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Sunday, April 24, 2011

Les femmes en Afrique

Après 2 mois et demi dans 3 pays africains, nous avons pu nous rendre compte que la place de la femme n'est pas la même selon les endroits, et que cette distinction se fait moins selon les pays que selon les ethnies. En effet, si la plupart des communautés que nous avons rencontrées sont patriarcales, c'est à dire que le pouvoir est détenu par les hommes, certaines ethnies sont matrilinéales, comme les Chewa du Malawi. C'est à dire que lorsqu'un garçon se marie avec une fille, c'est lui qui quitte sa famille pour aller sur la terre de sa belle-famille. Si il a des enfants et devient veuf, soit il reste dans sa belle-famille et ne peut se remarier, soit il retourne dans sa famille, ou va dans la famille de sa nouvelle femme et ses enfants peuvent choisir de le suivre ou de rester dans "leur famille" (celle de leur mère). Dans tous les cas, si un père frappe ses enfants, le frère de la mère peut intervenir en estimant qu'il va trop loin. Ce système à l'inconvénient de faciliter la fuite aux hommes qui voudraient abandonner femme et enfants, ils n'ont qu'à partir et rentrer chez eux. Dans tous les cas, le pouvoir est généralement quand même détenu par les hommes, même si cela évolue un peu, un des chefs régionaux des Chewas et Ngonis du sud du Malawi est une femme, chose impensable il y a quelques années.

Dans toutes les communautés que nous avons rencontrées, la femme est responsable du rôle traditionnel de gardienne du foyer, devant s'occuper de la préparation du repas, de l'achat des provisions, de l'éducation des enfants en bas âge. Cela s'ajoute au travail aux champs, et, plus rarement, à un emploi payé. En effet, la femme effectuant souvent un travail essentiel pour la survie de la famille, elle est rarement rémunérée en espèces sonnantes et trébuchantes, ce qui la rend très vulnérable en cas de maladie ou d'abandon ou de décès de son mari/compagnon. De plus, les familles sont souvent très nombreuses : le nombre moyen d'enfants par femme au Malawi est de 5 !  Il peut également arriver que si la femme gagne sa vie, elle reverse quand même son salaire à son mari, chef de foyer, qui en dispose à son gré (pas toujours très sagement).
Une conséquence indirecte de cette répartition des revenus dans le couple est que, si une femme soupçonne son compagnon d'infidélité, et qu'il refuse d'effectuer un test de dépistage du VIH,  la femme, n'ayant pas d'économies car elle ne touche pas de salaire, se retrouve face à un choix cornélien : continuer à vivre avec un partenaire potentiellement séropositif qui risque de la contaminer à son tour, ou bien se retrouver à la rue et risquer d'avoir à se prostituer pour survivre (et donc avoir des fortes chances d'être contaminée par le VIH très vite).Dans l'ensemble, les femmes en Afrique sont plus vulnérables face au VIH que les hommes car c'est rarement elles qui décident quand et comment auront lieux les rapports sexuels.

Cependant, dans le monde politique, la situation de la femme est en pleine évolution. En Afrique du Sud par exemple, la mise en place d'un système de quotas dans le parti principal, l'ANC, change la donne: dans les gouvernements locaux, les femmes sont passées de 19% de représentation en 1996 à 40% en 2006, et à l'Assemblée Nationale, elles étaient 27% en 1994 et sont aujourd'hui plus de 43%. Cela à des effets notables, notamment sur la législation concernant les violences faites aux femmes. Cependant on est encore loin du compte dans beaucoup d'autres pays, et les femmes restent beaucoup plus vulnérables à toutes les formes de violences en général que les hommes.

Enfin, si la plus part des africains dans les pays que nous avons rencontré sont chrétiens et donc monogames, dans certaines communautés, comme les Xhosas et les Zulus d'Afrique du Sud, les Yaos du Malawi, et chez les 30% de Tanzaniens qui sont musulmans, la polygamie est autorisée. De la même manière, le président actuel de l'Afrique du Sud, Jacob Zuma, a 4 femmes (dont une jeunette qu'il a épousé il y a moins de 2 ans). C'est lui aussi qui après avoir couché avec une prostituée sans préservatif a affirmé qu'ayant pris une bonne douche il était protégé. Un tel exemple à ce niveau-là fait des ravages...

Quelques réflexions en quittant le Malawi

Accueil
En quittant le Malawi nous étions tristes. Le "warm heart" of Africa nous aura beaucoup touchés. Nous avons été si bien reçus, au-delà de ce que nous pouvions imaginer, par les sourires et la gentillesse de la plupart de ses habitants, par ses enfants qui nous saluaient en criant dès qu'ils nous voyaient, par ces enfants qui sont venus nous tenir la main juste pour marcher 10 minutes avec nous...
Le Malawi a quelque chose de spécial : alors que nous avons dû payer des visas (et supporter des douaniers plus ou moins amènes) pour traverser 12h le Mozambique et le Zimbabwe en venant en car de Johannesburg, le Malawi nous a acueillis gratuitement et avec un grand sourire. De nombreux pays d'Afrique ont des problèmes liés à la coexistence de plusieurs ethnies. Le Malawi est peuplé des mêmes ethnies que ses voisins, mais il n'y a aucun conflit. De même d'un point de vue religieux, le Malawi est essentiellement chrétien (d'une manière parfois vraiment inculturée, en cohérence avec la culture locale, magnifique) avec des communautés très variées. Il y a également une population musulmane importante, mais il n'y a aucun problème. La malawaiens sont très fiers de leur chaleur humaine et de la paix qui règne dans leur pays. Nous nous demandons si il y a un ingrédient magique dans l'eau du lac.
Les problèmes du Malawi sont pourtant multiples : la pauvreté (revenu moyen annuel par habitant de 250 $), l'aide internationale trop importante (40% du budget annuel du pays) et parfois mal adaptée (projets court-termistes, sans implication des locaux, politiques, pour se donner bonne conscience, qui générent une culture d'assistanat...), le SIDA (~10% des malawaïens seraient séropositifs, ce qui fait du Malawi un des pays les plus touchés), le poids du tabac dans l'économie du pays (la moitié des exportations) alors que la sorte de tabac produite au Malawi risque d'être interdite prochainement par 200 pays, la déforestation, le changement climatique dont les effets prennent apparemment de l'ampleur...
Mais comme nous ont dit certains, il y a toujours eu de gros problèmes au Malawi, et cela n'a pas empêché les gens de garder leur sourire...

