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Monday, November 7, 2011

Religions et spiritualités en Inde


L'Inde est le pays le plus spirituel que nous ayons visité. En Inde des foules se mobilisent et se déplacent pour des événements religieux ou spirituels, dans une mesure qu'on ne peut probablement pas trouver ailleurs. C'est un pays où l'on peut croiser des gens qui prient partout, et où l'on peut aussi trouver des individus qui ont fait des études prestigieuses et obtenus des postes de rêve mais qui ont tout à coup décidé de tout quitter pour s'enduire le corps de cendres et errer sur les routes... Le bouddhisme et l'hindouïsme trouvent leurs origines en Inde, et la plupart des autres grandes religions y sont présentes, s'entrecroisant et s'influençant depuis des siècles.


1/ Les grandes religions et spiritualités présentes en Inde


L'hindouisme est la première religion d'Inde, vieille de plus de 4000 ans, et comptant pour fidèles plus de 80% de la population du pays. Si il y a en Inde une majorité d'hindous qui croient en un panthéon de dieux, on nous dit plusieurs fois "il y a autant d'hindouisme que d'hindous". Par exemple, les hindous du sud de l'Inde mangent des vaches, des rats et des serpents alors que ces animaux sont vénérés dans le Nord. Surtout chaque hindou préfère l'un ou l'autre des milliers de dieux qui existent dans l'hindouïsme. En fait les dieux de l'hindouïsme sont des avatars, incarnations ou états d'un dieu unique manifesté par une trinité : Brahma le "Generator" - Vishnu "l'Operator" - Shiva le "Destructor" (ce qui fait "GOD", et que l'on pourrait rapprocher du Père créateur, de l'Esprit agissant et du Fils rédempteur). L'hindouisme intègre tout, peut-être à la manière de la religion des romains qui intégrait facilement des nouveaux dieux. Apparemment, alors que le bouddhisme (qui était aussi en réaction à certains aspects de l'hindouisme) gagnait en importance en Inde jusqu'au 3ème siècle avant J-C, la situation s'est renversée lorsque l'hindouisme a intégré Bouddha parmi ses dieux, en tant qu'incarnation de Vishnu. Aujourd'hui, des hindous n'ont aussi aucun problème à vénérer des saints soufis musulmans, Jésus ou Marie. Ainsi chaque année en septembre, au moment où l'on fête la nativité de Marie, l'église de Mount Mary de Mumbaï s'organise : des bâches sont tendues à l'extérieur sur le côté de l'église et un espace pour les célébrations catholiques y est temporairement installé, pendant que l'église est prise d'assaut par des millions d'hindous qui défilent pour offrir des fleurs et vénérer une statue de Marie. Quand nous y sommes allés nous avons été étonnés du temps qu'il nous a fallu faire la queue pour entrer dans l'église, et de l'organisation autour de cet événement : il y avait des bus spéciaux pour atteindre le lieu, des stands d'offrandes et d'objets religieux à foison, une véritable kermesse à la sortie, et des affiches de tous les politiciens locaux qui transmettent leurs meilleurs voeux aux pèlerins...

Le boudhisme est né dans le nord-est de l'Inde au 5 ou 6ème siècle avant J-C - nous sommes passés notamment à Sarnath, non loin de Varanasi, où Siddharta Gautama, le premier bouddha, a fait son premier sermon- ; mais il est essentiellement aujourd'hui tibétain, chinois, japonais, laotien... plus qu'indien. Le dalaï-lama, le chef spirituel du bouddhisme "au chapeau jaune", l'une des formes de bouddhisme tibétain, est réfugié à Daramsalah dans le nord de l'Inde, et nous avons croisé des tibétains exilés dans tout le pays.

L'Islam est la deuxième religion la plus importante d'Inde : elle représente 13,5% de la population du pays. Chaque ville a son quartier musulman et sa mosquée. Nous avons aussi visité 3 tombeaux de saints soufis musulmans - à Delhi, Ajmer et Fatehpur Sikri - aux enseignements de tolérance résolument modernes.

Le judaïsme est encore un tout petit peu présent en Inde : nous avons visité des synagogues à mumbaï et à Cochin dans le Kerala, et aperçu une école talmudique à Kolkatta. Il reste aujourd'hui environ 5 000 juifs dans toute l'Inde. Leur présence a été tristement rappelée récemment au moment des attentats de mumbaï en 2008 lorsqu'un des commandos a pris pour cible Nariman House, une maison d'accueil d'une organisation juive orthodoxe.

Le jaïnisme est une religion très ancienne, probablement née entre le 9ème et le 6ème siècle avant J-C, et dont il reste quelques millions d'adeptes, notamment dans le Rajahstan. Les fidèles se caractérisent notamment par un ascétisme important, et par l'idée de non-violence qui se traduit par un respect très poussé envers toute forme de vie. Les fidèles sont végétariens et ne mangent pas de plantes à racine - c'est-à-dire qui seraient tuées pour être consommées -. Les moines poussent ce respect jusqu'à faire attention à ne pas inhaler d'insecte, ou à ne pas en écraser en se déplaçant : ils ne se déplacent qu'à pied en balayant au fur et à mesure devant leur chemin. Les jaïns ont l'obligation d'être honnêtes, ce qui a induit leurs voisins d'autres religions à leur confier traditionnellement les métiers d'argent. Les jaïns sont aujourd'hui souvent aisés et cultivés.

Le sikhisme est une religion née au 15ème siècle après J-C dans le Punjab, une région du nord de l'Inde. Cette religion reprend d'une certaine manière les enseignements des principales religions et spiritualités et en fait une synthèse. On reconnaît les sikhs au 5 "k" qu'ils respectent, qui incluent notamment le fait de ne se couper aucun poil, de porter un poignard, un bracelet en acier, un peigne, un caleçon particulier... Les hommes sont donc ceux qui ont souvent des barbes et cheveux long ramenés sous un turban. Les fidèles ont tous pour nom de famille "singh" (lion).

Il y a aussi en Inde des bahaïs, adeptes d'une autre religion qui tente de faire la synthèse des grandes religions qui l'ont précédé. Celle-ci date du 19ème siècle, a son centre mondial à Haïfa en Israël, et a érigé récemment un temple en forme de lotus à Delhi.

Il y a enfin des chrétiens en Inde, très minoritaires puisqu'ils ne sont que 2%. Mais leur présence est très disparate, en fonction des aires colonisées et des influences de pays chrétiens au cours de l'histoire (voir ci-dessous pour plus de précisions sur les catholiques).

Il faut aussi mentionner l'influence en Inde de "gourous". Sans être forcément des sectes, il existe de nombreux mouvements plus ou moins spirituels autour de leaders qui ont un succès phénoménal. Certains gourous ont des millions d'adeptes autour du monde. Par exemple la fameuse Amma, qui prend les gens dans ses bras. Basée dans le Kérala elle a aussi beaucoup voyagé (notamment en France il y a un ou deux ans) et attiré des foules. Elle est apparemment à la tête d'oeuvres et de moyens colossaux.

une des sources sur les religions en Inde en général : http://fr.wikipedia.org/wiki/Religions_en_Inde


2/ Tolérance, dialogue ou syncrétisme ?


Au vu de cette diversité de religions et spiritualités, on ne peut que s'étonner du peu de problèmes religieux en Inde. Comme bien souvent, les tensions ont plus pour origines des différences socio-économiques ou des problèmes politiques : on nous explique ainsi que les chrétiens persécutés dans certains états l'étaient aussi parce qu'ils s'en sortaient mieux et suscitaient la jalousie. Il y a cependant aussi des fanatiques de tous bords qui cherchent à s'attaquer aux autres religions : ils font parfois malheureusement beaucoup de dégâts, suscitant la peur et la méfiance, alors qu'ils ne représentent qu'une toute petite minorité. (Dans les états où le parti nationaliste hindou BJP est au pouvoir, les fondamentalistes se sentent parfois "soutenus"...)

Ce qui est intéressant, c'est donc qu'il y a en Inde un grand respect pour la chose spirituelle, et une grande tolérance. Quand nous demandons de l'aide pour trouver une église ou une messe les gens nous prennent très au sérieux et nous aident, qu'ils soient évangéliques, hindous ou musulmans. Quand nous avons visité la dargah d'Ajmer - tombeau d'un saint soufi musulman -, c'était le jour de l'anniversaire de ce fameux saint, et donc le jour de plus grande affluence. Nous aurions pu être mal reçus, pointant notre nez le jour le moins pratique et le plus embouteillé. Pourtant on nous a fait passer devant avec le sourire. La plupart des temples sont ainsi ouverts à la visite. Certains fidèles sont parfois contents des visites et n'hésitent pas à s'intéresser aux visiteurs.

