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Friday, December 16, 2011

Quelques réflexions en quittant la Chine

La Chine est un pays énorme, pluriel. Nous ne pouvons certainement pas prétendre avoir tout compris (ne serait-ce qu'à cause de la barrière de la langue) et comme d'habitude, les réflexions qui suivent ne sont que nos impressions personnelles apres 3 mois de voyage.
Ce pays fascinant est en marche à une vitesse incroyable, malgré sa taille gigantesque, et fait face à des défis importants. Le monde occidental le juge parfois peut-etre un peu vite car il en a peur. La Chine réserve pourtant certainement des surprises, et a peut etre des choses tres positives à apporter.


1/ La Chine en mouvement

Constructions
L'image que nous retenons de la Chine, c'est la grue. Elle est omniprésente dans tous les coins où nous sommes passés : un nouveau gratte-ciel-le-plus-haut-du-monde en construction dans le quartier des affaires de Shanghaï, tout comme des quartiers entiers de dizaines d'immeubles de 20 étages dans la périphérie de chaque ville, d'immenses viaducs au milieu des déserts du Xinjiang, des routes en Mongolie Intérieure, des routes et des tunnels dans les contreforts du Tibet, des villages flambants neufs à côté de vieux villages dans les campagnes... Le pays est un gigantesque chantier.
Les chinois façonnent littéralement le paysage, construisent beaucoup et vite : en prenant le train pour Kashgar (à l'extrême ouest du pays, près du Pakistan) nous réalisons que la ligne va déjà 500 km plus loin que ce que notre guide - pourtant tout juste paru - ne mentionne.

Développement
Surtout, nous avons en Chine l'impression que le pays est beaucoup plus développé que ce que nous imaginions : invités chez une chinoise à Yecheng (petite ville perdue de 20 000 habitants), nous sommes très surpris de découvrir un appartement très propre d'une soixantaine de mètres carrés, avec salle de bain et cuisine équipées, immense écran plat et décorations diverses. Elle a plutôt une situation simple (elle est professeur d'anglais à l'école publique et mère célibataire), mais vit pourtant dans un confort auquel nous ne nous attendions pas.
Dans ce pays, les proportions ne sont pas les mêmes et beaucoup de choses nous semblent démesurées : la moindre ville nous paraît énorme, quasiment inhumaine. On nous parle aussi d'un projet titanesque de pipeline devant apporter de l'eau au Xinjiang depuis la mer de chine après l'avoir désalinisé. La Chine a besoin d'une croissance phénoménale - qui tire des millions de gens de la pauvreté - pour alimenter l'activité du pays et acheter la paix sociale : elle lance des grands projets tous azimuts.

Trop vite
Mais si les chinois construisent vite, ils construisent aussi parfois trop vite, ou mal. Nous passons souvent par des hôtels qui étaient tout neufs et tout clinquants il y a peu, mais qui ont vieilli très vite : les portes ferment mal, les lampes sont branlantes, tout se délite. On nous explique aussi que les routes refaites sous nos yeux seront à refaire dans quelques mois. Deux éléments impactent la qualité des travaux en général : la superficialité d'un travail trop rapide, et la corruption (on rogne sur la qualité pour détourner plus de fonds). Cet été les retards et dysfonctionnements sur les nouvelles lignes de chemin de fer à grande vitesse, et un grave accident de train, ont montré les risques que prend la Chine en construisant si vite.

Matérialisme
Au milieu de cette activité et de cette croissance, et au sortir de plusieurs décennies de communisme "hardcore", les chinois sont en quelque sorte des "nouveaux riches". Le clinquant est apprécié, le matériel est valorisé. On nous explique qu'un jeune homme qui veut sortir avec une jeune fille doit amener avec lui les preuves de ce qu'il possède au premier rendez-vous. Il lui faut au moins une voiture ou un appartement pour avoir une chance. La consommation et le gâchis semblent parfois démesurés, par exemple à Chengdu dont le centre piéton est devenu un énorme centre commercial en plein air, avec des boutiques de luxe aux portes ouvertes qui charrient la clime, rafraîchissent tout le quartier et gaspillant une énergie considérable.
En allant visiter les magnifiques anciennes grottes bouddhistes près de Datong nous sommes étonnés de devoir traverser un véritable centre commercial et un faux temple flambants neufs, avant de pouvoir atteindre le site heureusement tout de même préservé. Les occidentaux "romantiques" que nous sommes sont sensibles aux vieilles sculptures défraîchies, alors que les touristes de masse chinois viennent pour les beaux magasins, les photos et les souvenirs kitschs. (Pour leur défense, si nous aimons les choses anciennes, nous ne nous souvenons rarement qu'au départ elles n'avaient pas l'air "anciennes" : les sculptures grecques ou l'intérieur de nos églises étaient peints de couleurs vives qui nous sembleraient aujourd'hui aussi clinquantes... Quant à beaucoup de monuments chinois, le fait qu'ils soient en bois oblige à les restaurer tous les 20 ans et à leur redonner régulièrement un côté clinquant qui est en fait plus authentique.)

Déséquilibres
Si par de nombreux aspects la Chine paraît développée, elle a tout de même de nombreux problèmes liés notamment à son activité énorme et à ses excès. Par exemple la situation des travailleurs migrants et de leurs famille : en Chine on est lié à sa localité d'origine et on est censé y rester pour étudier et s'installer. Mais les besoins de main d’œuvre sont tels que des travailleurs bon marché migrent pour travailler sur des chantiers en dehors de leur région d'origine. Ils se retrouvent alors dépourvus de droits, et leurs enfants ne peuvent par exemple pas s'inscrire à l'école...
La Chine a aussi des déséquilibres démographiques importants (par exemple un manque de femmes important dans certaines régions et une population vieillissante très rapidement, à cause de la politique de l'enfant unique), des problèmes environnementaux considérables (une pollution très importante dans les zones urbaines : ces huit dernières années, il s'est construit en moyenne une centrale au charbon par semaine en Chine...), et il y a d'autres menaces plus ou moins avérées, comme celle, sanitaire, des exhausteurs de goût utilisés systématiquement dans la nourriture alors que leurs effets sur la santé sont peut-être néfastes (certains sont interdits en Europe mais utilisés à haute dose en Chine).
Certains estiment que la Chine a sorti plus de 300 millions de personnes de la pauvreté au cours des 30 dernières années, mais il reste beaucoup de gens qui sont encore dans des situations difficiles (récemment évalués à 100 millions). A Kunming, comme dans d'autres villes, il suffit de s'asseoir quelques minutes non loin d'une poubelle pour voir des gens -souvent des personnes âgées, probablement dépassées par des changements considérables- fouiller et chercher quelques restes.

2/ Un pays multiple et complexe

Choc des cultures
La deuxième chose qui frappe en voyageant en Chine, c'est la variété des culture et des ethnies : le pays n'est pas uniforme, et un de ses défis est justement celui de l'unification d'un territoire énorme peuplé de cultures variées. Les gens qui ne sont pas de l'ethnie majoritaire Han - ethnie qui représente 92% de la population - sont appelés "minorités ethniques". Il y a une bonne quarantaine de minorités qui représentent autour de 100 millions de personnes, situés essentiellement dans les régions périphériques du pays comme la Mongolie Intérieure, le Xinjiang, le Tibet, le Sichuan ou le Yunnan. Ces minorités sont confrontés à l'invasion d'un mode de fonctionnement chinois qui leur convient plus ou moins bien, et surtout qui menace leurs spécificités culturelles.
Pour la majorité des chinois Han, les "minorités ethniques" semblent vues comme un ensemble de gens un peu arriérés, intéressants par leurs costumes colorés et leur coutumes originales. Dans les musées elles sont recensées et présentées en catalogue pour leur costumes traditionnels colorés. Il existe aussi des clips commerciaux "best of minorités", dans lesquels des Hans déguisés en Mongols, en Ouïghours ou en Tibétains chantent des chansons pop en mandarin valorisant les paysages, le mode de vie ou l'exotisme de chacune de ces régions. Il s'agit de faire venir des touristes Hans, c'est la manière de coloniser à la chinoise. Le problème c'est que ce sont souvent des Hans "importés" par millions qui tiennent les ficelles des affaires dans le tourisme et bénéficient des retombées. Les cultures locales sont réduites à un folklore amusant, les touristes chinois raffolent des spectacles colorés superficiels presque parodiques.
Il n'y pas qu'en Chine que la "modernité" semble menacer les cultures. En revanche il y a peu d'endroits ou les choses évoluent aussi vite. Il y a donc régulièrement des troubles politiques - heurts entre ethnies locales et Hans, manifestations, moines qui s'immolent - dans les régions plus reculées de la Mongolie Intérieure, le Xinjiang ou le Tibet.