Clichés
Le Malawi est un pays qui nous a aussi invités à réaliser à quel point nous avons des clichés simplistes sur l'Afrique en Europe (et en général). Les africains ne sont évidemment pas tous fainéants, assistés, soumis à leurs pulsions comme des animaux, avec une culture détruite et une religion imposée par l'Occident. La réalité est beaucoup plus intéressante, et positive.
A ce titre nous avons par exemple beaucoup aimé le regard de Brother Aiden, un frère de Saint Jean de Dieu qui développe depuis 18 ans un hôpital pour les maladies mentales à Mzuzu, employant aujourd'hui 150 personnes. Il nous a d'abord expliqué que contrairement à ce que nous imaginons en Europe, les maladies mentales ne sont pas le "privilège" des pays riches :  il y en a la même proportion au Malawi (dépressifs, schizophrènes, alcooliques, épileptiques, paranoïaques, de plus en plus de gens trop stressés, des gens qui ont des séquelles de naissances difficiles...  Mais pas d'anorexie...). En revanche au Malawi les gens ont très peur des personnes atteintes par ces maladies, excluent les familles qui ont un membre malade, et très peu de structures permettent de soigner les malades. Le travail à faire est donc considérable car il faut prévenir, soigner et éduquer. Mais Brother Aiden est quelqu'un de très positif : il sait bien qu'il reste énormément à faire, mais reconnaît que beaucoup de travail a été fait depuis 18 ans, et le fait de ne pas pouvoir tout régler lui semble normal. Il fait de son mieux avec une simplicité, une humilité et une espérance à toute épreuve.

Laissons-nous inspirer :
Le Malawi et sans doute l'Afrique en général ont vraiment de quoi nous apporter : il y a une chaleur humaine, un sens de la communauté et des autres, et un sens de l'accueil que nous avons un peu perdus, ou peut-être jamais eu avec cette intensité. Il y a un sens spirituel et une joie de vivre qu'on ne trouve pas souvent en Europe.
Du coup, en ajoutant à ces aspects le climat fabuleux du Malawi et son lac extraordinaire, nous nous demandons si il ne serait pas pertinent d'ouvrir des maisons de retraite au Malawi : plutôt que de laisser croupir certaines de nos personnes âgées peu aisées et qui n'ont plus de familles dans des établissements  en France où elles ne sont peut-être pas toujours si bien traitées, ne pourrait-on pas leur assurer une vieillesse plus chaleureuse au bord du lac Malawi, tout en donnant du travail à des malawaïens ? A creuser, dans le respect des personnes âgées bien sûr.
Certains nous avaient dit avant notre départ "Vous allez vous embêter si vous restez un mois au Malawi". Mais en partant nous avons réalisé que ce mois avait été extrêmement riche et que nous aurions beaucoup aimé rester un peu plus. Peut-être reviendrons-nous...
Pour ceux qui sont curieux de ce pays, n'hésitez pas à lui rendre visite, vous ne serez pas déçus. En revanche, par pitié, ne donnez rien aux enfants, soyez responsables à tous points de vue pour ne pas dénaturer ce pays encore si authentique.

Enfin, comme c'est grâce à notre "cousin" Edward que nous avons décidé de visiter ce pays, et comme c'est en grande partie grâce à ses parents Eric et Sophie et à sa soeur Bella que nous avons eu un séjour si exceptionnel, un immense merci à la famille Borgstein !

source : http://web.worldbank.org fiche pays malawi

La religion et les catholiques au Malawi

Religions traditionnelles
Les religions traditionnelles des ethnies malawaïennes sont monothéistes. Les Chewas, la population la plus importante au Malawi, croient en un Dieu créateur (qui aurait créé un homme et une femme sur la terre, mais aurait été repoussé au ciel par la catastrophe de l'invention du feu), vénérent les bons esprits des ancêtres, et se méfient des mauvais esprits des gens mauvais trépassés. Tout un système moral est décrit par le "gule wamkulu", un ensemble de danses traditionnelles avec des masques représentant différents personnages et comportements bons ou mauvais, pour s'en inspirer ou les railler. Cette danse est notamment utilisée lors de différents rites de passage comme celui de la puberté pour éduquer les jeunes hommes d'un côté et les jeunes filles de l'autre. On éduque les jeunes, et on leur fait notamment passer le message : "ton nom est lié à ton sexe (selon si tu es un garçon ou une fille). Ne montre pas ton sexe à n'importe qui, ne l'utilise pas n'importe comment ou tu perdras ton identité." De manière générale, chez les Chewas mais aussi chez les Ngonis et les Yaos, l'adultère est proscrit. Les Yaos disent "adultery leads to one's destruction", et chez les Ngonis (ethnie proche des Zoulous d'Afrique du Sud ayant immigré au 19e siècle) une fille doit même absolument être vierge pour se marier. Il y a bien sûr beaucoup d'autres éléments intéressants, mais ceux-là nous ont paru particulièrement inattendus pour notre regard un peu simpliste d'européens.


Missionnaires
Le premier missionnaire à être venu au Malawi est le fameux Docteur Livingstone. (Un explorateur missionnaire écossais protestant perdu dans la jungle tanzanienne à la recherche de la soruce du Nil et retrouvé par le journaliste Stanley qui aurait dit en le rencontrant : "Dr Livingstone I presume ?"). Son objectif était notamment d'apporter aux africains "Commerce, Christianisme et Civilisation" (dans cet ordre, avec pragmatisme).

Les missionnaires protestants arrivèrent en premier au Malawi, suivis assez vite par les catholiques. Ces missionnaires se focalisèrent sur l'éducation, et à côté de cela convertirent petit à petit tout le pays. Chez les catholiques, deux congrégations d'origine française vinrent au Malawi : les pères blancs (Les missionnaires d'Afrique, fondés par le cardinal Lavigerie en 1868) au Nord, et les montfortains (La compagnie de Marie fondée par Saint Louis-Marie Grignion de Montfort en 1705) au Sud.

De nombreux missionnaires arrivèrent avec l'idée très répandue à l'époque (et encore aujourd'hui ?) que les africains étaient inférieurs, et donc qu'il fallait absolument leur apporter, voire leur imposer la religion et la civilisation européenne. Beaucoup n'eurent que peu de respect pour les cultures locales mais certains eurent un vrai souci de comprendre et de respecter les locaux et leur culture. Ainsi à Mua, les pères blancs ont commencé par rejeter les danses du Gule Wamkulu qu'ils ne comprenaient pas, et qui leurs paraissaient obscènes à cause des références sexuelles destinées à éduquer les adolescents. Mais l'un d'eux, le frère Jean-Baptiste Champmartin, trouva simplement que c'était une sorte de cinéma local. Ce père blanc resta 43 ans à Mua, jusqu'à sa mort à 70 ans. Ouvert, plein de bon sens et appréciant chacun et chacune telle qu'il était, il a cherché vivre avec les gens de Mua et à les comprendre : il devint extrêmement apprécié par les locaux qui le surnommèrent "Chamare" et se souviennent encore de lui. Par son ouverture, son respect et son humilité il jeta les fondations d'un dialogue respectueux et critique entre la religion et culture occidentale et la religion et culture malawaïenne. C'est ce qu'on appelle l'inculturation. Plus tard, en 1976, le père Boucher, surnommé "Chisale" par les gens de Mua, fonda l'extraordinaire centre culturel KuNgoni dont nous avons déja parlé, qui s'est attaché à comprendre et à préserver un maximum d'informations sur les cultures locales, et sur les
fameuses danses du Gule Wamkulu.