En discutant avec certains, les plus ouverts, on sent souvent l'idée intéressante que finalement toutes les religions, bien vécues, ont le même but ; que chaque religion offre, à travers un prisme particulier et ancré dans une culture, un chemin vers le même Dieu, ou si on préfère, le même esprit, la même énergie. Mais ce qui est intéressant c'est qu'on se rapproche non pas en diluant chaque religion dans un magma informe mais au contraire en creusant mieux chaque religion et en gardant sa spécificité. Et en ayant l'intelligence de chercher à saisir l'esprit de la lettre et non seulement la lettre.

Nous avons par exemple eu la chance de discuter avec une famille de sikh éclairée, et nous sommes sentis très proches de leurs conceptions d'égalité entre les hommes, de pacifisme, de prière et de relation constante à Dieu, de vérité à chercher, de différents points de vue sur un même dieu amour, de retrouvailles en dieu après la mort...

Nous avons rencontré dans le Kerala un type qui se dit à la fois catholique et hindou. De famille catholique, son père l'a rejeté quand il a épousé une hindoue (aujourd'hui ce genre de mariage mixte arrive couramment et est plus accepté). Posé, intelligent, cultivé (il écoutait sur youtube du marin marais, un compositeur français de l'époque de Louis XIV), il a dans son bureau des images de shiva et de la vierge marie. Féru de numérologie et d'astrologie, il dit aussi croire à la réincarnation, parler aux esprit et utiliser un pendule. Surtout, il est intéressant car il n'est pas dogmatique. Il grapille ce qui lui parle tout autour de lui, en recherche et fidèle à sa conscience. Pour lui la numérologie ou l'astrologie sont des outils, des indications - pas toujours fiables et à prendre avec recul - parfois utiles. Son but est d'aider ceux qui le souhaitent éveiller quelque chose en eux, et à les laisser suivre leur propre chemin.

Au Loyola College de Chennaï - une des meilleures universités d'Inde, gérée par les Jésuites -, on nous explique qu'il y a des étudiants de toutes les religions et que le but des formations est aussi de faire "d'un hindou un meilleur hindou, d'un musulman un meilleur musulman et d'un chrétien un meilleur chrétien". Nous avons la chance d'y rencontrer un théologien passionné de dialogue interreligieux. Né dans une famille chrétienne il a grandi avec des hindous jusqu'à 10 ans, puis a été formé chez les jésuites, est devenu prêtre et théologien. Nous lui parlons de l'importance des religions et spiritualités en Inde, et lui posons la question de la différence entre religion et superstition. Il nous explique que ce qu'on appelle superstition dépend de nous, que ce qui n'est pas encore appelé superstition le sera peut-être plus tard, et que l'important est de respecter le signe d'une foi, d'un élan spirituel. Pour ce qui est des phénomènes "paranormaux" ou "ésotériques" comme ceux de notre ami du Kérala, il est aussi étonnement ouvert : plutôt que d'en douter il dit "c'est possible". Il explique attacher beaucoup d'importance à l'expérience, et garder en tête qu'on ne maîtrise pas tout et qu'on ne connaît pas toutes les influences. Il précise qu'il n'y a pas une meilleure religion ou spiritualité : chacun, fidèle à ses racines et à sa culture, peut trouver Dieu quel que soit son chemin. Et l'Eglise établit que l'Esprit peut souffler aussi à travers les autres religions, hors de l'église catholique ou hors de la chrétienté.

Cela sonne d'ailleurs un peu comme les affirmations de Gandhi, qui se disait hindou, chrétien et musulman et juif à la fois. Ou comme le dalaï-lama qui a déclaré : "Il ne sert à rien de changer de religion ; toutes les religions ont du bon", et qui a invité en 2006 les chrétiens à pratiquer « sincèrement » leur religion, plutôt que de se convertir à la sienne.

Toujours suivant ce théologien rencontré à Chennaï, l'Esprit de Dieu n'est donc pas obligé de dire la meme chose à tous : il parle à chacun à sa façon, d'une façon appropriée. En conséquence, dit-il : "Si dieu a parlé à un autre, cet autre n'est pas tout à fait étranger à moi" et : "Je dois etre fidèle à la manière dont Dieu m'a approché, mais je peux écouter Dieu à travers l'autre."

Ce qui est donc particulièrement intéressant, c'est l'idée que toutes les religions ont quelque chose à apporter à une recherche commune. Toute l'idée de l'inculturation chez les catholiques et du dialogue interreligieux en général est bien d'avancer grâce aux éclairages et apports des uns des autres. Et de proposer le résultat à la société. Et c'est notamment ce qui est fait chaque année depuis 25 ans par les rencontres dites "d'Assises".
http://www.la-croix.com/Religion/S-informer/Actualite/Benoit-XVI-renouvelle-l-esprit-d-Assise-_NG_-2011-10-27-728644
http://www.la-croix.com/Religion/S-informer/Actualite/Marche-interreligieuse-pour-la-paix-sous-les-tours-de-la-Defense-_NG_-2011-10-25-727635
http://rome-vatican.blogs.la-croix.com/jetais-a-assise/2011/10/27/


3/ Les catholiques


Nous avons trouvé des catholiques en Inde à peu près partout où nous sommes passés - bien que parfois très minoritaires et peu visibles comme dans le Rajahstan (apparemment ce sont des capucins français qui ont évangélisé Jodhpur en 1934), à Agra ou à Varanasi. En passant dans la ville de Mysore, nous avons été surpris d'y découvrir l'immense cathédrale sainte Philomène, qui nous rappelle presque une cathédrale française comme Strasbourg. Elle a en effet été construite par un évêque français, un certain René Feuga. A Chennaï nous avons rendu visite à la tombe de St Thomas (l'apôtre, celui qui n'a pas cru sans avoir vu), une cave moderne et sans charme mais qui a le mérite d'être calme. Nous avons aussi régulièrement croisé différentes oeuvres catholiques, dont celles des Missionnaires de la Charité - les soeur de Mère Teresa -, avec qui nous avons passé du temps à Kolkatta.

Nous sommes passés par deux états très catholiques, ceux de Goa et du Kérala :

GOA
Dans l'état de Goa, la situation est très différente du reste de l'Inde : si l'état est peuplé à majorité d'hindous, il y a cette fois-ci 28% de catholiques (et 5% de musulmans). La colonisation portugaise a converti (parfois de force) de nombreux indiens, qui portent aujourd'hui des noms portugais pris au moment de la conversion de leur famille. L'ancienne ville de Goa a été appelée un temps la "Rome de l'Est", à cause de son importance - elle a été une des plus grandes villes du monde-  et de la quantité et de la taille de ses églises. Il ne reste aujourd'hui à cet ancien emplacement que les immense bâtiments religieux magnifiques - cathédrales, églises et couvents -, témoignant de la grandeur de cette ville aujourd'hui recouverte par la végétation.

Nous rencontrons les jésuites de Panjim - la capitale de cet état -, ouverts, modernes et très sympas. Ce sont des indiens aux noms portugais, d'âges et d'expériences variées, tous très éduqués, parlant plusieurs langues. Parmi les langues non-indiennes parlées par les jésuites autour de la table à laquelle nous sommes assis, il y a l'anglais, le français, l'allemand, l'italien, l'espagnol et le swahili... Nous parlons de relations avec les autres religions, et notamment avec l'hindouïsme : ils nous racontent qu'il y a une "église - temple", qui reprend des éléments hindous dans la présentation et le fonctionnement - pieds nus, fleurs... - pour assurer une sorte de pont entre chrétiens et hindous. Ils nous précisent surtout que si au départ les missionnaires avaient été très stricts dans la différenciation entre catholiques et hindous croyants à Jésus, ce sont aujourd'hui plutôt les fidèles catholiques - et non le clergé - qui ont un peu peur de dresser des ponts...

KERALA
En arrivant à Cochin dans le Kerala - autre région très chrétienne -, l'ambiance est différente : nous passons de nombreuses églises, universités tenues par des religieux, un bâtiment de la société St Vincent de Paul. Mais nous passons aussi une "Jesus driving school", et des magasins "St Mary leather products" et "St Anthony electricals" !

