous sont inaccessibles. Le quartier Juif, au sud-est de la ville, est le plus moderne, car il a été très endommagé lors des combats de la guerre de 1967, et entièrement reconstruit depuis. Il abrite environ 5000 personnes, et comprend le Mur des Lamentations. Le quartier Chrétien, au nord-ouest, abrite de nombreuses églises de toutes les confessions chrétiennes, et à peu près 6000 personnes. Enfin, le quartier Musulman est le plus grand quartier à la fois en taille et en population, car il héberge 25 000 personnes, ainsi que la grande esplanade des mosquées. En contrebas des murailles, à l'est de la ville, s'étend le grand cimetière juif du Mont des Oliviers, et le petit jardin de Gethsemani, où Jésus est allé prier le soir du Jeudi Saint, avant d'être arrêté et jugé.