La Mongolie Intérieure
Nous avons passé très peu de temps en Mongolie intérieure, car nous avons surtout traversé la région (immense...) en train et en bus. Cependant nous venions de Mongolie (extérieure) et nous avons été frappés par le côté beaucoup plus artificiel de la Mongolie Intérieure. En Mongolie extérieure un majorité de gens vivaient dans des ger (yourtes) par tradition. En Mongolie intérieure nous ne croisons quasiment que des pseudo-champs de yourtes pour touristes, de grands "resorts". Les routes sont toutes en travaux, les villes sont pleines de grues, de nouvelles avenues bétonnées et bordées de petits parcs transforment la moindre localité en parfaite ville chinoise.
Nous avons rencontré à Shanghaï trois jeunes touristes qui venaient de Mongolie intérieure, mais étaient Han. L'un d'eux nous a dit que les récents troubles en Mongolie Intérieure étaient de la faute des Mongols qui avaient bloqués des routes. Après quelques recherches nous avons compris qu'un Mongol avait en fait été tué, traîné par le camion d'un Han, et que c'est ce drame qui avait conduit des Mongols à bloquer les routes. Le jeune avait dit : "de toute façons les troubles de l'année dernière sont réglés car maintenant l'armée est là."

Le Xinjiang
Dès l'arrivée à Turpan (après 33h de train en place assise, depuis XiAn) nous avons l'impression d'arriver dans un autre pays avec des gens différents. Les gens n'ont plus les yeux aussi bridés, ils ont souvent des petits chapeaux carrés, sont musulmans et ils ressemblent plutôt à des turcs. Les Ouïghours sont l'ethnie minoritaire la plus importante du Xinjiang, (devenue minoritaires depuis le déferlement de Hans des 20 dernières années, mais devant toute une palette d'autre minorités ethniques).
Les Ouïghours sont aussi dans l'ensemble plus expressifs que les chinois Han que nous avons croisé jusque là (c'est aussi peut-être dû en partie à la taille moins inhumaine des villes) : plus curieux, plus collants, plus contrastés (contents ou pas contents), voire carrément goujats (certains chauffeurs de taxi refusent de nous prendre si nous ne payons pas une somme astronomique). Leur réputation auprès des autres chinois est d'être des voleurs et des terroristes. Même si il y a peut-être un fond de vrai dans les statistiques, une telle généralisation doit être un peu irritante...
Nous arrivons à un moment particulier dans la région. Il y a eu un attentat dans la ville de Khotan quelques semaines auparavant, des policiers ont été enfermés dans un commissariat et massacrés. La veille du jour que nous pensions arriver à Kashgar, il y a d'autres attentats : les informations ne sont pas immédiates car le gouvernement filtre les sms. Mais apparemment deux Ouighours ont chargé une foule de Hans avec des camions et poignardé des gens. Quand nous passons au Xinjiang il y a des policiers et des militaires partout, qui ralentissent les mouvements sur les routes par de fréquents contrôles d'identité.
A Kashgar nous voyons la ville qui se transforme : là aussi il y a des grues, la vieille ville est considérée comme insalubre et petit à petit rasée. Qu'en pensent les gens ? Certains vont générer des attentats, mais la majorité des Ouïghours ou des non-Hans les soutiennent-ils ? Pas sûr, beaucoup ont l'air d'être plutôt contents de leur nouveau confort. Il n'y a de toutes façons pas de sondage, ou pas d'autre moyen de savoir. Il y a un gouvernement local ouïghour, mais a priori le pouvoir est en réalité exercé par le représentant du Parti Communiste à Urumqi (la capitale du Xinjiang).

Le Tibet
Nous avons passé du temps dans les contreforts du Tibet à différents endroits à différentes reprises. C'est une région très belle et très intéressante. Une première remarque cependant, c'est qu'il n'y a pas un Tibet, tout comme il n'y a pas un bouddhisme tibétain : chaque région et localité a sa propre langue (on ne dit pas bonjour de la même manière à Lhassa, à Xiahe ou à Litang), et il y a plusieurs "sectes" dans le bouddhisme tibétain, la plus connue étant celle dite "du chapeau jaune" qui est celle du Dalaï Lama.
En arrivant la première fois dans cette région, nous avons l'intention de loger à Xiahe, où est situé le monastère bouddhiste de Labrang, le deuxième plus grand après Lhassa. Mais les hôtels refusent de nous donner une chambre, nous expliquant que le Panchen Lama - le "numéro 2 du bouddhisme tibétain" imposé par les chinois - arrive en visite et que la ville est fermée aux étrangers. En clair ils craignent des troubles (immolations de moines) et ne veulent pas que nous soyons témoins.
Là encore : que veulent les Tibétains ? Nous avons croisé des villages flambants neufs construits à côté des anciens villages traditionnels : ils avaient l'air de plaire aux gens puisqu'ils y avaient tous bougé. En allant à un festival de courses de chevaux nous avons aussi été étonnés de l'engouement des Tibétains pour la fête foraine (venue tout droit de chez les Han, mais en fait venue tout droit de chez les occidentaux). On croise dans ces régions des zones pauvres ou enclavées qui bénéficient forcément dans un sens des infrastructures apportées par la Chine.
Nous avons peut-être en France un regard un peu "romantique" sur le Tibet. Avant l'arrivée des chinois en 1950 la société tibétaine était dominée par les lamas qui avaient le pouvoir politique et spirituel. Certains disent même qu'il y avait un vrai régime de servage "comme au moyen-âge en Europe". Ces thèses sont évidemment fortement soutenues par la Chine, qui est censée avoir "libéré" le Tibet. Mais si ces thèses sont probablement exagérées il n'en demeure pas moins que certains tibétains sont certainement plus contents d'être aujourd'hui reliés au monde et d'avoir une vie plus confortable que d'être restés dans l'ancien système d'avant 1950. Les tibétains ne sont par ailleurs pas vraiment de doux agneaux. Ils ont tous des couteaux énormes accrochés à la ceinture, sont du genre rustique (à découper une vache en plein rue à 5h du matin pour vendre de la viande rouge aux gens qui prennent le bus, ou à "enterrer" leurs morts en les découpant pour qu'ils soient mangés par des rapaces), et parfois sanguins. Nous avons vu certains s'énerver beaucoup pour très peu, et on nous a dit que les questions d'honneur se payaient très cher chez les tibétains. En réalité la question du Tibet n'est peut etre plus tant politique que spirituelle (au sens de liberté religieuse) : le Dalaï-Lama cherche d'ailleurs à recadrer le débat dans ce sens, ne demandant pas d'indépendance pour le Tibet et ayant récemment abandonné son role politique au profit d'un autre. Mais le gouvernement chinois n'est pas encore capable de dépolitiser le débat et de faire confiance aux religions (i.e de les considerer comme organisations non politiques), et il n'est probablement pas aidé par les tibétains exilés ou par les occidentaux qui lui renvoient des critiques purement politiques qui le braque.
Nous avons entendu une opinion intéressante : un type nous a dit penser que les Tibétains étaient en quelque sorte "trop spirituels". Naïfs, peu préparés à valoriser leur propre culture et leurs activités de façon pragmatique, ils se feraient donc grignoter très facilement... (En meme temps nous verrons dans un post sur les religions en Chine que si le mode de vie tibétain est certainement menacé, le bouddhisme le semble beaucoup moins)