Le Kerala est très chrétien puisqu'il y a 19% de chrétiens (aux côté de 24% de musulmans et d'une majorité d'hindous). Mais les chrétiens du Kerala sont particulièrement intéressants car ils sont très variés. Le Kerala est la région où  St Thomas apôtre est arrivé en 52 après J-C. Il a converti des gens à ce moment-là avant de voyager vers le Tamil Nadu (autre état indien) et d'y être assassiné. D'autres chrétiens de rite byzantins sont venus au 4ème siècle aussi de Terre Sainte en suivant un autre Thomas. Résultat, il y a aujourd'hui parmi ces chrétiens une majorité de catholiques romains (arrivés avec les portugais au 16e siècle), des catholiques syro-malabar (des catholiques datant du passage de st thomas, avec leur rite oriental propre mais adapté, romanisé depuis l'arrivée des portugais), des chrétiens syro-orthodoxes (a priori des chrétiens datant du passage de st thomas ou de la vague arrivée au 4ème siècle, mais orthodoxes et dont le rite n'a évidemment pas été romanisé par les portugais) et des catholiques syro-malankar (des chrétiens de rite byzantin, très proches du rite orthodoxe, qui n'ont rejoint l'église catholique qu'en 1930). Il y a même d'autres variantes, dûes aux différentes influences, aux schismes et recompositions... C'est du coup assez compliqué mais intéressant, et surtout très riche de rites variés.

Finalement nous avons visité des églises syro-orthodoxes et syro-malabares. Nous avons logé dans une maison d'hôte tenue par une famille syro-orthodoxe très pieuse et très profonde, mais très humble et très ouverte. Nous avons assisté à une messe syro-malabare en mayalayam (et en arabe ?) moins évidente à suivre quand on ne comprend pas la langue, et rencontré un prêtre et un séminariste syro-malabar. Tous nous ont semblés relativement proches.

En allant à la messe en Inde, nous avons senti différents styles et attitudes : à certains endroits on se déchausse dans les églises, comme pour les temples hindous. A d'autres, les chants sont très "pop" et le niveau sonore très excessif. A d'autres, le rite traditionnel un peu obscur pour nous semble très important. Si certains semblent un peu identitaires, nous rencontrons aussi des gens à l'ouverture et à la vision qui nous impressionne. Le pays est immense et toutes les régions ne sont pas aussi "avancées". Dans tous les cas il existe des congrégations indiennes, des régions dans lesquelles le catholicisme est très implanté, et partout un dynamisme et une écoute spirituelle très vifs : on sent que l'Inde va peser dans l'Eglise de demain (à l'image de ce qui se passe chez les jésuites : il y a aujourd'hui 4 000 jésuites indiens, sur 20 000 dans le monde).


4/ Quelques citations pour illustrer les fruits du dialogue interreligieux


Jules Monchanin (prêtre catholique), Henri Lesaux (bénédictin breton), Bede Griffith (bénédictin anglais), Raymond Panikkar (prêtre catholique indo-catalan), sont tous des religieux catholiques ayant tenté de mieux comprendre et même de vivre l'hindouisme à partir du milieu du XXème siècle. Voici quelques unes de leurs citations les plus intéressantes :
«Je suis parti chrétien, me suis découvert hindou et retourne bouddhiste sans avoir cessé d’être chrétien.», Raymond Panikkar
«Plus nous osons cheminer sur des sentiers nouveaux, plus nous devons rester enracinés dans notre tradition et ouverts aux autres, à ceux qui nous font savoir que nous ne sommes pas seuls et nous permettent d’acquérir une vision plus ample de la réalité», Raymond Panikkar
"Toute l'histoire de la Chrétienté est une histoire d'enrichissement et de renouveau apporté par des éléments qui venaient en dehors d'elle; si l'Eglise veut vivre, elle ne devrait pas être effrayée d'assimiler des élements qui viennent d'autres traditions religieuses, dont elle ne peut plus ignorer l'existence", Raymond Panikkar
« Il s'agit, non de s'adapter par tactique aux coutumes de l'Inde, mais de s'assimiler par amour ce que l'Inde a d'essentiel dans les modes de son expérience spirituelle, de sa pensée, de sa vie consacrée. La tâche immense qui nous sollicite est de repenser toute l'Inde en chrétien et le christianisme en indien. La greffe de la révélation que les Pères grecs ont faite jadis sur la pensée hellénique, doit être tentée aujourd'hui sur la pensée indienne.", Jules Monchanin
"Ce que l'Inde apporte finalement à la Chrétienté, c'est essentiellement une profonde purification de la notion de Dieu, de nos manières de pensée et des formes auxquelles nous identifions la Chrétienté.", Henri Lesaux
"Pour trouver Dieu en réalité, il faut descendre jusqu'à cette profondeur de soi où l'homme n'est plus qu'image de Dieu ; là même où au jaillissement de soi, il ne se trouve plus que Dieu.", Henri Lesaux
"L'esprit qui nous révèle Dieu est ce murmure indicible en quoi s'achève la parole.", Henri Lesaux
"Le péché n'est pas ce qu'en font les moralistes. L'état de péché c'est d'être distant de Dieu.", Henri Lesaux
« J’ai découvert le Graal. Et cela je le dis, l’écris, à quiconque peut saisir l’image. La quête du Graal n’est au fond que la quête du Soi. Quête unique signifiée sous tous les mythes et symboles(...) Et pour cette quête, on court partout, alors que le Graal est ici, tout près, il n’y a qu’à ouvrir les yeux. », Henri Lesaux
"Le plus gros obstacle dans la vie est la place de notre volonté égoïste; soumettre notre ego est la chose la plus difficile que nous puissions faire, c'est la chose la plus essentielle aussi.", Bede Griffith

Dernières citations de Kabir, un mystique du 15ème siècle, inclassable entre Islam et Hindouïsme, qui célèbre l'Amour dans de nombreux poëmes, et a notamment beaucoup inspiré les gurus fondateurs du sikhisme ainsi que Gandhi :


-  "Aussi longtemps que l'homme réclamera le Moi et le Mien, ses oeuvres seront comme zéro"
-  "Bénarès est à l'est, La Mecque à l'ouest; mais explore ton propre coeur, car il y a là et Rama et Allah."
-  "Je ris quand j'entends dire que le poisson dans l'eau a soif.
    Tu ne vois pas que le réel est dans ta maison
    Et tu erres insousciant de forêt en forêt.
    Chez toi est la vérité !
    Vas où tu veux, à Bénarès ou a Mathura :
    Si tu ne trouves pas ton âme, le monde pour toi est sans réalité"
-  "Ô Seigneur incréé, qui Te servira ?
    Chaque fidèle adore le Dieu qu’il se crée ; chaque jour il en reçoit des faveurs.
    Aucuns ne le cherchent Lui, le Parfait, Brahma, l’indivisible Seigneur.
    Ils croient en dix Avatars; mais un Avatar, 
    endurant les conséquences de ses actes, ne peut être l’Esprit infini.
    L’Un Suprême doit être autre.
    Les Yogi, les Sangasi, les Ascètes se disputent entre eux.
    Kabir dit : « Ô frère, celui qui a vu le rayonnement de son amour, celui-là est sauvé ! »"

Des liens vers leurs biographies :
http://www.raimon-panikkar.org/francese/biografia.html
http://www.bedegriffiths.com/bede-griffiths/
http://www.monasticdialog.com/a.php?id=751
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Monchanin
http://www.fraternet.com/magazine/etre3009.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Kab%C3%AEr

Quelques réflexions en quittant l'Inde


L'Inde est un véritable continent : différent, complexe, passionnant, exigeant, fatigant et spirituel. En 2 mois nous y avons été submergés, étonnés, énervés et touchés.
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Submergés :
L'intensité du spectacle dans ce pays est incroyable. Tous les sens y sont sollicités, dans une mesure bien plus importante que dans d'autres pays. En ville, il est courant de devoir se frayer un chemin dans la masse de passants, faire attention où l'on marche, contourner un tas d'ordures ou un trottoir défoncé tout en faisant attention aux voitures bruyantes et klaxonnantes mais aussi aux rickshaws plus silencieux mais pas moins dangereux quand ils sont lancés. Les couleurs des saris des femmes ou des étals sont très vives et magnifiques, les visages et les allures sont souvent remarquables, mais on croise aussi des éclopés et des malades aux aspects les plus repoussants, ou des gens qui font leurs besoins dans la rue. Des odeurs d'encens, d'épices ou d'urine surgissent et nous prennent au nez. Le bruit est en général d'un niveau très élevé, avec des pointes insupportables pour nous - notamment de klaxons sur-performants utilisés à tout bout de champ. On se frotte aux gens dans les zones denses aux heures de passage, ou dans les rassemblement politiques ou religieux. On se déchausse souvent pour pénétrer pieds nus dans un temple ou une maison. Enfin, la cuisine est excellente, mais gare aux épices ! Pour des occidentaux, cette intensité est épuisante. D'autant plus qu'on est souvent aussi alpagué ou sollicité car on éveille la curiosité et les intérêts financiers.