Inculturation
L'inculturation est donc le dialogue qui permet à une culture d'embrasser la religion catholique tout en gardant ses racines et son sens critique, et qui permet en retour d'enrichir la religion catholique de nouveaux points de vue et de nouvelles pratiques. Après une phase plutôt monolithique et rigide au départ, l'Eglise catholique du Malawi s'est petit à petit ouvert à ce processus.

Concrètement, à Mua, l'inculturation se voit depuis les années 1970 dans les oeuvres produites : les artistes du centre culturel KuNgoni s'inspirent de la vie, de la symbolique, des images et des mythes malawaïens, et les utilisent pour représenter, s'approprier voire enrichir des concepts catholiques. De la même manière la liturgie de la mission de Mua est enrichie de chants et de danses traditionnelles revisités.

Sous la direction de l'évêque malawaïen Patrick Kalilombe, une autre initiative d'inculturation est apparue dans les années 1970 : enrichissant la vie de l'Eglise du sens de la communauté qui est si important en Afrique, le concept de "small catholic communities" a été développé. Concrêtement, il s'agit pour les fidèles laïcs de se rassembler en petit groupe d'une vingtaine de personne pour vivre leur foi ensemble. Ce sont comme des sous-groupes au sein des paroisses, parfois consacrés à un saint, qui vont à la messe ensemble et se retrouvent pour discuter, réfléchir, se former, prier ensemble, soutenir moralement et financièrement ceux qui en ont besoin...

Ces "petites communautés catholiques" ont eu un succès extrêmement important et ont aussi participé à un mouvement de conscientisation des gens, qui aurait inquiété le dictateur Banda : en 1979 l'évêque Patrick Kalilombe a été expulsé du pays, pour des raisons non divulguées. L'Eglise Catholique malawaïenne, sans doute échaudée et apeurée, s'est alors un peu endormie, et sa hiérarchie n'a plus trop osé prendre d'initiative révolutionnaire.

Pourtant, au grand étonnement de beaucoup, en 1992 (soit 3 ans après la visite de Jean-Paul II au Malawi en 89, qui est probablement liée à ces événements), les évêques malawaïens catholiques ont publié une lettre pastorale très courageuse, dans laquelle ils ont dénoncé l'injustice sociale, la corruption, la violation des droits de l'homme, et les erreurs du gouvernement. Ils ont aussi alors appelé toutes les autres églises chrétiennes à se joindre à un dialogue sur ces questions. La réaction du dictateur ne s'est pas faite attendre et les évêques ont été questionnés, menacés, et l'un d'eux a été expulsé du pays. La lettre pastorale a été interdite, des paroissiens ont été harcelés, des propriétés de l'Eglise ont été confisquées, le site d'impression de la lettre a été brûlé, une vague d'emprisonnements sans procès a eu lieu, et des étudiants qui ont protesté ont été tués. Les troubles ont débouchés sur une instabilité politique qui a finalement donné lieu à un référundum sur un système multipartiste, et à l'arrivée de la démocratie.


Aujourd'hui
Aujourd'hui, 75% des malawaïens sont chrétiens et 12% sont musulmans. Les relations entre les confessions et religions sont historiquement bonnes. Il y a aussi quelques hurluberlus qui s'auto-proclament évêque ou cardinal de leur nouvelle église. 20% des malawaïens sont catholiques, et d'après le père Sam, l'Eglise catholique est très dynamique, innovante, et est celle qui attire le plus grâce à une inculturation avancée.

L'Eglise catholique est aussi un acteur important dans de nombreux domaines : éducation, soins médicaux généraux (toutes les missions comporte une école et un hôpital, et certaines sont vraiment très importantes), soins des maladies mentales, distribution de repas (notamment par l'organisme "Mary's meals" autour de Blantyre), soins aux séropositifs (notamment Sant Egidio à Blantyre)... Les autres églises et religions sont aussi bien sûr très actives.

Messes et rencontres
Nous sommes allés deux fois à la messe à la cathédrale de Blantyre, qui était archi-remplie à tous les services (3 services le dimanche matin), de noirs de toutes classes sociales confondues. En allant aux services en anglais, très proches de ce que nous connaissons en Europe et ne durant qu'une heure, nous avons pu comprendre quelque chose malgré l'accent du prêtre malawaïen : nous l'avons trouvé très fin et nous nous sommes bien retrouvés dans ses messages.

Nous sommes aussi allé à la messe dans le petit village de Likhubula, au pied du Mont Mulanje : l'église était là aussi pleine. En revanche tout était en chichewa. Nous avons été très bien accueillis, invités à nous présenter en 2 mots devant toute l'assembée et applaudis avec chaleur. Nous avons salué le prêtre mais il ne parlait presque pas anglais.

Nous n'avons malheureusement pas pu allé à la messe à Mua, mais avons entendu que l'église était systématiquement comble, et que hors des périodes de Carême, il y avait une liturgie inculturée qui nous aurait sans doute beaucoup intéressés. Et nous avons rencontré le fameux père Boucher (canadien), fondateur du centre culturel KuNgoni qui nous a beaucoup parlé d'inculturation, et que nous avons trouvé un peu pessimiste sur la culture malawaïenne qu'il voit se dissoudre dans la fascination pour l'occident.

A Nkhata Bay, nous avons eu la chance d'assister à la formation d'une "petite communauté catholique" lors de la messe : la vingtaine de membres, essentiellement féminins, s'était habillée dans une sorte d'uniforme et a formulé des voeux. Cette messe là a duré presque 3h, les chants étaient magnifique, dirigés par un type très précis. Parfois des gens se levaient pour danser un peu sur place ou crier de joie. Et surtout nous avons rencontré le père Samuel, qui nous a invité à déjeuner, et que nous avons revu pour boire une bière 2 jours plus tard. Nous avons beaucoup parlé et découvert un jeune curé malawaïen confiant et sage.
Enfin, nous avons rencontré à Mzuzu le Brother Aiden, frère de St Jean de Dieu irlandais, qui nous a parlé des maladies mentales au Malawi. Un type positif, vraiment bien.