Les droits de l'homme
Dans toutes ces régions, les chinois investissent et développent les infrastructures. Ce faisant ils améliorent le niveau de vie de gens, mais menacent aussi les cultures locales : ils envoient des gens (Hans) et agrandissent les villes, les façonnant de la même manière que partout ailleurs en Chine. Le rouleau compresseur uniformisant Han bouleverse ces régions. Certains "locaux" non-Hans doivent être très contents des nouvelles opportunités et des améliorations, d'autres doivent se sentir "colonisés", envahis et menacés par un changement trop rapide.
Mais comme on ne demande pas leur avis aux gens - il n'y a ni élections ni sondage -, il n'y a aucun moyen de savoir si une majorité de Ouïghours ou de Tibétains est contente des changements. Et en cas de tensions ou de problèmes, la force ainsi que la désinformation sont systématiquement utilisées, sans savoir si on brime tout un peuple ou si on gère quelques fous suicidaires. Le problème des droits de l'homme est majeur dans ce pays et il est régulièrement mis en avant par la communauté internationale.
Cela dit il faut sans doute faire attention à ne pas prêter de mauvaises intentions au gouvernement chinois sur la "colonisation". Ils font peut etre de leur mieux avec leur schéma de pensée : le matériel, la croissance sont pour eux le plus important (et c'est nous qui les avons influencés dans ce sens), et dans cette optique si on apporte des opportunités aux gens ils sont forcément contents. Ils doivent légitimement penser qu'ils aident les régions sous développées en construisant des routes et en faisant venir des touristes. Le problème c'est l'usage de la force devant toute contestation : c'est sur ce point qu'à la place des chinois les occidentaux feraient peut-être les choses autrement, aujourd'hui.

3/ Une adaptabilité qui peut encore nous étonner

La culture Han
La Chine "Han" est quant à elle devenue tellement développée et consumériste (plus que nous), qu'on pourrait avoir l'impression qu'elle a elle-même oublié sa culture. De fait la révolution culturelle a fait des ravages, les valeurs anciennes ont été remises en cause et la culture ancienne n'a plus été enseignée et tramsmise. Il semble aujourd'hui que les connaissances historiques ou littéraires des chinois - bien qu'ils se targuent d'avoir une culture qui a 5000 ans - soient devenues assez superficielles, ou en tous cas orientées. Et depuis la révolution culturelle ils ont en fait adopté beaucoup d'aspects culturels occidentaux.
Cependant on voit toujours en Chine des gens qui font du taï chi, des gens qui pratiquent la médecine chinoise, qui jouent aux échecs chinois ou même qui chantent de vieux opéras chinois dans des parcs. Tout n'est peut-être pas si oublié.

Individualisme ?
Cet été une histoire a beaucoup fait parlé les média, en Chine et hors de Chine : une petite fille s'est faite renverser en pleine rue par un camion, qui a reculé pour l'achever parce que "la pension à payer pour un enfant handicapé est plus élevée que pour un enfant mort". Une dizaine de personnes sont ensuite passées à côté, sans réagir ou aider la fillette. Les chinois ont été très choqués par cette histoire, se demandant si ils étaient devenus particulièrement égoïstes. Il est vrai qu'en voyageant en Chine nous avons souvent eu l'impression d'un "chacun pour soi". Les gens ne se laissent pas sortir du métro, s'enfument les uns les autres... Ils sont nombreux et si ils veulent survivre il leur faut s'imposer. Si on ajoute à cela l'émergence d'une mentalité matérialiste et hédoniste de "nouveau riche", on peut se dire que chinois sont égoïstes.
Pourtant les chinois ne sont pas tous indifférents, ou en tous cas pas forcément beaucoup plus que les européens d'une grande ville. Pour nous ils sont parfois très curieux, voire prévenants (nous faisant doubler une file à la banque, faisant bouger d'autres passagers pour que nous soyons assis côte à côte dans un bus, refusant de nous vendre des billets "standing" pour un trajet de 33h pour notre confort...). Certains vont en fait être distants car ils auront peur de ne pas pouvoir communiquer, ou auront très peur de faire des erreurs en parlant anglais (comme de nombreux français).
En fait dans des endroits moins inhumains que les grandes villes, les chinois peuvent se montrer très accueillants : dans les villages on peut se faire volontiers inviter à boire du thé ou de la gnôle, même si l'on ne pourra pas vraiment communiquer. Les chinois ont aussi un vrai côté latin, bon vivant et plein d'humour. Il nous est aussi arrivé à plusieurs reprises d'assister dans la rue à des engueulades presque dignes d'italiens.

Adaptabilité
Surtout, si nous avons été choqués par des comportements individualistes partout en Chine, il faut absolument remarquer les Chinois peuvent évoluer : si personne (sauf Clem) ne s'est levé pour laisser s'asseoir une vieille dame dans un bus au Tibet (alors qu'un type prenait une place avec sa télé), nous avons été très étonnés de voir à Shenzhen des vidéos dans le métro pour expliquer comment être courtois, et 3 jeunes se lever instantanément pour laisser leur place à une jeune maman et à son enfant.
De la même manière nous avons d'abord été édifiés par la manière de voyager de la majorité des Chinois : en grand groupe, avec un équipement sportif et photographique flambant neuf, mais ne marchant pas plus de 100m, se faisant guider comme des moutons et prenant tout en photo tout le temps. Mais nous avons aussi croisé des Chinois voyageant seuls, sac au dos, curieux, remettant les choses en cause. Une amie qui a étudié longtemps en Chine nous a expliqué que c'était un phénomène nouveau qu'elle trouvait très rassurant.
Le trait qui paraît typiquement chinois et qui finalement reste d'actualité, c'est l'adaptabilité et le pragmatisme.
La culture chinoise est nourrie de confucianisme (les règles, le respect des anciens... remis en cause par la révolution culturelle), de bouddhisme (plus mystique) et de taoïsme (la "voie", le ying et le yang, le blanc contient un peu de noir...). Si ces trois philosophies peuvent nous paraître contradictoires, les chinois ont toujours navigué et su trouver une voie nuancée. Ils ne voient pas les choses de manière aussi manichéenne que nous, par exemple là où nous ne comprenons pas qu'ils puissent être aussi matérialistes tout en se prétendant communistes.
Dans un sens ils sont plus ouverts, plus pragmatiques et plus adaptables que nous. Et ce n'est pas seulement qu'ils sont malléables car leur culture a été lessivée et parce qu'ils sont endoctrinés (même si ce n'est pas complètement faux).

Le futur
Nous avons été épatés par Shenzhen : la ville est très moderne, elle est pensée et espacée, verte. La ville de Hong-Kong, en face, est rebelle, cosmopolite, ouverte. Les deux villes peuvent paraître différentes, et en concurrence. Mais les Chinois sont des maîtres pour conjuguer d'apparentes contradictions. La Chine de demain ressemble un peu à ces deux villes. Bien sûr beaucoup de déséquilibres menacent la Chine. Mais ils savent décider où ils vont, et ils évoluent mieux et plus vite que nous. Comme le disait un haut fonctionnaire international : on les critique beaucoup en occident parce qu'on a peur d'eux, et qu'on ne les comprend pas, mais ils ne se débrouillent vraiment pas mal. L'immense paquebot Chine ne doit pas être évident à manœuvrer...
Ils apprennent de leurs excès (Nous avons été étonnés d'entendre des critiques ou des aveux d'échecs sur un projet d'urbanisme à une conférence. Ce n'est pas ce que nous associons au communisme), et ils savent s'inspirer de ce qui se fait de mieux chez les autres. La seule chose, c'est qu'ils sont fiers, et détestent qu'on leur dise quoi faire, qu'on les prenne de haut ou qu'on leur fasse perdre la face. Peut-être que sur certains thèmes l'Occident est moins efficace quand il les critique, les braque et leur fait perdre la face alors qu'il pourrait mieux les influencer par l'exemple et l'émulation...

En fait, si on peut critiquer beaucoup de choses à court terme, les Chinois semblent à moyen terme capables d'évoluer, pour par exemple devenir "verts" beaucoup plus vite et beaucoup plus efficacement que nous (Ils l'ont mis dans leur plan quinquennal 2012, ils vont le faire...). Ils sauront aussi probablement aller (lentement) vers plus de démocratie : il y a différents courants dans le pouvoir chinois, des hauts fonctionnaires éduqués en occident, et surtout une capacité à virer sa cutille sans s'embarrasser de contradictions (à la Deng Xiao Ping : peut-être seront ils les premiers à conjuguer communisme et démocratie ?). Ils seront aussi peut-être plus capables que nous de se rendre compte des limites du matérialisme (ils y vont tellement à fond que le retour de bâton pourrait être surprenant.) ? Dans tous ces domaines ils pourraient peut-être nous aider à nous réinventer nous-mêmes. 