Étonnés :
Le pays est immense, extrêmement peuplé, avec des cultures, religions, et conditions de vie très variées; fascinant, plein de contrastes, et difficile à cerner. Quand on tire une conclusion sur ce pays, son contraire est très souvent vrai aussi. On est pas sûr de tout saisir, de tout comprendre et de tout assimiler.
En voyageant en Inde, on a plus qu'ailleurs l'impression de voyager dans le temps : bien sûr en visitant des sites culturels extrêmement anciens dans lesquels on a aucune peine à s'imaginer le passé. Mais aussi et surtout dans la vie de tous les jours où nombre de choses nous paraissent fonctionner comme au moyen-âge. En voyant l'état des routes, la propreté des gares et des trains, la qualité des véhicules utilisés, des comportements à nos yeux aberrants, l'Inde semble parfois encore archaïque. Par beaucoup d'aspects plus proche de l'Afrique que de la Chine dont elle aimerait pourtant se rapprocher.
A notre arrivée à Delhi depuis la Chine nous nous sommes étonnés de ne voir que très peu de signe de modernité : il n'y a presque aucun immeuble à Delhi, tout juste quelques centres commerciaux et gratte-ciels à Gurgaon, le nouveau centre économique voisin (équivalent de la Défense). Mais cela reste très modeste à côté du centre économique de la moindre ville chinoise... Nous nous étonnons de la fermeture économique du pays, bien plus importante que ce que nous imaginions : à part KFC, coca et pepsi, nous avons l'impression de ne pas trouver facilement de produits étrangers. On nous explique que les taxes d'importation sont très élevées, qu'il est par exemple interdit pour les grands groupes de distribution étrangers (wal-mart, carrefour) de faire du B2C, que les constructeurs de voitures ont été obligés de s'allier à des constructeurs indiens pour essayer de pénétrer un peu le marché. Une fermeture économique qui ne profite pas forcément aux indiens en général...
Pendant notre voyage nous avons aussi été souvent étonnés par le fait que de nombreux indiens nous ont semblé agir en suivant une sorte d'impulsion intérieure, sans prendre en compte la réalité extérieure. Nous nous sommes plusieurs fois fait aborder par un chauffeur de taxi, le regard plein d'espoir : "airport ?". Nous n'avons pas nos bagages et n'avons pas l'air de chercher de taxi : Il a juste vu des blancs et pour lui les blancs rimant avec argent, il leur propose la course la plus chère. Un autre type vend des coussins gonflables dans la rue : il ferait un carton près d'une gare mais il n'y a pas pensé, il s'est mis entre les jouets pour enfants et les brosses à dent dans un passage miteux où il passe autant de gens que partout ailleurs. Dans un train, un type passe pour vendre des cotons-tiges...
En lisant le journal un matin, nous tombons sur une brève qui explique que désormais dans le Punjab, une indemnisation de 1 lakh de roupies (~1500 €) sera donnée aux famille dont un des membres décéderait d'une morsure de serpent. Pas besoin de beaucoup d'imagination pour entrevoir les abus que cela risque de générer. Dans la même veine nous lisons autre part que pour lutter contre le phénomène des femmes battues un gouvernement local a décidé de rétribuer d'une certaine somme toute femme battue qui "répondrait" à son mari et le battrait en retour...

Peut-être que le manque d'éducation de qualité pour tous explique un certain manque de pragmatisme. Mais on nous explique aussi que dans le monde du travail il est assez courant que des gens se prennent pour ce qu'ils ne sont pas.

Énervés :
Dans certains endroits, pas forcément touristiques pourtant, nous nous heurtons à une mentalité de petite arnaque qui nous fatigue. Les petites tromperies pour touristes peuvent paraître courantes, mais elles nous semblent particulièrement répandues en Inde (bien plus qu'en Chine ou qu'en Afrique), et symptomatiques d'un état d'esprit plus problématique.
Ainsi il nous faut parfois demander à 15 taxis avant de tomber enfin sur un conducteur qui accepte d'utiliser son compteur au lieu de nous demander un tarif exorbitant au prétexte que nous sommes blancs. En achetant des bouteilles d'eau à la gare, on nous demande un prix plus élevé que le prix officiel pourtant affiché en évidence. Quand on le lui fait remarquer, le vendeur a le petit sourire d'un adolescent qui sait très bien qu'il est dehors de la règle mais qui n'a pas peur. Il essaie juste de grappiller.
Nous allons rendre visite à une ONG. L'auto-rickshaw a du mal à trouver l'adresse. Il nous explique alors tout à coup que cette ONG n'existe peut-être pas : selon lui 90% des ONG en Inde sont factices, et consistent juste en une façade miséreuse à montrer à des étrangers pour les transformer en généreux donateurs...
A Agra nous voulons prendre un auto-rickshaw (tricycle couvert à moteur) et nous négocions le prix qu'on nous propose à cause de nos têtes de touristes. Le conducteur nous dit "ok, je baisse le prix mais alors vous vous laissez amener dans un magasin pour touristes, vous restez 10 minutes sans rien acheter si vous ne voulez pas, et comme ça je touche 50 roupies de commission de la part du magasin pour vous avoir amené, et ça compense". Ce système de commissions est très développé, et les guides ou chauffeurs emmènent souvent leurs clients là où la commission est la meilleure - évidemment répercutée sur les tarifs - et non là où ils auront le meilleur service et le meilleur prix.
A Mysore nous visitons le palais et ses jardins en entrant par le côté sud, l'entrée officielle. Mais terminant notre promenade au niveau de l'entrée nord nous demandons à tout hasard aux gardes - qui se prélassent à l'ombre sur des chaises - si ils peuvent nous ouvrir car cela nous économiserait du chemin. "Impossible", répondent-ils. Pas de problème nous ferons le tour. Mais l'un d'eux nous hèle et nous explique que si nous laissons un petit pourboire nous pourrons passer... Outrés, nous refusons.

En tant que touriste de passage on peut trouver que l'Inde n'est pas chère pour nous et que finalement tout s'achète. On peut fermer les yeux sur les commissions en se disant qu'on est tout de même content et en achetant sa tranquillité. Mais quand on achète quelque chose on a une responsabilité : notre façon de dépenser notre argent à une réelle influence. On cautionne ce pourquoi on paie, en quelque sorte on vote pour ça. En jouant le jeu d'un système de petites rapines, de commissions, de détournement ou de petite corruption, on encourage des comportements dramatiques pour l'Inde. Car les gens bernés ne sont pas uniquement les touristes blancs mais tous les visiteurs (et les touristes, visiteurs ou migrants indiens représentent bien plus de monde). Et si tous ces montants ne sont pas importants pour nous, ces attitudes faussent l'économie, en augmentant les prix au détriment des plus pauvres. De la même manière on nous explique qu'en Inde beaucoup de choses fonctionnent avec des passe-droits. Et comme cela devient une habitude, les classes moyennes se font systématiquement rackettées, et les plus pauvres ne peuvent tout simplement pas accéder aux services les plus élémentaires qui sont censés être publics et même parfois gratuits, car ils n'ont pas les moyens de payer le "pourboire" ou la commission qui "facilite" la démarche.
Cette mentalité, qui consiste à piquer ce que l'on peut en fonction du pouvoir ou de l'information que l'on a et que le client n'a pas, est sans doute un des problèmes les plus dévastateurs qui ralentit le développement indien.