Conclusion
En conclusion nous avons été très enthousiasmés par cette Eglise qui bouge, qui progresse depuis le début du XXe siècle, et qui a tant à apporter à l'Eglise et à l'Occident en général. Finalement ce concept d'inculturation pourrait être élargi hors du contexte catholique et s'appliquer à tout dialogue, à toute relation interreligieuse, interculturelle et voire interpersonnelle. Il s'agit de générer un dialogue critique et constructif dans le respect des deux entités dialogantes. De la même manière d'autres concepts de l'Eglise devraient nourrir les débats : ainsi le concept de "développement intégral" de l'homme se rapproche beaucoup de la "vision holistique", ou du concept d'entreprise responsable, sociale, écologique... tant à la mode aujourd'hui, à juste titre. Dans tous ces cas, il s'agit juste de vouloir prendre en compte tous les paramètres quand on parle d'homme ou d'entreprise ou de projet. Mais pour que la voix de l'Eglise, fruit d'une sagesse (et d'erreurs dépassées) accumulée et ruminée depuis 2000 ans, puisse servir à tous, encore faut-il que tous (et même les catholiques !) prennent le temps de regarder ce qu'elle dit, avec un regard honnête, purifié de ses préjugés...

source : African Theology in Images, Martin Ott

Monday, April 18, 2011

Florilège de petites phrases recueillies au Malawi

"La distance la plus courte entre deux personnes, c'est un sourire"

"Ce n'est pas la peine d'ouvrir une boutique si tu n'aimes pas sourire" - proverbe chinois

"I am because you are, and because you are, therefore, I am" or “A person is a person through persons”, devise de l'uMunthu, la philosophie malawaienne du vivre-ensemble (correspondant probablement au "ubuntu" d'Afrique sub-saharienne)

"I'd rather be poor in Malawi than in a European city", Eric

"You have to employ local people. They just need jobs", Sophie

"Aider vraiment n'est pas facile. C'est beaucoup plus compliqué que ce que l'on pense souvent", Père Boucher, fondateur du centre culturel KuNgoni

"Two roads diverged in a wood, and I -
I took the less traveled by,
And that has made all the difference. "
The Road Not Taken, Robert Frost, poëte américain

" De toutes façons tout est faux la télévision ", un journaliste de Malawi Broadcasting qui nous a fait "jouer" pour un documentaire.

"La richesse matérielle n'est rien sans richesse spirituelle", Father Sam

"The one lesson we learn unequivocally from Europe's past is that when we close the door, we lose. And if that were true in times gone by, how much more true it is today in the era of rapid globalisation where technology, in the form of mass and social media, is shrinking the world." Tony Blair, article "Religion, respect and revolution" in the Tablet 12/03/2011

"The man who doesn't read good books has no advantage over the man who can't read them", Mark Twain

Tuesday, April 12, 2011

Le Malawi en quelques chiffres et photos





30 jours, 13245861 sourires, 16 trajets en minibus surbondés (et autant d'heures à faire le tour de la ville pour trouver les passagers anquants qui permettront au minibus d'être surbondé et donc de partir), 2 angines carabinées, 10 bracelets brésiliens distribués à des inconnus dans des bus, 5 repas à base d'avocats et de bananes, 30 personnes à l'arrière d'un pick-up pour aller à Cape McLear (sans compter les sacs à dos, les sacs de maïs, les fagots de bois, etc), 3 trajets en velo-taxi, 35097 poissons de toutes les couleurs vus dans le lac, 1 nuit à dormir sur le pont du Ilala pendant l'orage, 218 "artistes" cherchant a vendre des souvenirs, 5 heures passées dans le musée du KuNgoni à en apprendre plus sur les différentes ethnies du Malawi, 6 (au moins) bouteilles de sauce Nali piquante à l'ail consommées par Clem, 4 matchs de foot observés (dont un où on a du participer), 3 coupures de courant et une coupure d'eau, 1 cours de cuisine avec traduction simultanée dans un village, et toujours toujours de la bonne humeur et des sourires magnifiques.

Pour voir nos photos preferees : https://picasaweb.google.com/clemetstan/Malawi?feat=directlink


Pour voir une petite selection des beaux sourires du Malawi: https://picasaweb.google.com/clemetstan/SouriresDuMalawi?feat=directlink