Wednesday, December 14, 2011

Florilège de petites citations recueillies en Chine



  • "Le vrai voyage ce n’est pas de chercher des nouveaux paysages mais un nouveau regard", Marcel Proust
  • "Via est patria" (la route est mon pays)
  • "Nul ne peut atteindre l'aube sans passer par le chemin de la nuit", Khalil Gibran
  • "Love anything and your heart will possibly be broken. If you want to keep it intact... give it to no one. Wrap it carefully with hobbies, and... luxuries... But in that place of dark, motionless, airless safety... it will become unbreakable, impenetrable and irredeemable". CS Lewis.
  • Sur le fait de ne pas tout comprendre : "Après une semaine on veut écrire un livre, après un mois on pense écrire un article, après un an on n'ose plus rien écrire."
  • Les cantonais ont la réputation de manger "tout ce qui a quatre pattes mais n'est pas une table, tout ce qui vit dans l'eau mais n'est pas un bateau, et tout ce qui vole mais n'est pas un avion"
  • "Au fait je vous ai pas dit, le 1er juillet c'est les 90 ans du Parti Communiste Chinois", à Pékin nous étions sans cesse matraqués par des affiches et des écrans.
  • "So romantic", le commentaire que l'on nous donne systématiquement quand nous disons que nous sommes français, avec un ton dont on ne sait si c'est du scepticisme  ou de l'envie. On me l'a aussi sorti en apprenant que clem m'avait épousé alors que je n'avais ni voiture ni appartement.
  • "We do not like the panchen lama", un jeune moine tibétain au sujet du "numéro 2 du bouddhisme" qui a été imposé par les chinois il y a une quinzaine d'année, alors que celui que les tibétains avaient choisi a été jeté en prison (Il avait 6 ans). 

Quelques citations d'un type qui a monté avec sa femme une maison d'accueil pour enfants handicapés abandonnés qu'ils recueillent, soignent et éventuellement font adopter :

  • Rob on his 50th birthday : "Lord, there has got to be more to life than tungsten carbide and balance sheets and selling stuff to people to make a profit. There's got to be more to life than this."
  • The project for the dying children is "to comfort always, to relieve often, to save sometimes"
  • "Hundreds of stranded starfish were dying along a beach, and an old man was slowly throwing them back into the sea one by one. Someone came along and pointed out that this task was hopeless and told him, "it won't lake any difference, there are too many for you to save them." But the old man held up a starfish and said, "it makes a difference to this one," and then threw it back in the sea."
  • When you start something in china : "it is better to ask for forgiveness than for permission", and also "partner with people already on the ground who are culturally familiar with china and able to establish genuine and respectful relationships with local people, from nannies and cooks to officials..."

Tuesday, December 6, 2011

La Chine 3 (suite et fin) en quelques chiffres et photos



283 cigarettes fumées par de chinois dans des bus dont ils refusent d'ouvrir les fenêtres, 18 thés différents goûtés, 132 cookies cuits (et mangés), 40 minutes pour parcourir 1km à 4200m d'altitude, en soufflant beaucoup, 25 francophones rencontrés dans le Tibet entre Litang Shangri-la et Dali, 4 chinois attablés munis de gros appareils photos Nikon prenant en photo le même plat (vu à Dali), 2 kilos de fromage engloutis en 30 minutes à 9h du matin (merci Hélène et Hubert), 12 minorités ethniques vues (environ), 379 animaux en cages ou bassines (tortues, poissons, serpents, canards, faisans, crapauds, ragondins, lapins, etc.) attendant d'être choisis pour repas du soir sur les trottoirs de Guilin, 371 bateaux mouches qui circulent sur la rivière Li entre Guilin et Yangshuo en permanence, 8 pieds massés (torturés) par des chinoises costaudes à Shenzhen, 821 photos prises de montagnes enneigées sur le route entre Shangri-la et Dali, 2h30 passées à chercher la cathédrale de Kunming (qui n'existe plus car détruite pour construire le métro, sur décision de l’évêque de Kunming, chef de la conférence épiscopale de Chine et membre éminent de "l'Eglise Patriotique"), 3 personnes se levant pour une jeune maman et son enfant dans le métro de Shenzhen (même pas plein le métro ) sous nos yeux ébahis (en effet, dans ce métro, on diffuse des vidéos toutes les 5 minutes expliquant qu'il faut être poli et laisser son siège aux personnes âgées et futures mamans).

voici nos photos préférées de ce dernier passage en Chine : https://picasaweb.google.com/111032676319290923536/Chine3#

et un album avec nos plus beaux portraits du Yunnan : https://picasaweb.google.com/111032676319290923536/PortraitsDuYunnan#

Enfin, la mosaïque de nos belles rencontres : 

Monday, December 5, 2011

Hong Kong


Après  3 mois en Chine continentale, en arrivant à Hong Kong nous avons un peu eu l'impression de revenir en Terra Cognita. Ce petit bout de terre cédé aux anglais il y a un peu plus de 100 ans est revenu à la République Populaire de Chine en 1997 sous forme de Région Administrative Spéciale (SAR). Les chinois ont encore besoin d'un visa pour s'y rendre, les européens non. La devise est le Hong Kong Dollar (qui vaut un peu moins que le Yuan), les impôts et taxes y sont différents du reste du pays, la presse y est beaucoup plus libre, et la censure d'internet n'y a pas cours. On trouve des églises chrétiennes à tous les coins de rue, ou presque. Des panneaux en anglais un peu partout (même si les caractères chinois restent majoritaires). Des boutiques de luxes occidentales longent les grandes avenues de Hong Kong Island, non loin des boutiques de médecine traditionnelles chinoises proposant algues, ginseng, concombres de mer, écorces et autres ingrédients aux propriétés magiques.

Ceci dit, on n'est pas si loin de la Chine que cela. La région doit revenir complètement sous contrôle Chinois au bout de 50 ans de transition, soit en 2047, mais ces messiers du Parti Communistes ne sont pas si patients : Le gouverneur u territoire est nommé par Pékin, et tous ceux qui travaillent de près ou de loin avec la Chine continentale savent très bien que leurs communications téléphoniques et emails sont monitorés par les services chinois. 

Nous y croisons de nombreux français grâce à l'association des anciens élèves de l'ESCP, et retrouvons Joy et Tam qui nous hébergent très gentiment chez eux et nous font découvrir leur ville. La vie y est bien sur plus cher qu'en Chine, mais plus occidentales aussi. On peut y vivre au quotidien sans parler Cantonais. D'ailleurs la plupart des occidentaux qui veulent apprendre le chinois optent plutôt pour le Mandarin, beaucoup plus utile pour le business avec la Chine que le Cantonais, variante locale parlée uniquement dans le sud-est du pays. Et en y mettant le prix, on peut trouver toutes ces petites choses qui nous manquent de l'Europe lorsqu'on est loin de chez soi. L'hiver il y fait un peu frisquet sans pour autant vraiment froid, et l'été on peut profiter des plages et sentiers de randonnée qui longent l'île de Hong Kong et les Nouveaux Territoires.

Bref, on s'y plaît beaucoup... 