Touchés :
Si nous avons rencontré de nombreux filous en Inde, nous avons aussi rencontré des gens souriants, curieux, fins et accueillants partout, quelles que soient leurs origines ou leurs statuts. Beaucoup d'indiens croisés ont juste voulu nous prendre en photo (ou se faire prendre en photo par nous ou avec nous), mais beaucoup se sont aussi enquis de notre état en nous apercevant dans la foule, avec une délicatesse rare.
La famille et la communauté sont très importantes en Inde : si le mariage arrangé a encore beaucoup cours en Inde, c'est surtout parce que les jeunes, même très éduqués et ayant travaillé à l'étranger, font confiance à leurs parents. Ils pensent que ceux-ci les connaissent mieux qu'eux-mêmes et qu'en voulant leur bien ils sauront trouver le meilleur partenaire (aujourd'hui en général les jeunes doivent valider le choix parental et ne sont pas forcés !). Et l'Inde nous rappelle encore l'Afrique lorsque nous découvrons à quel point certains indiens sont choqués par le concept de maison de retraite : pour eux, les grands-parents doivent vieillir et mourir dans la maison familiale ou chez un de leurs enfants.
Enfin les indiens sont très spirituels. Les croyances des uns et des autres sont très respectées. Il y a une grande ouverture, et l'idée que chacun peut suivre son chemin. Ce côté spirituel est un point qui nous semble primordial et que nous développerons séparément.
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Nous installerions-nous en Inde ? Pas évident. Pour s'installer en Inde il faut un "kit de survie" : un minimum de confort et de propreté dans un endroit calme, de la patience, de la rondeur, et surtout de l'humour !

Florilege de petites citations d'Inde


"This is india !", une exclamation en forme d'explications parfois teintée d'humour, d'excuse ou de fatalisme, donnée en général par un indien qui voit notre questionnement face à un phénomène pour nous exagéré, absurde ou incompréhensible. Cela signifie aussi "ne t'énerves pas, tu ne pourras rien changer".

"En Inde, quand on tire une conclusion, son contraire est très souvent vrai aussi", beaucoup de gens rencontrés.

"Time is money, life is value", lue dans la rue.

"Yes madam !", l'interjection introductive favorite des vendeurs qui croisent notre regard et pensent qu'en nous collant il vont nous faire acheter quelque chose.

"Je klaxonne donc je suis", la devise des conducteurs de tout véhicule à Kolkatta.

"Bouge pas, ici ça ne marche pas comme ça", mon voisin de bus alors que je m'apprête à laisser ma place à une femme à Mysore

"Oui mais ici c'est pas grave", nos voisins de train quand nous refusons de jeter nos déchets en plastique par la fenêtre en pleine nature.

"Si on a une fille dans la famille, c'est 3 générations qui deviennent esclaves." dicton au sujet de la pratique de la dot.

"En Inde, on est toujours la fille ou la femme de quelqu'un." Neeru, une féministe qui s'indigne qu'on lui ait demandé une lettre de son mari pour avoir le droit d'emmener son fils en vacances à l'étranger.

"Tout ce qui n'est pas donné est perdu" - proverbe indien et titre d'un livre du père Ceyrac.

"On ne connait pas un pays, un peuple ou une personne tant qu’on ne connait pas ses problèmes." - père Ceyrac.

"On ne trouve pas le bohneur en lui courant après. On trouve le bonheur en vivant une vie qui a du sens."- Harold S. Kushner.

"Mieux vaut allumer une bougie que de maudire l'obscurité" - proverbe chinois.

"Le plus gros obstacle dans la vie est la place de notre volonté égoïste; soumettre notre ego est la chose la plus difficile que nous puissions faire, c'est la chose la plus essentielle aussi." Bede Griffith, un moine catholique anglais qui a créé un ashram (~une communauté) dans le sud de l'Inde et a notamment creusé des points communs entre l'hindouisme et le christianisme.

Citations de mère Teresa :

"Nous sommes conscients que notre travail n'est qu'une goutte dans l'océan, mais je pense que l'océan serait ammoindri sans cette goutte."

"Ce qui compte ce n'est pas la quantité de choses qu'on fait, mais la quantité d'amour avec lequel on les fait."
"Si on passe notre temps à juger les gens, on ne trouve plus le temps de les aimer."

"La faim d'amour est bien plus dificile à rassasier que la faim de pain."

"Si on ne peut pas nourrir cent personnes, nourrissons en déjà une."

"Life is an opportunity, benefit from it. Life is beauty, admire it. Life is bliss, taste it. Life is a dream, realize it. Life is a challenge, meet it. Life is a duty, complete it. Life is a game, play it. Life is a promise, fulfill it. Life is sorrow, overcome it. Life is a song, sing it. Life is a struggle, accept it. Life is a tragedy, confront it. Life is an adventure, dare it. Life is luck, make it. Life is too precious, do not destroy it. Life is life, fight for it."
Mother Teresa

Monday, October 24, 2011

L'Inde en quelques chiffres et photos




Voici nos photos préférées d'Inde : https://picasaweb.google.com/111032676319290923536/Inde


7354 fois où on nous a demandé de quel pays on était, 19372 photos de nous prises par de parfaits inconnus, 328 lassis bus (essentiellement par Clem), 3 fois où on s'est fait tremper par la mousson (dont une en plein désert à Jaisalmer, ou il ne pleut jamais), 514721 personnes à la manif anti-corruption d'anna hazare, 11 trains pris, 421 sweet lime sodas, 9 nuits passées dans un train ou un bus, 2521 "yes? Yes madam? You want rickshaw? Souvenir? Boatride? Good price! Yes madam?", 8 palais de maharajas vus, 2731 photos prises du taj mahal, 9 propositions d'achat d'herbe à Mysore, 1 jour à sillonner l'ancienne cité de Vijaynagar en moto (et 1 accident de moto), 182 plats indiens goûté et adoré, 16 jours de deuil du gros appareil photo (mais il a pu être réparé : ouf!!), 1377 draps lavés à la main dans les centres Prem Dan et Khalighat des missionnaires de la charité (en 4 jours), 20 jours de silence total et de méditation qu'il nous faudra pour nous remettre du bruit en Inde


Les femmes indiennes sont incroyablement élégantes dans leurs beaux saris colorés, nous les avons collectionné : https://picasaweb.google.com/111032676319290923536/CollectionDeSaris

Quelques choses vues, qui se passent de commentaires : https://picasaweb.google.com/111032676319290923536/NoCommentInde

Enfin, la mosaïques de nos belles rencontres :

Friday, October 21, 2011

Mercis Indiens


 Merci à Alban de nous avoir donné plein de tuyaux, et des contacts pour l'Inde. Merci à Bruno de nous avoir si généreusement hébergé à Delhi, et de nous avoir ouvert son carnet d'adresses, à Anne-Frédérique de nous avoir mis en contact avec ses amies indiennes et de nous avoir gentiment reçu à déjeuner, à Abha, Neeru, et sa belle-mère de nous avoir parlé de la place de la femme en Inde, des mariages arrangés, et des problèmes de société. Merci à Anupam et Esha, de nous avoir fait découvrir le vieux Delhi de nuit, et parlé de la vie culturelle à Delhi, à Monica, jeune photographe rencontrée à la manifestation de Anna Hazare, de nous avoir envoyé ses superbes photos, et donné plein de bons plans. Merci à Sandeep pour une soirée sympathique à nous parler du monde des start-ups en Inde. Merci à Brigitte et Eric d'être venus nous retrouver en Inde, et de nous avoir permis de vivre une vie de maharaja pendant quelques jours (ça nous a pas mal changé de standing !) et de nous avoir permis d’alléger nos sacs. Merci à Raju, leur chauffeur de nous avoir épargné accidents, à-coups, klaxons à excès, et d'avoir conduit comme un champion dans la mousson. Merci à Ruth et Dimitri de leur accueil à Mumbai, ainsi qu'à Armelle et Maxime, d'avoir pris le temps de nous faire faire un tour hyper intéressant de la ville, et de mieux comprendre leur vie d'expatrié en Inde. Merci à Laura et Balaji pour le très sympathique déjeuner au Britannia. Merci à Chandraprakkash et Kusum pour leur accueil et la promenade sur la plage de Juhu. Merci aux pères jésuites de Panjim pour leur accueil et leurs vision du catholicisme à Goa. Merci à M Walton de Kochi pour ses conseils de philosophie, astrologie, numérologie, et en religion. Merci à George de Kottayam pour son accueil et ses explications sur les différentes formes de christianisme au Kerala, ainsi qu'à Dai sa femme pour sa leçon de cuisine. Merci au père Michael de nous avoir parlé de dialogue inter-religieux en Inde. Merci aux sœurs Missionnaires de la Charité pour leur gentillesse, leur accueil, le travail formidable qu'elles accomplissent. Merci aux volontaires français : Tiphaine, Francesco, Ghislaine et Martial, Etienne, qui nous ont aidé à trouver nos marques dans les centres où nous travaillons. Merci à M Martinez de nous avoir accueilli à l'Alliance Française de Kolkata. Merci de nouveau à Anne-Frédérique et toute sa famille pour le sympathique dîner à Calcutta. Merci au père Sam de nous avoir rejoint pour quelques jours en Inde. Merci à José et aux sœurs de Nirmala de leur aide. Merci à Anaïs et Agnès de nous avoir accueilli à Tomorrow's Foundation et permis d'assister à leurs cours. 