Thursday, March 31, 2011

Rencontres variées à Nkhata Bay

Nous sommes restés quelques jours à Nkhata Bay, où malgré des angines carabinées nous avons eu l'occasion de faire des rencontres fort intéressantes.
On nous avait beaucoup parlé de microcrédit, et nous avons donc voulu aller voir comment ça se passe sur le terrain dans une de ces institutions. Nous sommes donc allé voir MicroLoan, une institution qui accorde des prêts de groupe exclusivement aux femmes. Concrètement, des femmes qui ont ou veulent avoir un petit commerce doivent former des groupes de 15 à 20 personnes d'un même village. Elles viennent alors voir MicroLoan avec leurs différents projets et les sommes qu'elles veulent emprunter. MicroLoan les encourage à rédiger une constitution pour le groupe, afin de régir les responsabilités de chacun face au groupe. Un groupe qui emprunte pour la première fois peut se faire prêter jusqu'à 13000 kwatcha (65€) qu'il doit rembourser de façon bimensuelle, avec un taux d'intérêt de 24%. Une fois ce premier prêt remboursé, le même groupe pourra demander un deuxième prêt jusqu'à 60000 kwatcha (300€) à seulement 20% d'intérêt. Au moment d'accorder un prêt, MicroLoan forme les femmes du groupe aux dynamiques de groupe, à la comptabilité, et à la bonne gestion. Les commerces les plus populaires pour ce type de financement sont les petites boutiques de bord de route, les couturières, la vente de poissons, les petits restaurants. Le fait que le prêt soit accordé à un groupe fait que si une femme ne peut ou veut pas payer, le groupe, devant quand même payer la somme entière, peut soit l'aider à trouver une solution, soit payer à sa place et trouver une façon de se compenser. Cela encourage l'entre-aide et la solidarité au village, et protège l'institution des mauvais payeurs et des "multiple borrowers" qui prennent un deuxième prêt pour rembourser le premier.
Nous avons été à la messe dans la paroisse de St Joseph, où nous avons assisté à une messe chantante de 2h en Tumbuka (une des langues du nord du pays). Nous avons rencontré Father Sam à la sortie de la messe, pour lui poser quelques questions sur la sa paroisse et quelques points de la messe qui nous avaient échappés, et il nous à très généreusement invité à partager son déjeuner. Il nous a longuement parlé de la bonne entente entre les différentes dénominations Chrétiennes qui se côtoient de façon très harmonieuse, de la coutume paroissiale d'avoir des sous-groupes de fidèles par quartier qui se retrouvent le dimanche après midi après la messe et le déjeuner, pour veiller les uns sur les autres et être une véritable communauté de soutien les uns pour les autres. Nous le reverrons pour un pot deux jours plus tard, ou il nous racontera encore d’autres choses fort intéressantes sur les tribus locales et leurs cultures.
stan et father sam
Nous logeons dans un backpacker’s hostel, ou nous avons rencontre Philip, qui est barman le soir, et qui nous a invite à visiter son village, a une heure et demi de marche, et de participer a la confection d’un repas avec sa famille. 
philip et son fils, philp junior
Nous sommes donc partis de bon matin, avons été arrêtés en chemin au moins une douzaine de fois par des curieux qui voulaient savoir ou nous allions (normal), et avons fini par être escorte par deux jeunes au complexe familial de Philip une fois arrives au village de Dindano. Philip et ses parents et frères et leurs familles vivent dans la demi-douzaine de maisons dans cette partie du village. Nous passons voir l’école maternelle, ou un cousin de 19 ans fait le répétiteur de façon bénévole pour les 27 petits entre 3 et 5 ans. Ils nous chantent une chanson de bienvenue dans un anglais très approximatif. 
head-shoulders-knees-and-toes, version locale
Puis nous allons voir comment les femmes cueillent, préparent et font sécher le manioc (casava), et le mais, avant de les moudre pour en faire de la farine. 
Gift, la femme de Philip, et 2 de ses belles soeurs
Enfin, nous nous asseyons tous en rond, avec Philip, sa femme Gift, sa fille Angel et leur bébé Philip junior, 3 belle-sœurs, la vénérable mère de Philip, un dizaine d’enfants et bébés (donc Petrus le gras qui est mis a barboter dans les bras de Clem, « pour s’entrainer ») 
Petrus dans les bras de sa maman
et nous attelons a la préparation d’un repas traditionnel Malawien, dont vous trouverez la recette plus bas. Ce fut vraiment intéressant de voir cette vie en communauté familiale harmonieuse, ou tous les enfants et petits enfants sont élèves ensemble et ou les fils construisent leur propre maison et famille a cote de la maison de leur parents, nous qui ne rêvions que de quitter le nid familial a peine adultes…

le Transport au Malawi

Contrairement à l'Afrique du Sud, nous n'avons pas de voiture ici au Malawi et avons donc eu tout le loisir d'explorer les méthodes de transport favorites des autochtones : les pieds, le minibus surchargé, l'arrière du pickup surchargé, le bus, le velo taxi, et l'arrière du camion (de bananes). Voici donc quelques tuyaux:
- il vaut mieux demander le prix potentiel d'une course à un tiers avant d'approcher ou d'arreter un véhicule, car le prix ordinaire est souvent doublé ou triplé pour un blanc (délit de faciès).
- quand on voit tout un tas de minibus qui vont au même endroit, ne pas s'engouffrer par reflexe dans celui ou il reste assez de place pour s'installer confortablement, car de toute façon, aucune minibus ne part tant qu'il n'y a pas au moins 30% de plus de passagers à bord qu'il n'y a de places assises de prévues. Même si le chauffeur dit "si si mon ami, on part tout de suite".
- 30% de plus de passagers que de places assises, c'est bon pour les minibus, mais pour les pickups, c'est très conservateur, vu qu'il n'y a pas de places assises. Nous avons fait un trajet de 18km (soit 2h environ) sur une très mauvaise route avec, 3 gros tas de bois, 4 sacs de maïs, nos deux sacs à dos, divers sacs de marchandises en gros destinées à être revendues à l'unité à destination, ainsi que 30 passagers (dont 6 enfants, et 3 mères allaitant pour faire taire leurs bébés qui pleuraient). Bien entendu c'est lourd tout cela, et quand la montée est trop rude, on fait descendre les plus forts, qui doivent marcher jusqu'en haut de la montée, et peuvent remonter à bord pour la descente.

- Nous avons compris l'intérêt d'avoir le posterieur un peu plus enrobé lors de ces trajets assis sur le bord d'un pickup, sur des très mauvaises routes. Chaque exclamation après une bosse déclenchant des fou-rires de tout le reste du pick-up.
- Les minibus n'étant en général pas en état tip top, ne pas s'affoler si la gauge à essense indique qu'il n'y a plus de carburant, qu'il n'y a plus d'huile, qu'on roule à 0... c'est tout bonnement que le tableau de bord est hors service. Pas de quoi foueter un hippo.
- Ne pas non plus s'affoler lorsque que minibus ou pickup dans lequel on se trouve fait une embardée après avoir vu une maman pintade suivie de ses petits traverser la route. On pourra alors observer le conducteur et 2 ou 3 des types à l'arrière sauter du véhicule pour aller courser les petits et tenter d'en rapporter 1 ou 2 chez soi (pour les élever avec les poulets? mystère...)
- Enfin, on partage souvent le transport avec les marchandises, y compris de la manchandise vivante. Et si on entend quelques "cot cot cot" au moment du chargement, on a tendance à oublier ces passagers là tant que la route n'est pas trop mauvaise. Mais à la moindre bosse, un "pagaaaque" mécontent et un coup sous les fesses des passagers de la banquete arrière vient les rappeler à notre souvenir.