Thursday, November 24, 2011

Mercis chinois (suite et fin)

Merci à José, Sarah, Nathalie, Vincent, Serge, et Anthony pour un passage très sympa à Litang, merci à Damien et Ting, Estelle, et Guillaume pour un repas délicieux à Shangri-la qui nous a presque fait oublier la défaite du 15 de France, Merci à Bruno pour une excellente balade à vélo à travers champs, Merci à Patrick pour son accueil et sa vision inspirante de l'hotellerie. Merci à jean-Yves pour son accueil à Dali, à Hélène et Hubert de nous avoir ravitaillé en fromage et en lacture censurée, à Camille pour son curry de poulet, à Matthieu pour la dégustation de thé, et à Alain pour le cours de Go. Merci au père Larry pour son temps. Merci à Pei Shan et Olivier pour leur accueil à Lincang, Jacques et Jacqueline de nous avoir embarqué pour une excursion très sympa à Xiding, et merci à Steven pour ses histoires sur le Yunnan et Jingong. Merci à Dima et Jenya, rencontrés dans le train de nuit. Merci à Isabelle et Fédérique pour leur accueil et un massage de pieds mémorable à Shenzen. Merci à la communauté des ESCP (et sympathisants) de Hong Kong pour une sympathique soirée vin-rillettes : Emmanuelle, Jean-Christophe, Jan, Nicolas, Violaine, Emilie, et tous les autres. Un grand merci à Joy et Tam de nous avoir hébergé et fait profité de Hong Kong, Merci à Sandy et Amy pour une soirée sympa. Merci à Alain pour son temps et une discussion très intéressante. Merci au père Bruno pour ses explications sur l'église en Chine.

De la difficulté de trouver un endroit paumé en Chine



On a beau être en vacances pour 18 mois, il nous est parfois nécessaire de prendre des vacances de ces vacances... Je m'explique : quand on voyage sac au dos, ne sachant pas le matin où l'on dormira le soir, et une fois ce souci bassement matériel résolu, se demandant ce qu'il faut faire et voir dans le nouvel endroit où l'on vent d'arriver, c'est fort palpitant, mais ça finit par être un peu fatigant. (Et en plus, quand on est en couple 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, quand on fatigue, on finit par se disputer). Du coup, on à envie de vacances, de calme, de repos dans un endroit paumé donc.

C'est là que les choses deviennent compliquées.
descente de la rivière Li en convoie de "bamboo raft"
Guilin est déjà un très grosse ville (ancienne capitale régionale, plusieurs millions d'habitants). On opte pour Yangshuo, qui est supposé être un village plus pittoresque, en aval sur la rivière Li. Sauf qu'on nous prévient que c'est hyper touristique, et pas franchement calme. Bon, alors sinon notre guide recommande Xingping, un autre village plus petit, non loin, et aussi si la rivière Li. On prend un "bambou raft" pour y descendre. En fait de bambou, il s'agit d'un rafiot de gros tuyaux en plastiques assemblés, avec un moteur basique et très bruyant à l'arrière, et nous descendons la rivière Li en convoi d'une trentaine de tels bateaux. Heureusement, on est à l'heure où les bateaux mouches locaux n'ont pas le droit de circuler sur la rivière. Et en basse saison. Nous voyons des centaines d'autres bateaux garés sur la rivière et qui doivent attendre la haute saison pour être déployés.

Les paysages sont très beaux : des formations rocheuses dites "karstique" bordent la rivière des deux côtés, et la tradition chinoise leur donne des noms poétiques que nous essayons sans succès de retrouver dans les formes des rochers. Ca ressemble aux paysages de la baie d'Halong au Vietnâm.

touristes chinois se faisant prendre en photo
en costumes "typiques" en polyester 

le paisible port de Xingping et ses bateaux-mouches
Arrivés au fameux village de Xingping, nous découvrons qu'il s'agit en fait d'une bourgade d'une taille déjà conséquente, avec hordes de vendeurs de camelote à touriste tout le long du "port". Pas franchement séduits, nous cherchons un peu plus, et découvrons que de l'autre côté de la rivière il y a un plus petit village, Dahebei, où il y aurait une auberge isolée et calme. Que cela ne tienne : nous prenons un bac, et suivons les panneaux fléchés pour arriver à la dite auberge. Qui était sans doute fort isolée et calme il y a encore un an ou deux. Qui est désormais entourée de 4 immeubles en construction. En effet, le gouvernement chinois aurait annoncé il y a peu leur intention d'ouvrir une gare à Xingping en 2015, du coup les infrastructures touristiques sont en plein boum. Alors même que les rues de Dahebei ne sont ni pavées ni goudronnées. Un peu dépités, nous partons explorer les environs, et en prenant un chemin boueux à travers les vergers de pamplemousse (dont c'est la saison). Au bout de 20 minutes de marche, nous tombons sur une ancienne école désaffectée. Nous avons la chance de tomber sur une gentille dame chinoise anglophone, qui nous explique que avec la politique de l'enfant unique, il y a moins d'enfants dans le village, et ils ont été rattachés à l'école de Xingping. Du coup cette école à été reprise par une association sino-américaine qui l'a transformée en hôtel (prêt, mais pas encore ouvert) et dont les profits financent la formation des villageois à l'agriculture bio. Le soleil se couche tandis que les hirondelles volettent le long du bâtiment. C'est calme. On prend !!
 

Nous restons 3 jours dans ce coin, à nous reposer et prendre le soleil. Seuls au monde. Ou presque. Car nous sommes à moins d'un kilomètre de la rivière Li, et les bateaux mouches armés de haut-parleurs réglés sur maximum arpentent la rivière toute la journée, à la queue-leu-leu sur cette autoroute du tourisme, transportant des hordes de touristes chinois se prenant en photo devant chaque rocher. Heureusement qu'on est en basse saison ...

convoi de bateaux-mouches équipés de haut-parleurs

Au final on se sera pas mal reposés, mais dans un calme tout relatif. Et dans tous les cas, d'ici un an ou deux, il y aura certainement 5 ou 6 hôtels supplémentaires construits ou en construction tout autour.

PS : En partant, on passe obligatoirement par Yangshuo, le soit-disant "village" en aval de Guilin. En fait de village, il s'agit d'une ville d'au moins 200 000 habitants en haute saison, avec barre sur barre d'immeubles identiques pour héberger les touristes, des rues entières bordées de restaurants "typiques" pour les nourrir, des stands à souvenir pour leur soutirer un maximum de sous, sans compter des boutiques de luxe (Louis Vuiton !). On est bien contents de passer notre chemin aussi sec !

Sunday, November 13, 2011

Yunnan

 Jamais deux sans trois : nous sommes passés chez Jean-Yves et Fenghua à Shanghai lors de notre premier passage en Chine, et avons croisé JY et sa maman à Chengdu lors de notre deuxième passage. Nous nous devions donc de passer chez eux dans leur grande maison à Dali, dans le Yunnan, d'autant plus que c'était aussi l'occasion d'y retrouver d'autres amis de passage ! Hélène et Hubert nous y ont ravitaillé en bons fromages français. Camille nous a préparé un délicieux curry dont il rapportait tout juste la recette d'Asie du sud-est. Jean-Yves et son ami/associé Matthieu nous ont initié au Yoga. Nous avons eu nous aussi l'occasion de cuisiner un peu ratatouille, gâteaux, cookies. Nous avons marché un peu dans les hautes collines (nous sommes encore à 2000m d'altitude) environnantes.

arracheur de dent officiant sur le marché de Dali
 Nous nous sommes baladés au marché tri-mensuel (en fonction du calendrier lunaire) où les locaux viennent tout acheter et vendre, des hottes en paille aux blousons en faux léopard dernier cri.
achat de piments sur le marché de Dali
  

Clem y aprend que Mamie, sa grand-mère paternelle est partie rejoindre l'éternel. C'est dur d'être loin de la famille dans ces moments là.


Nous quittons Dali pour descendre plein sud, dans la région de Chine appellée Xishuangbanna, aux frontières de la Birmanie, du Laos, et du Vietnam. De 2000m d'altitude à Dali, nous descendons pas mal, il fait plus chaud, et plus humide. La saison des pluies locale est à peine terminée, les rizières en étage sont innondées, les bannaniers chargés de fruits, et les plantations de thé occupent les coteaux brumeux.
grand-mère Dai allant au village
ouvrière ramassant le thé
C'est autrement plus tropical que les montagnes pelées du Tibet! Les Daï sont l'éthnie principale du coin, mais il y en a de nombreuses autres: Hani, Akha, Boulong... Dans les hautes collines, on cultive le thé, en particulier pour faire le Pu'er, thé très prisé des ammateurs et particulier à cette région.

grand-pères Akha sur le marché de Xiding

 Nous visitons un marché local, et nous baladons dans un village. La petite ville de Jonghong n'est pas si petite que ça : on nous dit qu'ils sont en train de construire un veritable New York de gratte ciels à 2 kilometres de là. Le front de rivière est bordé de pagodes pour touristes toutes identiques, la nuit ça ressemble à Disneyland. On nous dit que cette région est la "Floride" de la Chine : les riches retraités y viennent prendre leur retraite depuis quelques années, et ça pas mal changé le paysage.