Thursday, October 20, 2011

Etre une femme (en Inde)


En Inde, il fait bien mieux être un garçon qu'une fille, et cela pour deux raisons principales :


- La dot : C'est l'élément principal qui fait que la naissance d'un garçon est très clairement souhaité et la naissance d'une fille redoutée. En effet, en Inde où la grande majorité des mariages sont encore des mariages arrangés (quelle que soit la religion), la tradition veut que la famille de la jeune fille donne à sa fille des bijoux et un magnifique sari brodé d'or pour son mariage, ainsi que de nombreux cadeaux à sa future belle-famille (habits, montres, moto, sommes d'argent liquide... cela fait l'objet de négociations intenses), et paie la totalité de la réception. De nombreuses familles sont obligées de s'endetter pour pouvoir marier leur fille/sœur/cousine. Il existe même le dicton suivant : « Si on a une fille dans la famille, c'est 3 générations qui deviennent esclaves ». Depuis les années 1970, il y a une loi pour interdire la réclamation d'une dot par la famille du garçon, mais cela n'a rien changé à la pratique.


- Le rôle familial et religieux d'un garçon : Après son mariage, la fille partira dans sa belle famille, ce qu'explique parfaitement un des personnages de « La Cité de la Joie » de Dominique Lapierre : «Ma fille ne m'appartient pas, elle m'a été prêtée par Dieu jusqu'à son mariage. Elle appartient à celui qui sera son mari». (On notera que quoi qu'il en soit, la fille doit appartenir à quelqu'un, que ce soit son père ou son mari, il n'est pas question d'être libre). Le garçon lui ne quittera pas sa famille : il restera habiter chez ses parents tant qu'il y a de la place, et il gardera ses parents chez lui dans leur vieillesse. Il leur procurera une aide domestique (sa femme) et c'est sur sa descendance que trônera la grand-père, patriarche familial. De plus, dans la religion hindoue, il est important de bien accomplir les rites funéraires de crémation afin d'être réincarné de façon favorable dans une prochaine vie. Or, seul un garçon peut accompagner le corps d'un parent sur le bûcher funéraire, ce rôle étant interdit aux femmes, c'est une raison de plus de le garder près de soi (et de bien le traiter).


Ces 2 causes principales ont des conséquences

- Avortement sélectif. Comme en Chine, il est strictement interdit aux médecins de communiquer à des futurs parents le sexe de leur enfant à naître. Seulement, en Inde, tout devient possible avec un backshish, et l'infanticide de petites filles est malheureusement monnaie courante. Et ce n'est pas qu'une question de pauvreté ou d'éducation : certaines familles riches (et éduquées), vont même faire une insémination artificielle en Thaïlande où l'on peut choisir le sexe de son future enfant. Et il demeure qu'aujourd'hui, dans certaines régions, le déficit de filles commence à se faire sentir, et ne tardera pas à poser de graves problèmes de société. (remarque : il y aura peut-être une retombée inattendue : la fin de la pratique de la dot pour les familles ayant une fille à marier...?)

- Education. Quand on a les moyens d'éduquer un enfant mais pas tous, c'est bien évidement celui qu'on va garder que l'on envoie à l'école (alors que la fille va appartenir à sa belle famille). Il y a une différence d’alphabétisation importante entre garçons et filles dans la plupart du pays : parfois l'écart est de plus de 30% ! Or de nombreuses études démontrent le lien entre l'augmentation du niveau d'éducation des femmes, la baisse de la surpopulation (gros problème en Inde) et le développement économique d'un pays. Autant dire que que le choix de ne pas éduquer les petites filles est lourd de conséquences.

- Cercle vicieux. Comme c'est par son fils qu'une mère acquiert statut et respect dans sa belle-famille, celle-ci a tout naturellement tendance à favoriser celui-ci au détriment de ses filles. Lui sera toujours servi le premier, aura des morceaux de choix, tandis que ces dernières devront se lever à l'aube pour aider aux tache ménagères, seront toujours les dernières servies, etc. En témoigne cette scène vue dans un train bondé : un jeune couple et leurs deux enfants (un petit garçon de 3 ans et une petite fille de moins d'un an) montent à bord. Le père arrive à trouver un coin de couchette où il s'assied avec son fils, la mère reste debout avec son bébé dans les bras. Il faudra que Clem aille demander à son voisin de déplacer son sac à dos qui prend de la place sur la couchette pour que la mère puisse s’asseoir, cela ne choquait absolument personne. Et le cercle vicieux se propage de génération en génération car plutôt que de tenter de rétablir l'équilibre entre leurs enfants, les mères sont les premières à perpétuer ce genre de comportement injuste.

Mais attention : en Inde, tout est vrai ainsi que son contraire. L’Inde à eu une femme présidente (Indira Gandhi, fille du premier président Nehru) dès les années 1960, et le personnage politique le plus influent du pays aujourd'hui n'est autre que Sonia Gandhi, la belle-fille d'Indira. Des millions de jeunes femmes vont travailler et gagner leur vie dans les plus grandes villes du pays chaque jour. Elles prennent souvent pour ce faire un train ou un métro comportant un ou plusieurs wagons « réservés aux femmes ». C'est également une femme indienne qui est à la tête du gigantesque groupe Pepsico dans le monde. On ne peut donc pas dire que les choses ne changent pas. 

Mais si on voit une évolution des mentalités dans les villes, à cause de l'influence occidentale et d'une meilleure éducation tant des parents que des enfants, ce n'est pas le cas dans les zones rurales. Comme nous l'a dit un jeune jésuite, ce n'est pas une ou deux générations qu'il faudra pour faire changer le statut des femmes dans les campagnes, c'est plutôt 10 ou 15...

Wednesday, October 19, 2011

Varanasi


varanasi au coucher du soleil
des fidèles font leurs ablutions dans le Ganges

Varanasi (aussi appelée Benares), ville quatre fois millénaire, qui aurait été fondée par le dieu Shiva lui-même. Ville sainte pour les hindous s'il en est une ! Le fleuve Gange y coule, et selon la tradition hindoue, qui s'y baigne, et s'y fait cremationer, peut échapper à l'éternel cycle de la réincarnation.



crémation vue de loin
Nous y sommes allé avec le père Sam, que nous avons rencontré au Malawi, à Nkhata Bay, et qui à choisi de nous rejoindre pour quelques temps en Inde pour ses vacances annuelles. Vieille ville de ruelles étroites, interdites aux voitures et rickshaws, nous respirons, enfin loin des coups de klaxon incessants des grandes villes indiennes. Nous nous perdons de nombreuses fois dans les ruelles, à la recherche de notre hôtel, slalomant entre les vaches qui bouchent le chemin. On débouche sur les ghats, grandes marches en pierre qui descendent dans l'eau. Il y a une centaine de ghats à Varanasi, et chaque escalier a une fonction rituelle pour les hindous : à celui-ci on se baigne (l'eau est pourtant très polluée, et bien sale), à tel autre on fait son linge, encore plus loin s’agglutinent plein de petites embarcations pour pèlerins et touristes. On déboule sans le vouloir sur le ghat de crémation : des grandes bûches s'empilent partout  et l'air est très chaud et très enfumé. Normal : 4 corps sont en train d'être brûlés en ce moment même. Les membres masculins de la famille ont apporté les corps, et regardent tandis que le brahman (prêtre hindou) accompli les derniers rites. Il est bien entendu interdit d'y prendre des photos.


  Nous faisons un tour en bateau sur la rivière au coucher du soleil. Le château d'eau près de l'embarcadère porte les marques de la crue de la mousson, il y a quelques semaines, au moins 3 mètres au dessus de nos têtes. Le long de la rive se découpent les silhouettes des temples de la ville, d'une mosquée, et des palais décrépis construits jadis par des maharadjas venus mourir dans la ville sainte. Une fois le soleil couché, nous assistons depuis l'eau à une "Puja" célébration de dévotion hindoue, qui se déroule sur le ghat principal. Une dizaine de brahmans, installés à intervalles réguliers sur des petites plate-formes en bois surélevées, chantent, soufflent dans une sorte de corne/coquillage, encensent la foule recueillie, puis prennent de grands chandeliers et les font tournoyer au son rythmé du tambour local. Sur l'eau, des bateaux de pèlerins lâchent de petites bougies flottantes qui forment autant d'îlots de prières s'en allant avec le courant.