Recette: repas typique Malawien

Préparation des 3 plats de légumes :
prendre les petites feuilles tendres des bouts des tiges de la citrouille, enlever les fils des tiges, et couper les feuilles ainsi que les fleurs en fines lamelles, et les laver.
prendre les petites feuilles tendres des bouts des plants de manioc, écraser avec un pilon jusqu'à ce que ça resseble à des épinards
laver les feuilles de patates douces
laver et couper en dés 4 tomates et 2 oignons
dans la casserole n°1 mettre à cuire les feuilles de manioc avec un peu d'eau et du sel à feu doux. au bout de 15 minutes rajouter 1/3 des tomates et oignons, et une cuillère d'huile, et retourner le mélange. laisser cuire jusqu'à ce que ça brunisse.
dans la casserole n°2, mettre à cuire les feuilles de citrouille à feu doux avec un peu d'eau. Au bout de 5 minutes, rajouter 1/3 des tomates et oignons et une cuillère d'huile, et retourner le mélange. laisser cuire encore 5 minutes et retirez du feu en couvrant.
dans la casserole n°3,  mettre à cuire les feuilles de patates douces à feu doux avec un peu d'eau. Au bout de 5 minutes, rajouter 1/3 des tomates et oignons et une cuillère d'huile, et retourner le mélange. laisser cuire encore 5 minutes et retirez du feu en couvrant.
Préparation du Nsima
Dans une grande casserole, porter à ébulition 2 litres d'eau, puis baisser le feu et y jeter 1 poignée de farine de maïs et remuer jusqu'a ce que le mélange s'épaississe. Lorsque le mélange commence à faire des bulles, y rajouter encore 5 poignées de farine tout en remuant vigoureusement et en veillant à ne pas se bruler avec le mélange très chaud. Lorsque le mélange est completement compacte et resemble à une pâte, à l'aide d'une grande cuillère à servir, faire un gros tas par personne dans une assiette et laisser refroidir 5 minutes.
Dégustation
ce plat se mange avec les mains au Malawi : on prend un bout de nsima (sans se bruler) avec la main (droite), on en fait une boule, puis on il pince un peu de légumes et on le porte à sa bouche en essayant de ne pas en mettre partout.
Quelques observations supplémentaires sur la confection de ce plat in situ dans le village de Dindano, près de Nkhata Bay:
- les trois mélanges de légumes sont préparés de la même manière, à l'exception du manioc qui cuit plus longtemps, mais ont des goûts assez différents, et sont tous 3 très bons.
- les femmes de ce village sont surhumaines: elles peuvent retirer des pots qui sont sur le feu depuis 30min à main nues, et là où nous pleurions à chaudes larmes à cause de la fumée du feu, elles rigolaient, l'oeil sec.
- rien ne se perd au Malawi : ils sont bien étonnés d'aprendre que nous ne mangeons que la citrouille ou la pomme de terre, et que nous laissons de côté les feuilles, qui sont pourtant très bonnes et pleines de vitamines.
- Ce plat peut être accompagné de poisson, de poulet, ou de viande de chèvre, ou bien mangé tel quel (selon les moyens des gens) et est vraiment le plat quotidien de la vaste majorité des Malawiens. Parfois de la farine de manioc est utilisée à laplace de la farine de maïs : dans ce cas le nsima est plus brun.
- On n'oublie pas de se laver les mains avant et après le repas.

Itinéraire


Depuis notre départ de Blantyre, voici les grandes lignes de notre itinéraires : nous avons commencé par gravir la montagne Mulanje : c'est un plateau de granit s'élevant à 2000m d'altitude, ponctués de pics culminant à 3000 m. C'est le plus haut massif entre le Kilimanjaro (Tanzanie) et le massif du Drakensberg (Afrique du Sud). Nous avons grimpé les 2000 m et passé deux nuits à différents endroits sur le plateau, dans des refuges très bien conçus. Le soir, nous nous écroulions après la journée de marche, dînions à 16h et nous endormions dès 18h-19h. (Merci à Guf pour les chaussures magiques!)


En descendant de la montagne, à défaut de minibus surchargé, nous sommes montés à l'arrière d'un camion qui transportait des bananes et des passagers (et leurs vélos) pour aller à Phalombe. De là, nous avons pris un bus vers Zomba, l'ancienne capitale du pays jusqu'en 1970. Nous n'avons pas trouvé Zomba passionnante, toutefois, nous avons voulu visiter à tout hasard l'ancien parlement du pays. En arrivant, on nous apprend que le batiment était aujourd'hui un tribunal. Notre interlocuteur, fort amusé par ces touristes excentriques qui demandait à visiter le palais de justice, nous a emmené faire le tour des locaux : nous y avons notamment découvert le grand bureau lambrisé de l'ancien président / dictateur Banda, quasi inchangé depuis son "mandat".
Nous avons ensuite pris un bus pour Mua Mission, dont nous avons parlé plus bas, et où nous avons passé 2 jours passionnants. Puis le weekend arrivant, nous avons pris la direction du grand lac Malawi, pour aller retrouver nos amis les Borgstein dans le village de Nkhudzi Bay. Nous y avons passé un weekend délicieux: lever du soleil sur le lac, baignade dans une eau à 30° dès 6h du matin, petits poissons de toutes les couleurs pres des rochers, balade en canöé, repas familiaux à la bougie (coupure de courant oblige), badminton, lever de lune spectaculaire sur le lac... Encore une fois, nous devons dire un grand merci à Sophie et Eric pour leur accueil !
Nous sommes ensuite allés passer une journée sur une île pas tout à fait déserte (mais presque). Domwe Island se trouve en face de la baie assez touristique de Cape Mclear, mais dans un parc naturel préservé. On y va soit en kayak, soit en bateau (nous avions un peu peur pour nos gros sacs à dos, donc on a pris la 2eme option) et on y dort en pleine nature, sur des plateformes en bois donnant sur le lac. Un petit coin de paradis.
Nous avons ensuite pris la direction de Lilongwe, la capitale du pays, pour 2 jours. Cette ville n'a pas un grand intérêt touristique, mais nous avons quand même fait un tour au marché local, où on trouve des échoppes de couturiers non loin de stands de pièces détachées de moteurs, des fruits et légumes frais à côté de vendeurs de savons, de cahiers, de poulets vivants, jouxtant des boucheries peu alléchantes, et des tas de poissons frais ou séchés, dégageant souvent une puanteur féroce.
Depuis Lilongwe, nous avons pris un bus vers le nord jusqu'a Nkhotakota, où nous avons attendu l'arrivée de l'Ilala. Il s'agit d'un vieux ferry qui sillone le lac Malawi depuis plus de 60 ans, prenant une semaine complète à faire le tour du lac, et s'arrétant également côté Mozambique et sur les petites îles au milieu du lac. Nous sommes donc monté à bord vers 2h du matin, avons dormi à la belle sur le pont supérieur (autres alternatives: s'entasser avec tous les locaux sur le pont inferieur, bien moins cher mais ne permettant pas de "visiter" tout le bateau, ou bien prendre une cabine sur le pont intermédiaire, bien plus cher). Nous avons passé la journée à traverser le lac vers l'est, avons pu observer les montées et descentes de passagers au Mozambique, sommes descendus brièvement sur l'île de Likoma afin de voir la très belle cathédrale Anglicane, puis avons de nouveau passé la nuit sur le pont supérieur, sous une tempête magistrale cette fois ci. Le bateau ne tangait pas autant que sur une mer déchaînée, mais nous avons tout de même été bien trempés, ainsi que nos affaires, malgré notre abri improvisé entre la salle des machines et un banc. Nous sommes descendus au lever du jour suivant à Nkhata Bay.