Nous remontons passer 2 jours à Kunming, la capitale provinciale du Yunnan. Grande ville éventrée par la construction de son premier métro, nous ne sommes pas franchement séduits. Il y a quand même des parcs sympa, un marché aux fleurs et oiseaux, où on se laisse bercer par les chants des boules de plumes dans des cages alignées qui ressemblent à des cellules de prison, et un quartier étudiant sympa, près de la grande université de la ville.

Le Yunnan est une région chinoise où il fait bon vivre, et où ou pourrait presque oublier par moment qu'on est en Chine tant la population est variée.
une dame Baï déjeune près du marché

De retour en Chine tibétaine


Nous avons quitté l'Inde mi octobre pour revenir une troisième et dernière fois en Chine, cette fois pour en voir le sud. Nous avons repris notre périple chinois là où nous l'avions laissé : à Chengdu, dans le Sichuan. Nous avons immédiatement enchaîné deux journées de bus complêtes pour monter jusqu'à 4200m d'altitude au village tibétain de Litang. Nous étions encore dans le Sichuan, et non dans le Tibet administratif, et pourtant plus hauts que Llasa : nous avons mis quelques jours à nous aclimater à l'altitude, ainsi qu'au froid. La route por venir n'était pas très bonne : c'est surtout car les chinois n'y vont pas de main morte : ils refont tout d'un coup ! L'ancien goudron à été tout enlevé, et dans quelques semaines passeront sans doute les goudroneuses... 500km de routes de montagne d'un coup !
des pèlerins tibétains au temple de Litang
A Litang, la seule végétation est une sorte d'herbe rase et quelques fleurs qui recouvrent les collines voisinantes : on est au dessus de la ligne d'arbres. On voit des pics enneigés au loin (on est pourtant à la même lattitude que le Sahara...) La population est majoritairement d'ethnie tibétaine, et porte le costume traditionnel : pour les hommes, sorte de manteau épais aux tres longues manches pour les hommes, retenu à la taille par une ceinture à laquelle pend un grand couteau. Les femmes elles portent souvent une longue robe chasuble grise, recouverte d'un tablier, et ont les cheveux natés, et de nombreux colliers de perles multicolores autour du cou ou sur la tête. On les croise avec leurs roues de prière sur le chemin du monastère, ou vaquant à leurs occupations dans la rue ou au marché.
Un moine en robes safran et rouge par-ci par-là. Un "Tachi Délai" (bonjour) lancé fait immanquablement sourire à pleines dents les petites vieilles ravies. Il y a aussi des chinois Han (ethnie majoritaire en Chine) qui sont plus frêles, qui tiennent des commerces là et ont l'air moins accoutumés à l'altitudes (pour autant, les jeunes filles sont habillées comme à la ville, en microshorts et leggings, et chaussures à paillettes). Pas un occidental en vue. Ah si tiens ! 5 cyclistes francophones (2 français, 2 suisses, et un quebequois) qui traversent les montagnes à vélo... Nous sommes grave épatés, nous qui nous essoufflons à monter l'étage de l'auberge pour aller à notre chambre. Nous ne sommes pas trop dépaysés par rapport à l'Inde : il y a des yaks et leurs petits en plein milieu de la route. Une énorme truie se balade même à la recherche de restes du dîner de la veille qui auraient été jetés dans l'égout à ciel ouvert. Et des chiens... les tibétains adorent les chiens A l'origine surtout pour garder leurs troupeaux, mais même à la ville, on en voit partout, et de toutes les races : des gros chiens poilus façon Gros Cachou et des petites choses ridicules façon aspirateur à miettes. On trouve même, dans une décharge au pied du monastère, un endroit ou visiblement 4 ou 5 portées de chiots attendent leurs mères: adorables bouts de choux qui font craquer Clem : si seulement on pouvait en emporter un !
Nous prenons un minibus pour Shangri-la. Occasion d'entourloupe tibetaine (on apprend apres coup qu'ils sont specialistes du plan qui tombe à l'eau à la derniere minute mais proposent toujours une alternative plus cher...) Zhongdan, ville tibétaine dans le nord du Yunnan, juste de l'autre côté de la frontière avec la région du Sichuan, à été renommé Shangri-la à la fin des années 1990, d'après le nom d'une ville paradisiaque dans un roman anglais des années 1930, afin d'y développer le tourisme.


Nous arrivons pile à temps pour la finale de la Coupe du Monde de Rugby... ça tombe bien, la France joue ! Nous rencontrons plein de compatriotes à cette occasion : pour une ville certes touristique, mais quand même très paumée, nous sommes impressionés par le nombre de français installés là ! Un couple franco-chinois tient un excellent restaurant tibétain. Un autre travaille pour Enfants du Mekong. Une autre restaure une vieille ferme à deux heures de route pour en faire une auberge et un restaurant. Un autre encore monte des treks de luxe pour touristes français.
 Le lendemain nous partons faire un tour à vélo dans la région avec Bruno, nous passons dans un village tibétain tranquil, où la paille est mise à sécher sur des grands étendoirs dans les champs environnants, où des femmes lavent leur linge dans un ruisseau tandis que les vieilles promenent leurs petits enfants attachés dans leurs dos, et les vieux fument sur le pas de leur porte en nous regardant passer. Nous faisons une fine équipe : Stan à un vélo coincé en petite vitesse, Bruno perd sa pédale droite mal attachée de façon régulière, et Clem est épuisée dans la moinre montée (petite tension...). Nous visitons le monastère du coin, semblable à beaucoup d'autres, et passons derrière pour rendre visite à Patrick, un autre français rencontré la veille, qui dirige un hotel de luxe et de charme (c'est pourtant rare de trouver les deux réunis en Chine) tout en veillant à l'équilibre du village à côté, dont il emploie 20% de la population, et où il propose des cours de mandarin (la langue locale est un patois tibétain) et d'anglais, subventionne les études universaitaires de quelques uns, et encourage la création d'un magasin d'artisanat local à destination de ses clients. Nous sommes séduits par sa vision de l'hotellerie de luxe : elle est compatible avec le respect de l'environnement et de la population locale.

Wednesday, August 31, 2011

Recette : cuisine du Sichuan

la cuisine du Sichuan, région du sud de la chine, est réputée pour le fait d'allier le piment, qui pique, avec le poivre du Sichuan, qui anesthésie un peu la langue. Le résultat est délicieux, mais papilles sensibles, s'abstenir...

Recette : porc cuit 2 fois

ingrédients : 
- 500g de poitrine de porc
- 2 poivrons rouges
- 2 piments verts
- 3 petits oignons montés
- 200g de haricots noirs cuits
- 2 gousses d'ail 
- 30g de gingembre 
- 1 cuillère à soupe sauce de soja
- 1 cuillère à café de pâte de piment
- 1 cuillère à café de poivre du sichuan

1. mettre la poitrine de porc dans une casserole d'eau froide et la porter à ébullition, puis retirer du feu, égoutter, et couper le porc en fines lamelles.
2. Couper en dés les poivrons rouges, les piments verts (attention à bien en retirer les graines), les petits oignons montés. Hacher finement les gousses d'ail, le gingembre, les haricots noirs.
3. Faire chauffer un demi verre d'huile de tournesol dans un wok : y jeter les lamelles de porc afin de les faire frire 2 minutes, puis les retirer du feu, et retirer l'huile de tournesol.
4. Remettre le porc dans le wok (sans huile) et faire cuire 2 minutes en tournant régulièrement : les lamelles de porc, les poivrons rouges, les piments verts, la pâte de piment, le poivre du Sichuan, les haricots noirs, le gingembre, les oignons, l'ail. Rajouter une pincée de sel, et la sauce de soja.
5. Servir chaud, et préciser que personne n'est obligé de manger les piments : ils sont là pour donner du goût aux autres aliments pendant la cuisson, il est donc normal de les laisser dans le plat.