Puja au bord du Ganges






Non loin de là, à une dizaine de kilomètres, se trouve un autre lieu saint, pour les Bouddhistes cette fois. C'est sous un arbre à Sarnath que Sidhartha, ayant atteint la sagesse suprême, prêcha son premier sermon à ses 5 premiers disciples. Un immense stuppa en pierre sculpté de fresques marque l'endroit, ainsi que de nombreuses ruines datant du temps de l'empereur Ashoka (200 ans avant JC), premier empereur indien à s'être converti au Bouddhisme. Des groupes de pèlerins vêtus de blanc et venus du Sri Lanka sont recueillis sous un arbre, tandis qu'un moine bouddhiste leur prêche son sermon. Autour de ces ruines millénaires, des constructions plus récentes, financées par les bouddhistes du monde entier : temple chinois, japonais, tibétain, etc. Autant de variantes architecturales pour une même croyance.

Thursday, October 13, 2011

Missionnaires de la Charité


 
A Calcutta, la pauvreté est plus visible que dans les autres grandes villes indiennes. Sur 17 millions d'habitants environ, on estime que plus d'un million vivent dans la rue. C'est à dire qu'ils dorment sur le trottoir, dans ou sur leur véhicule, pour ceux qui conduisent des taxis, ou qui tirent des rickshaw, parfois des familles tendent un bout de bâche sur le trottoir. Cela ne fait pas de tous ces habitants du bitume des mendiants, loin de là (même s'il y en a beaucoup). La majorité de ceux qui vivent dans ces conditions on un travail, ou même plusieurs : ils cirent les chaussures des passants, ils sont vendeurs ambulants, ils travaillent dans des restaurants ou des marchés... Grâce aux pompes à aux qu'on trouve partout dans la ville, ils se lavent tous les jours, dans la rue aussi. La plupart arrivent à s'en sortir au jour le jour, à remplir le bol de riz de leur famille une journée de plus.

Mais lorsqu'ils perdent leur travail ou n'arrivent plus à le faire, il ne leur reste plus qu'à mourir sur leur bout de trottoir, ou dans un coin de gare. C'est pour eux que Mère Térésa à ouvert un de ses tous premiers centres, afin que les plus pauvres des pauvres aient un endroit où terminer leur vie avec dignité, entourés d'amour. L'un d'entre eux à trouvé les mots pour exprimer sa situation «  Moi qui ai vécu comme un animal dans la rue, je vais mourir comme une ange ».



Née Gonxa Agnes Bojaxhiu en 1910 en Moldavie actuelle, elle ressent très tôt sa vocation de missionnaire et à 18 ans elle quitte son pays et sa famille pour rejoindre les sœurs de Loreto, et part pour l'Inde. Elle enseigne quelques temps, d'abord dans les montagnes à Darjeeling, puis dans une école pour filles à Calcutta, et découvre la misère quotidienne qui habite Calcutta. Mère Térésa (son nom après ses vœux définitifs), reçoit un deuxième appel du seigneur : aller servir les plus pauvres parmi les pauvres, et ainsi les rapprocher du Christ. En 1948, elle troque son habit de religieuse pour un simple sari blanc, aux trois bandes bleues, et avec la permission du Vatican, fonde un nouvel ordre : les sœurs Missionnaires de la Charité.

Petit à petit, des jeunes filles vont la rejoindre pour l'accompagner dans son travail (sa première volontaire n'est autre qu'une de ses anciennes élèves), dans les bidon villes de Calcutta. Elle va ouvrir d'abord un dispensaire puis une école, puis par la suite des centres pour accueillir ceux qui meurent dans les rues. Aujourd'hui, à Calcutta même, il y a une dizaine de centres : pour les lépreux, pour les enfants handicapés, pour les personnes âgées abandonnées, pour les mourants... Elles sont environ 5000 sœurs dans le monde (dont certaines contemplatives) à gérer plus de 600 centres dans plus de 130 pays, avec l'aide de nombreux volontaires qui donne de leur temps pour quelques jours ou quelques mois.

Nous avons passé 3 jours aux centres de Prem Dan et de Kalighat, où nous avons, avec de nombreux autres volontaires, pu aider aux tâches quotidiennes des sœurs : faire la lessive (à la main, des centaines de paires de draps et d'habits), distribuer les repas, et aider ceux qui ne peuvent pas se nourrir eux mêmes, faire la vaisselle, s'occuper des patients qui ont besoin d'aide (les emmener aux toilettes, les nettoyer et changer si besoin, raser les hommes), et par dessus tout, faire tout cela avec amour et tendresse.  Nous avons été impressionnés par le nombre de volontaires, venus du monde entier, qui donnent 3 ou 6 mois de leur vie, parfois pour la 2ème ou 3ème fois, par les personnes qui viennent passer leurs vacances à s'occuper des autres, bref, par toutes les personnes dévouées, qui font les taches les plus ingrates avec le sourire, par amour de leur prochain.

Mère Térésa est morte en 1997, et enterrée à Mother House, la maison mère des sœurs de la Charité, à Calcutta. Elle à été béatifiée (première étape pour devenir une Sainte) par le pape Jean Paul II en 2003, et de nombreuses personnes, chrétiennes ou pas, viennent se recueillir sur sa tombe.  Un petit musée raconte sa vie, ses combats pour la dignité des hommes, des femmes, et des enfants, nés ou à naître.


Pour ceux qui souhaiteraient aider le travail des Missionnaires de la Charité, vous pouvez faire un don (les différents centres a travers le monde ne vivent que grâce aux dons) ou bien aller leur donner un peu de votre temps. En France il y a des centres à Paris, Lyon, et Marseille.

On dirait le Sud (de L'Inde)

Goa


les cathédrales désaffectées dépassent de la végétation à old goa 
un pêcheur répare son filet sur la plage de Benaulim
Après avoir passé une petite semaine à Mumbai, capitale économique de l'Inde au rythme de vie frénétique, nous avons pris un train pour le sud, dans l'ancienne enclave portugaise de Goa, pour nous reposer sur les plages du village de pêcheurs de Benaulim.
Surtout réputée pour ses plages paradisiaques, où les touristes russes ou hippies déferlent tous les ans entre novembre et mars, Goa fût pourtant à une époque la "Rome de l'Est". Au 17ème siècle, la ville de Goa comptait plus d'habitants que Londres ou Paris, ainsi qu'un grand nombre d'églises gigantesques, parfois côte à côte, des monastères, des couvents, bref, tout ce qui se faisait de plus saint à l'époque. Abandonnée courant 18ème siècle suite à des épidémies de choléra et d'autre problèmes d'insalubrité, Old Goa, est maintenant un site UNESCO, dont il ne reste que ses gigantesques cathédrales, dont l'une contient les restes de Saint François-Xavier, responsable de l'évangélisation de tout le sud de l'Inde, ainsi que d'autres partie de l'Asie.  La capitale régionale à été déplacée à Panjim, plus près de la mer, puis dans les années 1960, la petite enclave portugaise à été reprise par la force par l'Inde fraîchement indépendante. Cependant les trace de l'influence portugaise demeurent : dans l’architecture, dans les noms (les indiens de cette région qui se convertissaient au catholicisme prenaient des noms portugais, il y a beaucoup de Da Souza, Da Silva, Coimbra...), dans la cuisine, et dans le langage (le dialecte local reprend beaucoup de mots portugais).

l'église St François 

Hampi

lotus mahal, palais de la reine

temple de vittala
Apres 3 jours à Goa, nous avons pris un train (de jour, cette fois ci) pour le village de Hampi, dans la région du Karnataka. C'est là que se trouvait Vijaynagar, la capitale d'un royaume disparu, qui a connu sa période de gloire entre le 14ème et 16ème siècle. S'étendant sur 23km², et comptant un gigantesque palais pour le roi, un autre pour la reine, des bains, des temples à ne plus savoir où donner de la tête, ces ruines sont classées au patrimoine mondial de l'UNESCO. Seul un temple est encore utilisé par les villageois aujourd'hui. 
des locaux admirent le coucher de soleil