KuNgoni

Mua Mission a été créée en 1902 lorsque 3 pères blancs (Missionaires d'Afrique)  plantèrent leurs 3 tentes sous un baobab. Eglise, hopital, école et maison de lépreux furent les principaux éléments de cette mission, première implantation catholique au Malawi.
Dans les années 1960, le père Claude Boucher, un prêtre blanc québecois également artiste, s'interesse de très près aux cultures des ethnies malawites. Il noue de très bonnes relations avec des sculpteurs et des peintres locaux. Et il est même initié aux traditions secrètes du "Gule Wamkulu", un ensemble de danses traditionnelles, alors que ce privilège est très rarement accordé à des gens extérieurs. Après une formation d'anthropologie, il ouvre à Mua le centre culturel "KuNgoni" en 1976, et ses amis artistes le rejoignent.
30 ans plus tard, environ 200 sculpteurs sont affiliés à KuNgoni, ainsi que des peintres. Ce centre est probablement un des rares endroits en Afrique où des oeuvres ne sont pas fabriquées uniquement pour être vendues à des touristes. Il a désormais une réputation mondiale, a meublé des églises et des bâtiments officiels. Certains de ces artistes ont une carrière internationale, et la créativité y est toujours très importante, avec des styles et de jeunes artistes qui émergent régulièrement.
A côté de cela, le père Boucher a aussi rassemblé en 30 ans un travail considérable de documentation dans un musée passionnant qui détaille les traditions de trois ethnies : les Chewas (majorité de malawites), les Ngonis (une ethnie proche des zoulous qui migré d'Afrique du Sud au XIX), et les Yaos (une ethnie qui a fait du commerce d'esclaves avec les arabes et est désormais musulmane). Le musée détaille pour chaque ethnie les cérémonies des grandes étapes de vie : naissance, puberté, mariage, mort, et choix et intronisation d'un nouveau chef. Il expose et explique aussi la fonction et la signification de centaines de masques cérémoniaux utilisés par le "Gule Wamkulu" dans une collection unique au monde. Des danses rituelles "Gule Wamkulu" sont utilisées lors d'enterrements, intronisations de chefs, ou autres moments importants de la vie du village. Chaque masque représente un animal ou personnage, a sa personalité, et illustre un comportement désirable ou indésirable selon la morale Chewa. En effet contrairement a certaines idées reçues, ces ethnies du sud du continent ont une règle morale très rigide que chacun se doit de suivre afin de ne pas être mis au ban de la société. Il y a aussi un masque un peu rose avec une calote blanche, introduit lorsque Jean-Paul II, le "grand guérisseur catholique", visita le Malawi en 1989.
Mua alliant intérêt pour les cultures locales et foi catholique est un creuset pour le développement de l'inculturation, c'est à dire le dialogue critique entre la culture locale et l'Eglise, chacune des deux entités se "nourrissant" de l'autre. C'est une autre dynamique, bien plus constructive, respectueuse et riche, que celle de certains missionnaires (pas tous, mais beaucoup), qui ont imposé leur religion en Afrique et ailleurs. Comme nous l'explique le père Boucher, c'est le message du Christ qui est important, bien plus que le récit de la bible. La représentation de Marie visitant sa cousine Elisabeth, toutes deux noires, portant des habits africains et des pots sur la tête, n'est finalement pas si différentes des vierges blondes aux yeux bleus qu'on peut voir dans les peintures renaissance en Europe. Et d'un autre côté, les chants et danses locaux intégrés à la liturgie nourrissent la richesse de l'Eglise en général.
C'est aussi une approche invitant à la tolérance et au respect, à l'harmonie et au dialogue entre les cultures et religions. A priori tout le monde croit en un seul Dieu au Malawi (chrétiens, musulmans, mais aussi les chewas, ngonis et yaos), et tous essaient de voir plutôt ce point commun que des différences. L'entraide entre religion est fréquente : après une tempête, le toit d'une église s'étant envolé, l'imam local a proposé aux catholiques d'utiliser sa mosquée pour leurs messes. Le dialogue oecuménique est aussi très riche : ainsi pour Pâques cette année, des anglicans, luthériens et catholiques s'apprêtent à vivre un chemin de croix commun lors du vendredi saint.

Thursday, March 24, 2011

Les ONG au Malawi

Grâce à Eric et Sophie nous avons pu rencontrer un certain nombre de personnes qui gèrent des "projects", c'est à dire des activités caritatives dans différents domaines. Il faut savoir que 60% du PIB du Malawi provient des différentes grandes et petites ONG qui interviennent dans le pays, en grande partie depuis l'arrivée de la démocratie en 1993, ce qui a eu pour effet de créer une culture d'assistanat dans beaucoup de communautés. En effet, certaines personnes qui gèrent des projets visant l'amélioration des conditions de vie des communautés nous ont expliqué leurs difficultés à motiver les personnes concernés sans apport financier, vu que tant d'autres ONG les arrosent largement.
Toutefois, nous avons rendu visite à quelques associations qui se démènent pour créer des projets à plus long terme, visant à se faire prendre en charge la communauté afin qu'ils soient eux-mêmes responsables de leur sort.
C'est le cas de Maggie, qui va une fois par semaine dans le village de Namale, où elle rencontre un groupe de femmes qui coud des sacs, des chapeaux, des nappes et autres objets dans des tissues colorés locaux, qu'elle vend ensuite à des boutiques pour touristes. Cela procure un revenu juste et mérité à la communauté des femmes, qui en met un dixième de côté chaque semaines, en prévision d'un projet d'amélioration de la communauté, que ce soit des bancs pour l'église, des uniformes pour la chorale, ou bientôt l'électrification du village. Il y a également un orphelinat dans le village, qui a commencé quand le pasteur local a décidé de prendre chez lui 3 enfants qui erraient, ayant été mis dehors de la maison de leurs parents décédés par un oncle peu scrupuleux. Il s'est par la suite rendu compte que le bruit qu'il y avait un endroit pour les orphelins s'était répandu, et aujourd'hui il y a une trentaine d'orphelins, entre 5 et 16 ans, qui vivent dans un bâtiment construit grâce à Maggie et son mari Trevor. Maggie s'est mis à enseigner le tricot depuis peu aux plus âgées des filles de l'orphelinat, et elles fabriquent de petits sacs aux couleurs du Malawi, qu'elles peuvent vendre soit à Maggie soit localement (pour ranger son téléphone portable). Nous avons donc passé une journée à nous promener dans le village avec le pasteur et l'instituteur de l'école (qui parlait anglais), puis avons organisé une séance photo pour les enfants de l'orphelinat (que nous avons fait tirer pour leur offrir chacun leur portrait) et avons participé aux jeux de l'après-midi: balle au prisonnier, et match de foot endiablé parmi les chèvres.