Recette : Poulet Gumbao

ingrédients 
- 3 escalopes de poulet
- 2 concombres
- 5 petits oignons montés
- 1 poignée de piments séchés
- 200g de cacahuètes non salées
- 1 cuillère à soupe de sauce soja
- 1 cuillère à soupe de vinaigre
- 1 cuillère à café de poivre du sichuan
- 1 poignée de farine
- 2 gousses d'ail 
- 30g de gingembre 

1. Couper le poulet de petits cubes, et le mettre de côté. Couper en cubes les concombres et les petits oignons. Hacher finement l'ail et le gingembre.
2. Faire chauffer un wok avec un peu d'huile, et y cuire les cacahuètes (rincées au préalable) pendant 2 minutes. Puis les retirer du feu et les mettre de côté.
3. Dans le wok, faire chauffer un demi verre d'huile de tournesol, et y jeter les cubes de poulet (en prenant garde de ne pas s'ébouillanter) pendant 2 minutes. Puis retirer le poulet du feu, l’égoutter, et retirer l'huile.
4.Dans un bol, mélanger le vinaigre, la sauce soja, un peu d'eau, la farine, une pincée de sel, une pincée de sucre.
5. Dans le wok chaud mettre à cuire à feu doux le poivre du Sichuan, le piment séché, le gingembre, l'ail, les cacahuètes, le concombre, les petits oignons, et y remettre le poulet. Laisser cuire 10 minutes à feux doux, en mélangeant bien, et rajouter le contenu liquide du bol. Cuire encore 1 minute en mélangeant bien, puis servir.
Attention de ne pas manger les piments séchés : ils sont là pour donner du goût aux aliments pendant la cuisson seulement.

Saturday, August 27, 2011

La chine (suite) en quelques chiffres et photos



534 "oh that's sooo romantic" entendus quand on explique qu'on vient de Paris, 1 type qui portait un casque à moto (et un seul), 102 heures passées dans des trains divers et variés (la majorité sans couchette), 33 heures de bus, 3.5 kg de MSG (exhausteur de goût mauvais pour la santé mais rajouté dans la cuisine par beaucoup de restos chinois), 5 photos prises avec des chinois qui pretextaient qu'ils devaient prouver à leur prof qu'ils avaient pratiqué l'anglais avec des étrangers, 150 militaires sur la place de la grande mosquée de Kashgar, 3.5 kg de raisin mangé à Turpan, 2 pattes de poulet grignottées délicatement (pas fameux), 783 photos de dunes avec montagnes en arrière plan prises depuis le train dans le Xinjiang (vous avez dit photopathie?), 23 viaducs et 496 éoliennes vues par les fenetres du même train, 10372 grues sur des chantiers de construction partout partout partout, 326 roues de prière tibétaines tournées dans des temples divers et variés, 831 moines tibétaiens de 7 à 97 ans en robes rouges, 2 fois virés d'une ville à cause de la venue du Panchen Lama chinois, 19 propositions de curage d'oreilles dans les parcs de Chengdu (toutes refusées poliment, nos oreilles sont propres merci), 457 boutiques de photos de mariage, 82 pandas vue (géants ou roux).


Pour voir nos meilleures photos de ce deuxième passage en Chine : https://picasaweb.google.com/clemetstan/ChinePart2


Les contreforts du Tibet


Le Tibet est une région fascinante et compliquée, souvent assez mal comprise en France, qu'il fait particulièrement rêver. Longtemps dans la sphère d'influence chinoise, il à été définitivement annexé (pardon, libéré) en 1951 par la République Populaire de Chine. Sans rentrer dans des considérations politiques, il suffit de dire qu'il s'agit d'une région stratégique pour la Chine, qu'il lui importe de bien contrôler, pour des raisons de ressources (3 des cinq fleuves majeur du pays prennent leur source au Tibet) ainsi que pour des questions de frontière sensibles avec des voisins turbulents. Le Tibet historique était beaucoup plus grand que ce qui est aujourd'hui la région administrative du Tibet, zone très sévèrement contrôlée par le gouvernement chinois. En effet, si le train reliant Pékin à Llasa en 2 jours est aujourd'hui appelé le train de la colonisation, amenant toujours plus de chinois Han pour s'établir sur le toit du monde, pour les étrangers, il faut non seulement obtenir un permis spécial pour y entrer, mais encore faut-il être en groupe, avec un guide agrée par l'état, qui ne vous lâchera pas d'une semelle (des fois que vous risquiez de parler à des tibétains) pendant la totalité de votre séjour (et accessoirement, cela coûte très cher).


Aujourd'hui si on parle du Tibet à l'étranger, si les français ont manifesté pour la libération du Tibet au moment du passage de la flamme olympique des JO de Pékin en 2008, si les tibétains ne sont pas une minorité ethnique comme toutes les autres en Chine, c'est grâce à un homme qui a su rendre la cause de son peuple célèbre : le Dalai Lama. Le Dalai Lama est l'autorité spirituelle suprême du Bouddhisme tibétain. Son numéro deux, qu'il choisit très jeune, est nommé le Panchen Lama. Il fait savoir qu'en 1995, le Dalai Lama à choisi un enfant tibétain de 6 ans pour être son Panchen Lama, et que celui-ci à aussitôt été arrêté par les autorités chinoises (faisant de lui le plus jeune prisonnier politique au monde) et n'a pas été revu depuis. Le gouvernement chinois a nommé de son côté un autre Panchen Lama, aujourd'hui âgé de 21 ans, peu aimé des tibétains pour des raisons assez évidentes, et n'ayant jamais vécu dans un monastère tibétain.


Nous avons donc décidé de ne pas nous rendre dans la Région Autonome du Tibet, et de plutôt tenter d'apercevoir la culture tibétaine dans ce qui était le Tibet historique et qui appartient maintenant aux régions administratives voisines : Gansu, Qinghai, Sichuan. Nous avons commencé par passer dans la ville de Tongren, près du monastère tibétain de Wutun Si, puis sommes descendus vers Xiahe, la ville du grand monastère de Labrang, qui héberge plus de 900 moines de tous ages. Nous avons malheureusement appris, dès notre arrivée en ville, que nous n'étions pas les bienvenus. C'est à dire qu'une visite du Panchen Lama était prévue au monastère de Labrang, et vu son appréciation par la population locale, les autorités ne voulaient pas que d'éventuels dérapages puissent être vu pas des étrangers. Aucun hôtel n'avait donc le droit de nous héberger, et nous avons du quitter les lieux le jour même. Ceci dit, nous avons quand même eu le temps de visiter le monastère, et de nous balader un peu dans les collines qui surplombent la ville.
le grand monastère de Labrang
vue depuis le village de Jaghana

un des temples de Langmusi
 Nous sommes donc arrivés plus vite que nous le pensions dans le petit village de Langmusi, à la frontière  du Gansu et du Sichuan, à 3300 mètres d'altitude, en plein dans les contreforts du plateau Himalayen. Peuplé essentiellement de tibétains ordinaires, ainsi que des moines qui habitent dans les 2 grands temples du village, Langmusi voit aussi pas mal de cars de touristes chinois qui débarquent pour la journée, et repartent le soir. Il n'y a que les quelques touristes étrangers pour s’intéresser aux belles randonnées à faire tout autour dans cette région magnifique. Grâce à une rencontre fortuite avec Sandrine, une voyageuse française parlant (et chantant) chinois, et l'argentin Sebastian, nous avons pu profiter des plusieurs balades dans les montagnes et villages autour de Langmusi : le village de Jaghana, la fête foraine de Maqu.

courses de chevaux à Maqu
Le long des routes on voit des petits cochons noirs qui se cherchent à manger sur les talus, des femmes qui portent des grandes hottes en osier remplies de paille ou de crottes sèches pour servir de combustible, des enfants qui se baignent dans un ruisseau, ou encore des yaks qui broutent et traversent la route quand bon leur semble (peu import si des motos, voitures ou camions passent).

Les tibétains ont des très beaux visages, particulièrement les femmes (de tous ages). La ressemblance avec les indiens d’Amérique du sud, qui vivent dans les Andes, est frappante ! Nul doute que ce sont les ancêtres de ce peuple qui ont passé le détroit de Béring et ont été les premiers à peupler le nouveau monde.