Mysore
illumination du palais de mysore
marché aux fleurs
Après avoir visité Hampi, nous avons pris un train de nuit pour Bangalore, où nous avons enchaîné de suite vers le sud et le ville de Mysore, toujours dans le Karnataka. Mysore était la capitale de l'empire Wadiyar, une des dynasties qui à régné de façon ininterrompue le plus longtemps au monde (le dernier roi est devenu gouverneur de l'état du Karnataka à l’indépendance de l'Inde). Nous y avons vu le palais royal, qui date du début du 20ème siècle, reconstruit après l'incendie qui détruisit le précédent palais en bois, et son illumination façon Disneyland le soir. Dans un coin des jardins du palais, nous avons assisté à la toilette des éléphants cérémoniels qui devaient être utilisés pour les processions d'un festival quelques jours plus tard. Nous avons aussi visité le grand marché de la ville, où l'on trouve fruits, légumes, objets utiles pour la maison, encens, bijoux, etc. Sa particularité tient du fait qu'une bonne moitié du marché est consacré aux fleurs, que des hommes et des femmes passent leur temps en enfiler en guirlandes, destinées aux temples de la ville. D'ailleurs, il n'y a pas que les hindous qui fassent des offrandes de fleurs à leurs dieux : on a pu voir un grand nombre de guirlandes autour des cous des statues de Marie et de Sainte Philomène à la cathédrale de la ville.
toilette d'éléphant



Cochin
filets chinois des plages de Cochin
Depuis Mysore nous avons pris un bus de nuit vers le sud et l'état du Kerala. Un des premiers états au monde à avoir eu un gouvernement communiste élu démocratiquement, le Kerala est un état plutôt riche comparé au reste de l'Inde, avec le meilleur taux d’alphabétisation du pays, et une forte tradition syndicale qui fait que peu d'industries majeurs y sont implantées par rapport aux états voisins.  C'est la région du pays où il y a la plus forte proportion de Chrétiens : 23% de la population (contre 2% au niveau national). Ce qui fait le succès du Kerala c'est surtout sa nature luxuriante et ses plages, des atouts fantastiques pour le tourisme (surtout le tourisme Indien). Cochin, première ville Indienne à avoir été colonisée par les Portugais (puis plus tard par les hollandais, puis les anglais) nous a un peu déçue. La vieille ville tombe en décrépitude lentement mais sûrement, et le bout de plage que touche la ville est dégouttant, jonché de détritus, et l'eau très sale. Nous y avons quand même visité la vieille synagogue, dernier signe de l'implantation d'une communauté juive florissante et très bien intégrée de longue date (16ème siècle), qui à disparu avec la création de l'été d’Israël. Aujourd'hui, seule une cinquantaine de juifs demeurent dans la région. Nous avons également assisté à une performance (raccourcie, heureusement) de kathakali, sorte de danse traditionnelle qui reprend les épisodes du Ramayana, la grande épopée mythologique hindoue.

kathakali

Les Backwaters

Le Kerala est connu pour ses collines verdoyantes où l'on trouve des plantations de thé et d'épices (que nous n'avons pas eu l'occasion de visiter) mais aussi pour ses "Backwaters". C'est à dire qu'il y a un gigantesque lac, tout en longueur et parallèle à la mer, dans lequel se déverse tout un réseau de canaux qui servent à l'irrigation des cultures (essentiellement du riz). De nombreux touristes viennent pour passer du temps dans les grand bateau-maisons : de grandes péniches qui servaient jadis à transporter le riz des backwaters aux ports pour l'export, reconvertis en habitations de luxe pour touristes fortunés. Nous avons préféré passer quelques jours dans la famille de George, à 20 minutes de rickshaw de la ville de Kottayam, complètement perdu dans un dédale de canaux étroits et verdoyants. Là on peut se promener le long des canaux et observer la vie quotidienne pour les villageois : femmes qui lavent leur linge ou leur vaisselle dans les canaux, enfants en uniforme qui reviennent de l'école, hommes qui vont au temple, ou qui se baignent dans les canaux.
berger de canards
 L'élevage principal du coin n'est pas la vache ou la chèvre, mais le canard : on a vu plusieurs "bergers de canards" qui rentraient leurs troupeaux en canoë, au crépuscule. Nous avons aussi pu parler religion avec George : il est syro-malenkin, c'est à dire catholique de rite syrien, d'une tradition qui date du 4ème siècle. Il y a dans la région de Kottayam de nombreuses églises très anciennes (13ème ou 14ème siècle) qui témoigne de l'implantation de longue date (avant la colonisation européenne) de ces communautés chrétiennes. On dit d'ailleurs que le sud de l'Inde à été évangélisé par Saint Thomas apôtre (vous savez, celui que ne voulait pas croire tant qu'il n'avait pas vu).
au bord des canaux : lessive et vaisselle

Trivandrum

Nous voulions prendre le ferry, mode de transport en commun des locaux, depuis Kottayam pour rallier la ville d'Allepey, de l'autre côté du lac, mais suite à un problème mécanique, nous avons pris le bus, et depuis Allepey, un train pour Trivandrum, à la pointe sud de l'Inde. Nous y avons visité un belle galerie de peinture dédiée au peintre Raja Ravi Varma (1848-1906), un des premiers artistes indiens à s'être mis à la peinture à l'huile, et à avoir peint tant des scènes de la mythologie hindoue, que des scènes de vie quotidiennes, pour notre plus grand plaisir. Nous avons aussi visité le palais poussiéreux, puis nous avons repris un train pour remonter de l'autre côté de la péninsule indienne.

Chennai

Anciennement Madras, Chennai est aujourd'hui la 4ème ville du pays, mais telle Shanghai ou Mumbai, c'est une ville relativement jeune, qui doit son essor à la colonisation. On y visite l'ancien fort, aujourd'hui transformé en complexe de bureaux gouvernementaux, remplit de fonctionnaires. Nous avons aussi fait une petite halte médicale pour Clem : l'occasion de tester les médecins indiens. Enfin, nous avons rencontré, sur le campus de Loyola College (une des meilleures universités d'Inde, tenue par les jésuites) le père Michael, qui nous était recommandé par ses confrères de Goa. Indien mais parlant un français impeccable, il nous a expliqué qu'en plus de sa mission purement académique, l'université à pour but d'instiller des bonnes valeurs aux jeunes étudiants, quelle que soit leur religion : faire des jeunes chrétiens de meilleurs chrétiens et des jeunes hindous de meilleurs hindous en quelques sortes.

Après toutes ces aventures, nous avons pris un train de nuit - puis de jour - puis re de nuit (30 heures) pour Calcutta.
nos voisins de train entre chennai et calcutta
 

Sunday, October 9, 2011

Durga Puja



Le Panthéon des dieux Hindous est bien encombré, puisqu'outre la trinité Brahma (créateur) – Vishnu (préservateur) – Shiva (destructeur), il existe un nombre incalculables de dieux et déesses aux multiples incarnations (oui, même les dieux ont plusieurs vies). Mais il est une déesse qui à une place toute spécial dans le cœur des habitants de Calcutta : il s'agit de la vaillante Durga. 
 
 
Selon la mythologie hindoue (ou plutôt, selon ce que nous sommes parvenus à en comprendre), un méchant démon, mi-homme, mi-buffle, semait une joyeuse pagaille dans l'univers, car le dieu Brahma lui avait promis, pour une cause qui nous échappe, qu'il ne serait pas tué de main d'homme (ou de dieu). Tout le panthéon des dieux était en émoi, car il menaçait de tout dérégler, mais ils étaient impuissants de faire quoique ce soit contre lui. Puis Parvati, la déesse femme de Shiva s'incarna sous la forme de Durga, une vaillante guerrière aux huit bras, chacun brandissant une arme différente, et s'en vint confronter le démon. Cela le fit tout d'abord rire, qu'on envoie une femme se mesurer à lui, mais au bout d'une lutte acharnée de 10 jours, Durga parvint à terrasser le monstre.
 
 

C'est pourquoi, chaque automne, Calcutta célèbre pendant 10 jours la victoire du bien sur le mal, lors de la fête de Durga Puja (offrande à Durga). Chaque quartier et communauté de la ville se cotise pour élever un autel magnifique à la déesse et ses compagnons (Ganesh et Laxmi en font parti aussi) et pendant 10 soir, les habitants de la ville revêtent leurs habits de fête pour aller visiter les autels, prier, et profiter de cette grande kermesse conviviale à ciel ouvert..
 
Le soir du 10ème jour, les autels sont démontés, et les statues sont emportées sur les ghats (les marches qui descendent dans l'eau) de la rivière Hooghly, un des affluents du Ganges, sacré pour les hindous. Les statues, chargées de toutes les prières et espoirs des fidèles, seront immergées et emportées au loin vers la mer.