Nous avons également passé un peu de temps à Panthunzi, l'association de permaculture de Chris. La permaculture est l'art de faire pousser ensembles les plantes qui se complètent, sont adaptées au climat, et respectent  et entretiennent la terre et l'environnement. Aujourd'hui l'aliment de base au Malawi est le maïs, bien qu'une grande quantité des fruits et légumes puisse également pousser dans ces terres, ce qui fait que si les récoltes de maïs sont mauvaises, toute la population est exposée à une famine. La permaculture permet aussi de diversifier les cultures, et limiter les risques. Chris tient donc une petite ferme modèle de permaculture, et y organise des formations de quelques jours pour des instituteurs. Cela permet tout d'abord de leur montrer que c'est possible de le faire chez eux, dans leur pays, et sans avoir un terrain immense. Ces instituteurs ont aussi l'occasion d'y apprendre la théorie, les risques environnementaux de certaines méthodes agricoles actuelles, comme l'érosion du sol suite à la déforestation. Enfin, ils font des travaux pratiques, ce qui rend la chose moins impressionnante, et à la portée de tous. Chris compte sur ces instituteurs afin que par la suite ils commencent par mettre en pratique ces méthodes dans leurs villages, et que cela puisse servir d'exemple et être repris par d'autres fermiers.

Nous avons ensuite rencontré Simone, qui travaille pour BoNGO, une ONG suisse qui cherche à établir une forme de maternelle quasi inexistante au Malawi. Il faut comprendre que l'école primaire est gratuite pour tous les élèves qui le souhaitent, de 5 à 12 ans, l'école secondaire est payante, et seule une fraction des élèves qui ont fini le primaire ont la possibilité d'y aller, et le gouvernement ne finance ni n'organise de structure éducative pour les moins de 5 ans. Parfois des grand-mères du village s'y collent quelques heures par jour sous un baobab, mais sans aucune formation, et la plupart sont elles-mêmes illettrées. Du coup BoNGO à crée une maternelle "exemplaire" dans un village, avec un bâtiment qui a 2 salles de classe, peintes et décorées de couleurs vives, avec des chiffres, des lettres, des animaux et des couleurs, qui servent aux professeurs pendant les leçons. 4 professeurs et 4 assistants ont été formés pour éveiller et instruire les 150 enfants entre 2 et 6 ans qui viennent chaque jour, apprendre à compter, les couleurs, les parties du corps, des rudiments d'anglais (l'apprentissage se fait majoritairement en Chichewa). Les professeurs utilisent des jouets et matériaux locaux pour animer leurs classes. Nous avons vu les enfants de la grande section faire des tamgrams avec des morceaux de bois taillés, placés sur des dessins sur des tacs de maïs vides. Les professeurs ne reçoivent pas de salaire proprement dit mais une "allowance" (argent de poche) d'environ 25€/mois de la part de l'association. L'idée est entre autres d'encourager la communauté à se motiver pour financer cette maternelle elle-même à terme. Et puis les communautés environnantes peuvent prendre exemple sur cette école, les professeurs peuvent en former d'autres. Le gouvernement a promis d'aider à financer les maternelles d'ici 2012 (les prochaines élections, auxquelles le président actuel n'a pas le droit de se représenter, autant dire que c'est une promesse en l'air). Si vous êtes inspirés et souhaitez soutenir l'action de BoNGO, rendez-vous sur www.bongoworldwide.com  (en anglais).
Enfin, nous avons terminé la semaine en recontrant Clémentine, une française de notre age qui travaille pour North Star Alliance, une ONG financée par TNT, le transporteur Hollandais, qui lutte contre la transmission du VIH/SIDA le long des "corridors de transport" au Malawi et dans d'autres pays du sud de l'Afrique. En effet, le bus étant le moyen de transport le plus répandu en Afrique (ou le minibus pour les distances les plus courtes) les conducteurs de bus sont loin de leurs familles 4 ou 5 jours par semaine, et fréquentent souvent des prostituées le long de leurs itinéraires. Cela est souvent une incidence de contamination, et par la suite ils transmettent le virus à leurs épouses à leur retour. Clémentine à fait installé un centre de santé semi-mobile à la frontière avec le Mozambique, lieu d’arrêt obligé pour les routiers à cause de la douane, leur donnant accès à des soins de base et de l'information sur la santé. Elle étudie aussi les statistiques des trajets et comportements des routiers, afin de comprendre comment mieux aborder le problème du VIH et combattre plus efficacement sa propagation dans la région.

Nous remercions bien évidemment toutes les personnes qui ont pris le temps de nous parler et de nous montrer leur travail !

Arrivée au Malawi

Nous voilà depuis 2 semaines au Malawi, petit pays de 13 millions d'habitants du sud-est de l'Afrique. Protectorat Britannique du la fin du 19eme siècle, pour mettre fin à la traite des esclaves vers la Tanzanie, et indépendant depuis 1968, le Malawi est un pays encore très largement agricole (85% de la population vit de la terre) et très pauvre. Ses exportations principales sont  le thé, le sucre, et le tabac (un certain type de tabac utilisé pour rajouter les additifs dans les cigarettes, en passe d'être interdit par la plupart des pays, ce qui serait une catastrophe pour l'économie du pays). Le Malawi n'a pas d'accès à l'océan mais 20% du territoire du pays est composé de l'énorme lac Malawi. L'anglais est la langue officielle du pays mais ce sont les langues des ethnies principales qui sont les plus parlées, Chichewa dans le sud, et au nord, la langue des Yao et des Ngoni.
Nous sommes arrivés à Blantyre, la plus grande ville du pays, après 37h de bus depuis Joburg. Nous avons été accueillis par Sophie et Eric Borgstein, des amis du papa de Stan, qui vivent au Malawi depuis 20 ans. D'ailleurs, les parents d'Eric sont arrivés au pays en 1962, premier chirurgien et première pédiatre du pays, et ont élevé leur 7 fils ici, malgré l'indépendance du pays en 1968. Eric est à son tour devenu chirurgien et a épousé Sophie, accuponctueur. C'est Edward, leur fils ainé que nous avons rencontré il y a 2 ans, qui  nous avait donné envie de découvrir ce pays.
Les Borgstein vivent un peu en dehors de la ville, dans une ferme, de façon extrêmement écologique et naturelle. Nous avons découvert qu'il est possible, bien qu'un peu compliqué, de vivre de façon très confortable en utilisant très peu d'électricité (panneaux solaires la journée, un générateur 2h par jour, le soir), en produisant soi-même la plupart des produits que l'on consomme, en faisant attention à composter ses déchets biodégradables, incinérer ou enterrer ce qui ne l'est pas. Nous avons été très impressionnés par ce mode de vie.