Pour voir un album de portraits tibétains : https://picasaweb.google.com/clemetstan/VisagesTibetains


Puis après quelques jours d'air pur dans les montagnes, nous avons repris le chemin de la ville : Chengdu, la capitale du Sichuan. Il s'agit d'un très grande ville, au centre ville ultra moderne, plein de gratte-ciels, de boutiques de luxe qui climatisent la rue, des dizaines (centaines?) de magasins de photos de mariage. Mais il y a aussi de nombreux parcs où il fait bon se reposer dans des salons de thé à l'ombre, tandis que des colporteurs proposent des massages (violents, mais efficaces selon Stan) ou un nettoyage d'oreille (là, on n'a pas été tenté, curieusement). On y trouve également un grand centre pour la protection et la reproduction des pandas (pandas géants, et petits pandas roux). Enfin, notre temps en Chine touchant à sa fin (notre visa nous permet de rester maximum 30 jours à la suite) nous avons quitté la Chine pour l'Inde, où nous allons passer les 2 prochains mois.

Friday, August 19, 2011

le Xinjiang, le far-west de la Chine

Suite à notre escapade en Mongolie, nous sommes revenus en Chine par le train et le bus, via la ville frontière d'Erlian, la ville de Mongolie interieure de Hohhot, et enfin Xi'an. Xi'an est une des anciennes capitales de la Chine impériale. C'est ici que l'empreur Qin Shi Huang, ayant unifié la Chine de son époque (221 avant JC) s'est fait enterré avec des milliers de soldats en terre cuite : c'est la fameuse armée de terracotta, découverte par hasard par des paysans creusant un puit dans les années 1970.

Nous avons passé quelques jours dans le coin pour ensuite prendre un train vers le Xinjiang, avec comme première destination la ville de Turpan (prononcé Touloufane par les chinois) le point le plus chaud de Chine en été. Le trajet a duré 33h, en place assise non-inclinable, mais on ne s'en plaint pas trop car dans ces wagons, il y a un grand nombre de personnes qui sont en "places debout" et passent le trajet dans les allées ou bien près des toilettes. Après un jour et demi nous sommes enfin arrivés à Turpan.
La province chinoise du Xinjiang est immense et pour la plupart désertique. Elle touche la Mongolie au nord, le Kazakstan, le Kirghizstan, l'Afghanistan, le Pakistan et l'Inde à l'ouest, et la province du Tibet au sud. Les caravanes de la route de la soie arrivaient en Chine par là, à dos de chameau (animal qui pouvait porter leur marchandises sans pour autant faire une grande consommation d'eau) avant de traverser le grand désert de Taklamani. Heureusement, si la région est désertique, il y a un bon nombre de villes-oasis, alimentées en eau par des sources et rivières souterraines.

De nombreuses minorités ethniques vivent dans le Xinjiang, mais la plus connue, comptant pour plus de 50% de la population de la province (ils sont 9M en Chine), est l'ethnie Ouïgour. Les Ouïgours sont des cousins proches des peuples d'asie centrale. En anglais on les appelle les peuples "Turkic", et physiquement, les Ouïgours ressemblent plus à des turcs qu'aux chinois Han. Ils ont parfois les cheveux chatains, des yeux non-bridés, la peau très mate, et des yeux clairs. Ce peuple est musulman, et utilise une écriture qui ressemble beaucoup à l'arabe. Les hommes aiment porter soit une calotte blanche, soit un petit chapeau carré brodé, et les femmes ont pour la plupart un foulard dans les cheveux (certaines sont completement voilées). Si le mot "Ouïgour"ne vous est peut-être pas inconnu, c'est qu'en 2009 il y a eu des émeutes dans la région, opposant ce peuple à la population Han locale, et résultant de nombreux morts. Il y a pas mal d'animosité entre ces deux peuples (même si de nombreuses autres minorités ethniques sont présentes dans la région) car les uns ont l'impression de se faire envahir et que la modernité et le progrès technique apporté par les autres détruit leur culture, à laquelle ils tiennent beaucoup.

Photos : Quelques visages du Xinjiang

militaires chinois sur la place principale de Kashgar
après les évènements de début août
Durant notre séjour, il y a eu de nouveaux conflits : dans la ville de Khotan, des Ouïgours ont attaqué une caserne de policiers, en ont tué un nombre indeterminé, avant d'être à leur tour tous liquidés par l'armée. Deux semaines plus tard, à Kashgar, deux hommes Ouïgours ont pris le contrôle d'un camion, l'ont conduit dans une foule de hans, faisant de nombreux morts, puis ont continué sur leur lancée en descendant du véhicule et poignardant d'autres personnes dans la rue. Le lendemain d'autres ouïghours ont poignardé des hans dans un restaurant et ont incendié le bâtiment. Le gouvernement, qui contrôle de très près les informations au sujet de ces incidents, a laissé passer l'information qu'il y avait peut-être eu des bombes (qu'il n'y a pas eu) et décrété que c'était l'oeuvre de terroristes formés au Pakistan (mais de quelle formation a-t-on besoin pour conduire une camion dans une foule ou poignarder des gens?). Les chinois avec qui nous étions à ce moment là nous ont aussi expliqué que les sms parlant de ces incidents étaient bloqués. Toujours est-il qu'il y a pas mal de tensions, et que nous avons pu constater la présence de centaines de militaires, dans les gares, sur les places, des checkpoints le long des routes... Mais il n'y a aucun moyen de savoir quelle proportion des ouïghours soutient ces attentats ou ces revendications.
oasis, puis au delà le désert de taklamani, et au loin les montagnes
enneigées du Pakistan 

Nous avons rencontré une prof d'anglais fort sympathique dans le train, qui était tellement ravie d'avoir l'occasion de parler avec des anglophones sympas, qu'elle nous a invité à venir visiter sa ville de Yecheng, un peu plus loin sur la ligne de train que Kashgar, où nous avions l'intention de descendre. Nous avons donc profité de cette occasion, et avons poursuivi notre voyage jusqu'à Yecheng, où nous avons rencontré les autres professeurs d'Anglais du même collège où enseigne Han Mei Chin : elle même est de la minorité Hui, et ses collegues sont l'un Ouïgour et l'autre Han, et tous les trois très gentils et contents d'avoir l'occasion de nous parler et de nous montrer leur ville. Notre prof d'anglais nous a également invité dans sa famille pour un repas gargantuesque et délicieux (où nous n'avons malheureusement pas pu apprendre de nouvelle recette, car en tant qu'invités, nous étions confinés au salon), occasion pour nous de goûter les fameuses pattes de poulet (pas fameux, vraiment).
à peine le soleil couché, les Ouïgours rompent le jeûne du ramadan dans la rue


marché de Khotan
Après notre départ de Yecheng nous avons continué un peu vers le sud jusqu'à Khotan, puis sommes revenus sur nos pas jusqu'à la ville de Kashgar. Grande ville la plus à l'ouest de la Chine, à quelques heures de la frontière Pakistanaise, on a vraiment l'impression d'être dans un autre pays. Les devantures de magasin sont écrites en arabe en premier, et ensuite en carateres chinois, la plupart des femmes ont des foulards dans les cheveux, et surtout, nous y arrivons en plein ramadan, et il est impossible de trouver à manger pendant la journée. Nous trouvons moyen d'acheter un grosse pastèque et des pains secs et nous réfugions dans notre auberge à l'abris de la chaleur et des yeux pour déjeuner. Nous y avons visité la grande mosquée, puis un mausolée couvert de tuiles en céramique de couleurs différentes.
mausolée de Kashgar






femme dans son étalage de tissu
Nous avons visité le grand marché de la ville, où l'on peut trouver tant des tissus et des habits, que de la quinquaillerie, des souvenirs pour touristes, ou de la vaisselle. Nous nous sommes baladés dans la vieille ville, dans les petites ruelles pentues bordées de maisons en boue séchée, et nous avons pu voir le marché du dimanche, où se réunissent  de nombreux paysans d'asie centrale pour acheter et vendre leur bétail : vaches et taureaux, chèvres, moutons, ânes, tout cela dans un joyeux tintamarre.
marché au bétail de kashgar